Suivez l’aventure

11 septembre 2019

 

Nous voici enfin arrivés au terme de la première étape de ce voyage. Une pause s’impose, bien que les vendanges s’approchent. Bilan de notre aventure : 5 mois de randonnée cycliste, 5000km parcourus sur les routes de France, Espagne et du Portugal , d’innombrables rencontres toutes aussi magnifiques les unes que les autres, 90 articles au sujet de merveilleux producteurs et une nouvelle finalité pour notre projet. Et oui, on a fini par enterrer l’idée d’ouvrir un bar. A force d’écouter tous ces merveilleux artisans nous parler de la passion qu’ils ont pour leur métier, on a attrapé le virus et on veut en être aussi. Chaud devant, la liste des vignerons et cidriculteurs nature de ce pays va s’allonger un peu grâce à nous. Mais on ne va pas s’arrêter en si bon chemin et raccrocher les pédales de si tôt non plus. Avant de commencer notre projet, il s’agirait de finir celui qu’on a initié ! Prochain départ pour un tour des cidriculteurs de Bretagne et Normandie, et ensuite on continuera notre premier voyage en reprenant où nous nous sommes arrêtés, en Catalogne, pour pédaler jusqu’en Alsace.

Avant toute chose, un grand merci s’impose à tous les producteurs que nous avons rencontrés, pour leur accueil, tout ce qu’ils ont partagé avec nous et les beaux moments qu’on à vécu ensemble. Cette page, notre aventure vous est entièrement dédiée, au combat que vous menez au quotidien pour le respect de l’environnement, du consommateur et du bon goût. On est de tout cœur avec vous et c’est avec plaisir qu’on continuera à se faire le porte-voix de votre lutte en attendant de venir grossir les rangs. Vive le vin et le cidre libre !

Un grand merci à tout les « monsieur et madame tout le monde » qui nous ont aidé tout le long de notre trajet. Ceux qui nous connaissent et ceux qui sans nous connaître nous ont ouvert leur porte pour dormir ou pour une douche, à ceux qui nous ont donné de la nourriture, de l’eau, des conseils et astuces, mais aussi à ceux qui nous ont offert leur plus beaux sourires et encouragements sur la route. Toutes ces personnes qui vous donnent foi en l’humanité, et du fuel pour continuer à pédaler, on leur fait plein de poutous !

Un grand merci à tous les gens qui ont contribué à notre aventures en nous aidant à financer notre voyage sur notre page kiss kiss bank bank, sans vous on serait encore sur la ligne de départ. Il nous reste encore quelques contreparties à distribuer, promis d’ici le mois de décembre tout le monde aura reçu son dû.

Un grand merci à ceux qui nous ont aidé d’une manière ou d’une autre pour la visibilité de notre page, à l’image de Tiphaine (studio etc) et son magnifique logo, aux différents journalistes et personnes qui ont relayés notre aventure dans les médias et réseaux sociaux, à Denis Frenkel pour la gestion de notre site internet (www.cyclovino.fr). Merci aussi à ceux qui nous ont aidé pour la lisibilité de notre page, les correcteurs de l’ombre qui éliminaient la plupart de nos vilaines fautes d’orthographe, Gérard Petit, Nadine Frenkel et Daniela Sajin.

Un grand merci à nos fidèles destriers qui nous ont conduit le long des routes de France, d’Espagne et du Portugal sans trop nous poser de problème. Il mérite bien une statue chacun.

Enfin, un grand merci à tous ceux qui nous suivent sur notre page, nous encouragent. Merci pour l’intérêt que vous portez à notre projet et surtout, aux vins et aux cidres natures qu’on vous urge de découvrir et redécouvrir chez les cavistes, les restaurants et directement chez les producteurs qui vous entourent.

À bientôt pour des nouvelles aventures, on n a pas fini de voir et boire le monde ! Mais en attendant on va se reposer un peu….
Bisous bisous !!!

9 septembre 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin » aujourd’hui c’est Aitor qui reçoit la cuvée Seleció de la part de son mentor Jordi Llorens, du domaine Celler Llorens. Ce vin est un délicieux assemblage de Grenache et de Syrah, qu’on se verrait bien déguster sur un beau morceau de pluma ibérique, arrosé d’une sauce romanesco (poivron, amende, ail) et accompagné de haricots plats.

 
 
 

Aujourd’hui nous rencontrons Aitor Espanyol du celler Terrana Poética dans son petit village de Barbera de la Conca. Nous sommes à quelques kilomètres de chez Jordi Llorens, le dernier vigneron que nous avons rencontré et pour cause, ces deux là se connaissent très bien. Aitor nous dit que c’est un ami de la famille de longue date et qu’il le considère comme un mentor. C’est lui qui lui a ouvert les yeux sur le vin nature, et la porte pour rentrer dans cette communauté en lui présentant tous les acteurs majeurs de la région. Aitor est né dans une famille de vigneron, qui possède autour du village pas loin de 15ha de vignes. C’est son père qui est le propriétaire mais il s’apprête à prendre la relève. Depuis 2 ans, il lui achète du raisin issu des plus vieilles vignes de l’exploitation et de cépages autochtones pour réaliser ses cuvées nature, au total 2000 bouteilles. Le reste de la production part à la coopérative, qui de toute manière n’attache pas d’importance à la qualité du raisin. Son chai de vinification est un tout petit garage, devant lequel nous le rejoignons. C’est un peu le fouillis, car la place manque et Aitor nous avoue que pour le moment, c’est ce qui le limite le plus dans la croissance de son activité. « Les vinifications pour moi, c’est d’abord une partie de tetris ». Il songe à aménager son chai à un autre endroit, là où son père stocke son matériel agricole mais c’est un projet qui naîtra sur le long terme. Lui aussi nous parle de l’histoire de la région, où sont nées les premières coopératives d’Espagne sur un fond révolutionnaire et là où les répressions du franquisme furent terribles pour la population. Pour lui, ce penchant protestataire est un terreau très fertile pour le développement du vin nature en Catalogne. C’est dans la culture locale de s’opposer aux dogmes, et quand les habitants du coin auront compris vers où les dérives industrielles les ont amené, ils se tourneront peut être plus facilement que les autres vers une agriculture alternative. Après tout, c’est comme ça que sont nées les premières coopératives viticoles il y a presque 3 siècles. Pour le moment, les petits artisans comme lui et les autres vignerons nature que nous avons rencontré en Catalogne sont sous le feu de la répression, menée par les grandes bodegas et supportée par les autorités politiques. Une mafia qui ne cesse de mettre des bâtons dans les roues des petits vignerons qui commencent à faire de l’ombre aux grandes bodegas qui sont les principales responsables de la dérive qualitative du vin. Aitor nous dit que tout est orchestré pour que leur travail devienne un enfer administratif, ce qui n’est pas un problème pour les grandes entreprises qui ont les moyens d’employer des personnes pour s’occuper des papiers. « Je suis comme une tortue, portant sur sa carapace une montagne de contraintes qui me freine dans mon élan », des contraintes sous la forme de papier, de tableaux à remplir, de lois et de règles injustes à respecter… Puisqu’une révolution est la seule réponse au problème, lui commence la sienne de son côté. Ne pouvant prétendre à l’appellation, ses vins sont déclassés dans la catégorie « Vino de España » qui théoriquement interdit les vignerons de partager certaines informations sur les étiquettes : cépages, millésime, indication géographique… et pourtant, toutes ces informations sont là, écrites noir sur blanc sur ses étiquettes. Pas de panique nous dit-il, il existe une loi européenne qui protège les petits artisans et qui les autorise de communiquer ces informations. En 5 mois c’est bien la première fois que l’on entend ça mais il nous assure avoir l’article de loi en question bien au chaud dans ses archives. On lui souhaite d’avoir raison, ça paraît quand même absurde qu’un vigneron ne puisse pas informer les consommateurs sur ce qu’ils sont en train de boire. Mais il y a aussi une autre intrigue qui entoure les étiquettes d’Aitor. Lorsque l’on regarde de plus près, on voit des pourcentages très précis, avec des virgules et plusieurs chiffres derrière. Ces pourcentages correspondent à la quantité de raisin qui a été ramassée et assemblée selon les journées de vendanges. Ces journées ne sont pas choisies au hasard, elles sont sélectionnées en fonction des éléments (feu, terre, air, eau) qui correspondent chacun à des jours précis du calendrier. Si les pourcentages sont si pointus, c’est qu’Aitor souhaite respecter le calcul du numéro d’or pour créer des combinaisons astrales . C’est complexe, on vous l’accorde, mais il y a une cohérence et de l’originalité dans sa démarche qui nous semble bien prometteuse. Et le vin goûte très bien. Faut-il y voir un lien ? Probablement. En tout cas, on a très hâte de voir comment son domaine va se développer, et quelles seront ses prochaines idées folles. D’ici là, on lui un grand merci à lui pour l’accueil et la dégustation.

29 Aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », cette fois c’est Jordi qui reçoit une bouteille de la cuvée Bateta de la part d’Agusti Perelló de Los Comuns. À travers le nom de cette cuvée, Agustí et Jordi dénoncent de nouveau une injustice, faite au enfants de Molar au 17e siècle, que l’on accusait d’être pestiférés et que l’on obligeait à s’habiller avec des vêtements étranges s’ils voulaient aller à l’école dans le bas de la vallée où les autres enfants n’étaient pas concernés par ces mesures. Ils racontent une histoire oubliée dans la région, nous on va mettre à l’honneur une recette oubliée dans la région pour accompagner leur cuvée : un superbe civet de lapin au chocolat (conill amb xocolata)accompagné d’une poêlée forestière et de châtaigne. ¡Bon profit !

 

Aujourd’hui, nous rencontrons Jordi Llorens, du domaine Celler Llorens dans son village natal de Blancafort en Catalogne du Sud. Jordi, c’est la crème de la crème catalane. Il a toujours la banane, une énergie débordante et de l’enthousiasme à l’idée d’accueillir des gens sur son domaine. Il commence par nous raconter le contexte historique viticole-vinicole de la région. Au milieu du 19e siècle est née dans le village voisin, à la suite d’un grand mouvement politico-social, la première coopérative d’Espagne. Avant que les coopératives ne s’emballent sur le rythme du productivisme, personne ne pourra nier que le concept et les valeurs que représentait ce système étaient excellentes : mutualisation des moyens, solidarité, esprit de communauté parmi les coopérants. Jordi nous dit qu’ici, les coopératives peu à peu disparaissent mais que les valeurs sont toujours là. Lui-même est attaché à ce système et à cette culture. Quand il a suffisamment de raisin, il en porte à la coopérative même s’il les achète pour une bouchée de pain. C’est son héritage culturel, un héritage qui remonte bien loin puisqu’il nous dit représenter la huitième génération de sa famille (document à l’appui) à exploiter de la vigne dans la région. Et pourtant, c’était mal parti. Géologue de formation, il a travaillé dans les années 90 pour une ONG spécialisée dans le recyclage des déchets industriels. Son activisme est né à une époque houleuse où le gouvernement voulait installer une usine de retraitement des déchets, en plein milieu d’une zone agricole. Cette expérience lui a beaucoup appris et permis d’élargir son réseau de connaissances. Dans les années 2000, son père lui propose de reprendre les rênes de l’exploitation agricole, 15ha de vignes et 5ha d’amandes et d’olive. Au départ, il pensait continuer à travailler pour l’ONG et s’occuper de l’exploitation le week-end, « mais la terre t’emporte » nous dit-il. Littéralement animé par la passion du métier, il décide de se consacrer à 100% sur l’agriculture. Au départ, il porte le raisin à la coopérative mais en 2008, il passe l’exploitation en bio et commence à embouteiller ses premières cuvées. Ce virage vers le bio, Jordi nous explique que c’est à la fois lié à ses convictions profondes, mais aussi à l’influences de Joan Ramon Escoda, vigneron emblématique de la région qu’il avait rencontré auparavant. C’est ce dernier qui l’a aussi orienté vers le vin nature. Il nous raconte que jusqu’en 2012, il ne produisait que quelques caisses de vin sans-souffre pour une de ses amis intolérante. Un beau jour, il est invité à « fête de la vache sauvage » dans les Pyrénées, un évènement délirant dans les montagnes où une poignée de vignerons nature se retrouvent. Pour l’occasion, Joan lui dit d’apporter une caisse de son vin sans-souffre ajouté. C’est le point de non retour pour lui. Les vins qu’ils goûtent et les vignerons qu’il rencontre là-haut vont énormément l’inspirer, et depuis cette date, tous ses vins sont pur-jus. Cette curiosité et cette ouverture sur les autres, c’est son père qui lui l’a transmise. « Regardes comment travaillent les autres vignerons, si ça te plaît vas-y, sinon fais ton propre chemin ». Sa démarche est imprégnée par la biodynamie, qu’il a découvert en lisant Steiner et en assistant à une journée technique organisée par Nicolas Joly, dans son chai sont enterrées des amphores, une méthode que nous avons pu observer en Géorgie (Qvevri) et il souhaite aussi replanter des vignes en utilisant les pépins de raisin, une technique empruntée à feu Stéphan Belloti en Italie. Tout ce qu’il apprend auprès des autres vient compléter les connaissances qu’il a déjà, notamment celles en géologie qui lui permettent de comprendre avec aisance les subtilités de son terroir. Alors que nous filons sur l’une de ses parcelles, ils nous en fait la démonstration en nous expliquant avec précision les caractéristiques du sol sur lequel poussent les vignes. Et dans les vins que nous goûtons en cave, on retrouve l’expression du sol jusque sur l’étiquette, qui sont des photos de la formation géologique des parcelles dont sont issues les vignes. Sur un fond de Buena Vista Social Club, Jordi nous ouvre une à une chacune de ses cuvées, et il y en a beaucoup. C’est un délice ! Pour nous qui prenons le vélo, tout va bien, mais pour lui qui doit prendre le volant pour rejoindre des amis au restaurant de l’autre côté de la vallée, c’est une autre histoire. Mais c’est une belle histoire, car les amis en question sont Jaume Pujol (son ancien mentor) et José Antonio Vega (celler Vega Aixala) avec qui il réalise une cuvée, constel*latio del Triange qui est un assemblage de raisins issu de leurs bodegas respectives. Ils se rejoignent aujourd’hui pour les derniers préparatifs. Avant de se séparer, Jordi nous offre une bouteille et nous propose d’en prendre autant que nous en voulons parmi celles qui sont ouvertes. Nous n’avons plus qu’à le remercier pour sa gentillesse et son accueil, et lui dire à très bientôt on espère !

25 Aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Agustí qui hérite aujourd’hui de la cuvée Dobble Down de la part de Josep Serres Miranda du celler Portes Obertes. Pour accompagner ce joli petit pur jus de Grenache qui pète le fruit et les épices et pour se remémorer notre séjour à Pinell on mourrait d’envie de se l’ouvrir sur la paella Valenciana de Cristóbal, au lard et aux pilons de poulet et perdrix. Un délice, notre palais en vibre encore.

Aujourd’hui nous rencontrons Agustí Perelló, de la bodega Los Comuns dans le village de García, à la limite entre la région de Montsant et du Priorat, en Catalogne. C’est ici que se trouve son chai qui n’est autre que la coopérative du village. Il loue avec son compère et meilleur ami d’enfance, Jordi Escoda, une toute petite partie du bâtiment pour produire l’équivalent de 8000 bouteilles par an. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas à l’étroit ici. Dans cette coopérative, on produit aussi de l’huile d’olives, procédé qu’Agustí connaît bien. Il nous montre, dans la pièce destinée à sa confection, chaque étape pour obtenir des olives un précieux nectar omniprésent dans la cuisine espagnole. S’il connaît si bien les méthodes de fabrication d’huile d’olive, c’est parce que lui aussi en fait, mais dans un autre endroit. C’est d’ailleurs l’idée d’en faire son métier qui l’a poussé à revenir dans le village de ses grands parents à une époque où il vivait à Barcelone. «Faire de l’huile d’olive c’est très simple ; ça ne demande pas beaucoup de travail. L’idée me plaisait bien», dit-il en rigolant. Il y a un peu plus de 10 ans maintenant, lui qui avait fait un bon bout de chemin dans son ancienne profession de graveur, décide de claquer la porte à la vie citadine et à la gravure pour s’installer à García. Sur l’une des parcelles d’olivier qu’il achète, il remarque qu’il y a un peu de vigne. Agustí nous dit qu’au départ, il était effrayé par la viticulture mais que, rapidement, il est tombé amoureux du travail de la vigne. En 2010, il réalise sa première cuvée. Jordi, son meilleur ami, dont la famille est dans le métier, l’accompagne d’emblée dans cette aventure et se forme dans l’œnologie. Il nous raconte que leur première tentative de faire du vin tourne au vinaigre, littéralement. Jordi convaincra Agustí de ne pas la jeter à l’évier. Étonnamment, cette même cuvée qu’ils pensaient foire, va, quelque mois plus tard, ressusciter et donner un excellent résultat que l’un de leurs amis œnologues approuvera. C’est la magie du vin vivant. Désormais, nous dit-il, je suis constamment le conseil de Jordi en la matière : « fais confiance au vin ». En 2015, ils décident d’officialiser la création de leur bodega, Los Comuns. Agustí nous emmène dans le village de Molar, à quelques kilomètres d’où nous sommes, un peu plus haut dans les montagnes. C’est autour de ce village que la majorité de son vignoble se trouve, 4,5 ha de vieilles vignes. Il est aussi sur le point d’acquérir 2ha supplémentaires et un petit cellier à Marça, dans un autre village un peu plus loin. Il nous montre un massif montagneux, sauvage et indomptable qui s’appelle Los Comuns. À une époque où l’agriculture était un business florissant dans la région, les plus pauvres des paysans n’avaient plus d’endroit où produire leur nourriture et s’en allèrent dans ce massif pour bâtir des terrasses sur le flanc des montagnes et y faire pousser des fruits et légumes sur un sol pourtant peu fertile. C’était ça ou périr de faim. C’est en l’honneur de ces pauvres gens qu’Agustí et Jordi ont nommé leur bodega Los Comuns, un moyen de dénoncer les injustices de l’époque. Il nous montre aussi quelques unes de ses parcelles. L’une d’entre-elles semble un peu en souffrance. Agustí nous explique que, quand il a commencé à la travailler, il y a 7 ans, il ne touchait pas le sol et ne traitait pas. « J’étais tout juste le hippie de retour de Barcelone qui pensait que la vigne pouvait se débrouiller toute seule ». Il s’est rendu compte de son erreur en voyant des ceps mourir les uns après les autres. Pourtant, ce traumatisme semble avoir endurci les vignes de cette parcelles qui aujourd’hui donnent le vin le plus qualitatif de la bodega. Ce qui nous frappe encore plus, c’est la quantité de grappes et la taille des raisins. On n’a jamais vu des rendements aussi faibles en 5 mois de voyage. Ça, c’est parce qu’Agustí aime les vins avec de la concentration, de la chair, de la structure. Il n’hésite pas, tout au long de l’année, à faire tomber au sol des grappes, quand il considère qu’elles sont en excès. Il nage à contre-courant des vignerons du coin qui ne cherchent qu’à faire du volume, et qui ne se privent pas d’appeler nos deux compères « les fous du village ». Après notre petit tour dans les vignes, nous rentrons à la coopérative goûter les vins. « Le vin se fait dans les vignes » qu’il disait, et maintenant on comprend. La complexité, la profondeur de ses jus nous laissent bouche-bée. Le plus étonnant c’est qu’il les compose avec des cépages dit rustiques, principalement le Carignan et le Grenache. Avec lui on parle du mouvement du vin nature, et il nous dit que ce qui l’aime le plus dans cette démarche, c’est qu’il a beau travailler dans la même région que les quatre derniers vignerons que nous avons rencontrés, vinifier quasiment les mêmes cépages, les vins seront toujours différents. On s’écarte bien évidement de la notion d’appellation, qui oblige, au contraire, les vignerons à produire des vins avec le même profil, sous peine d’en être exclus. C’est bien pour cela que lui ne s’y est jamais vraiment intéressé ; mais il nous dit regretter ne pas pouvoir indiquer aux consommateurs d’où vient le vin pour rendre hommage à sa région. Il a bien essayé de vouloir faire passer quelques informations sur ses étiquettes mais, à chaque fois, il s’est fait retoquer. Les seuls qui peuvent mettre en valeur le nom de la région sont finalement ceux qui honorent le moins le terroir et qui s’inscrivent dans une démarche productiviste et lucrative. Le temps passe, et les injustices demeurent entre les riches et les pauvres dans le coin. Un parallèle tout tracé qui justifie d’autant plus le nom de la bodega. Nous restons encore quelques minutes avec Agustí, à boire des coups et papoter de plein de choses, avant qu’il ne soit déjà l’heure pour nous de reprendre la route. On le remercie mille fois pour l’accueil, la balade et la dégustation et on lui dit à très vite.

21 Aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Josep qui se voit offrir une bouteille de la cuvée Terme 2 de la part de Laureano Serres de la bodega Mandall. Ce vin blanc, frais et vivifiant issue du cépage macabeo n’est, pour le moins, pas dépourvu d’une belle structure. Avec cette chaleur, pour l’accompagner, on opte pour un tartare de veau au citron vert, servi avec des tagliatelles de courgettes, parsemées d’éclats de parmesan et de pignons de pin.

Aujourd’hui nous rencontrons Josep Serres Miranda du Celler Portes Obertes, qui se trouve à quelques pas de la bodega de Laureano Serres, dans le village de Pinell de Brai en Catalogne. Nous le rencontrons dans son petit chai, qu’il a retapé tout seul en 2017 et qui servait auparavant à ranger le stock d’amendes de son père. On ne peut pas le louper, avec ce grand graffiti sur la façade qui représente une main serrant une grappe de raisin. Ça ne fait que depuis 2016 qu’il a commencé à faire du vin; avant cela, il touchait un peu à tous les métiers : du jardinage au BTP en passant par la fabrication, en usine, de moteurs. Mais Pinell, c’est son village, ses racines et lui voulait vraiment rentrer au pays. Fils d’agriculteur, il a toujours aimé le contact avec la terre et les plantes. Son père, c’est surtout dans les amendes et les olives qu’il travaillait, mais Josep, lui, aime d’avantage le raisin. C’est Laureano qui lui a donné goût pour ce produit et l’envie de devenir viticulteur. Son premier millésime devait d’ailleurs se faire à partir de l’une des parcelles de Laureano mais elle fut rasée entièrement par les sangliers. C’est donc auprès d’amis, au village, qu’il se fournira en 2016 pour pondre ses premières cuvées. Quand il monte au vignoble avec son père, c’est toujours accompagné de son fusil pour chasser les éventuels sangliers qui viendraient grappiller dans ses parcelles. « Ici c’est pas plata o plomo » dit-il en reprenant le célèbre dicton de Pablo Escobar, « C’est plomo o uva (Raisin) ». C’est l’un des seuls moyens de garantir la pérennité de son activité et, par ailleurs, le sanglier c’est délicieux, encore plus quand il est nourri avec de bons raisins. Pour Josep c’est la priorité, sortir de ses vignes le meilleur raisin qui soit. «Le bon vin se fait dans les vignobles. Quand tu achètes une viande de premier prix, t’es obligé de mettre de la sauce pour la manger tandis que la bonne viande peut se manger toute seule» dit-il, et on comprend bien qu’il fait là référence aux produits œnologiques que l’on utilise comme cache-misères dans la plupart des vins du commerce. Et si, pour obtenir du bon raisin, il faut travailler cent fois plus que les autres, lui n’en est que plus heureux : « Les gens sortent du travail à 19h et commencent à vivre. Moi c’est à 6h du matin, en chemin vers les vignes que je commence à vivre». Pour ce qui est de la vinification, il souhaiterait revenir aux fondamentaux de la paysannerie, et produire son vin sans se servir de quoi que ce soit de mécanique. Il nous dit apprendre beaucoup de son père et des vieux du village qui, pour la plupart, ont toujours fait un peu de vin chez eux avec les moyens du bord. Quand il n’est pas occupé dans les vignes ou la cave, notre mordu de nature part dans les montagnes, pour escalader. Dans le village de Pinell, on a bien l’impression que tous les jeunes versent dans cette passion. Avec sa copine, ils partent souvent dans les Pyrénées et il nous raconte la beauté et la pureté des paysages, vierges de toutes infrastructures. C’est là-bas qu’est né l’un de ses nouveaux projets. Perché en altitude, il a trouvé un village très accueillant et chaleureux, où lui se verrait bien acheter un pied-à-terre et planter de la vigne. Il se dit que parti comme on est, avec le réchauffement climatique et l’exode rural qui bat son plein à Pinell, la zone ne sera plus qu’un désert dans quelques années. Mieux vaut donc planter de la vigne dans un endroit encore vierge, en altitude où le problème ne se posera que dans plusieurs décennies. Il nous raconte d’ailleurs qu’une vielle dame lui a proposé de lui donner 1,5ha. C’est vous dire l’accueil qu’on lui réserve. Attaché aux traditions de la région, il nous fait goûter un vin rancio qu’il prépare chaque année, pour sa consommation personnelle. Quand il sort de chez lui, pour aller escalader, travailler à la vigne où manifester, c’est toujours avec un peu de vin dans son « caratello », une sorte de gourde en bois de chêne qu’il s’attache autour de la taille. Et en parlant de tradition, ce soir, c’est la fête du village qui commence, et après avoir pris l’apéro avec ses amis dans un petit restaurant, il nous emmène assister au premier « correfoc » de notre vie. L’émotion est intense, alors que nous voyons défiler devant nous une horde de jeunes effectuant des prouesses pyrotechniques et une fanfare de musique traditionnelle. Notre seul regret est d’avoir oublié notre appareil photo pour l’occasion, mais ce souvenir restera gravé dans nos mémoires. Un dragon dont des flammes surgissent de toute part, des éclats de feu d’artifice et des étincelles plein les yeux. On est comme deux gamins, replongés en enfance. Ce soir là, les habitants du village célèbrent le feu, la jeunesse, la vie et qui mieux que Josep pour nous accompagner, lui qui longtemps faisait parti du défilé. Encore un grand merci à lui, pour ce moment magnifique et son accueil. On espère le revoir très vite, à Pinell ou dans les Pyrénées.

18 aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Laureano qui se voit offrir une bouteille de vin blanc de la part d’Alex et Petra, de la Finca Despeinada. Cette bouteille est issue de raisins qu’un de leur vieux voisin leur à généreusement donnés, par compassion et admiration du travail qu’ils effectuent là-haut dans leurs montagnes. Il y a une bonne ribambelle de cépages dans cette cuvée et, à priori, peut être un peu de bulles et un peu de sucre. Nous, on vous proposerait bien volontiers de l’ouvrir sur un curry de butternuts du jardin au lait de coco, coriandre et éclats de noix de cajou.

Aujourd’hui nous rencontrons Laureano Serres, de la Bodega Mandall, dans le village de Pinell de Brai en Terra Alta, Catalogne. Nombreux sont les visiteurs dans ce village, qui viennent voir la Cathédrale du vin, un magnifique édifice qui loge la coopérative du village. Mais nous ce qui nous intéresse, c’est l’entrepôt un peu miteux qui se trouve en face, où l’on écoute à fond du rock des années 70. C’est la tanière des parias du village, les vignerons nature et ceux qui aiment leurs vins : la Turb (anagramme du mot «brutal», un mot essentiel au vocabulaire de cette tribu que l’on pourrait traduire en français sans autant de panache par «stylé» ou «mortel» ). Le seigneur de ces lieux n’est autre que Laureano, qui nous y accueille aujourd’hui. Ce qui nous frappe en arrivant à la Turb, en dehors de la collection impressionnante de vinyles, c’est toute les bouteilles de vins nature qui sont exposées autour de nous. Des pépites du monde entier. Pinell, c’était le village des grands parents de Laureano, mais lui a grandi dans les alentours de Barcelone et commencé sa carrière dans l’informatique. En 1997, après avoir bossé à gauche et à droite, il revient au village et devient le directeur de la coopérative, la fameuse Cathédrale du vin. Le secteur viticole est en crise; les vignerons disparaissent et les vignes aussi. Et c’est à lui qu’on confie la tâche de trouver un moyen de maintenir l’entreprise à flot. Pour vous donner une idée, entre 1980 et 1997, le volume de production de la coopérative est passé de 3 millions de litres à seulement 30 000L. Il propose alors de créer une gamme de vins de qualité, issus des meilleurs raisins qui entre à la coopérative et d’une vinification sans artifice œnologique. Son idée est néanmoins reçue sans aucun enthousiasme de la part des coopérateurs et jetée à la poubelle par ceux qui considèrent que seul le volume importe. Qu’à cela ne tienne ! Il quitte la coopérative en 1999 et décide de produire son vin lui-même en commençant à partir des vignes de son grand-père, puis de celles de « papis » du coin et de quelques plantations en propre. Aujourd’hui, il n’a aucune difficulté à vendre son jaja, qui est servi sur les plus belles tables au quatre coins du globe tandis que la coopérative n’est plus qu’une attraction touristique. «La cathédrale du vin elle est ici » dit-il en tapant sur la table, un grand sourire aux lèvres. En 2003, il fait ses premières cuvées sans soufre, et se rend vite compte qu’il n’est pas le seul à travailler dans ce sens là. En 2006, il participe au salon de vin nature de la Remise à Arles et rencontre Thierry Puzelat, vigneron dans la Loire, qui deviendra l’un de ses plus grand amis et son importateur en France. Cette même année, il part dans le Jura rencontrer Pierre Overnoy, l’un des grands papes du vin nature, qui lui apprendra, à lui et à tout plein d’autres disciples, désormais connus dans le monde entier, à ne pas foirer leurs cuvées. Aujourd’hui c’est lui qui inspire, et qui aide les jeunes vignerons de Catalogne à faire leurs premiers pas dans le monde du vin nature. L’un de ses disciples, Cristobald, nous rejoint à la Turb, 4 bières à la main. Il travaille pour Laureano depuis 3 ans mais il produit aussi ses propres jus, à partir de vignes qu’il a récupérées dans sa région natale, Valence et de quelques raisins de Pinell. On aura l’occasion tout au long des 2 jours que nous resterons dans le coin de goûter les cuvées de son domaine, Cos a Cos, mais aussi et surtout, de goûter sa fantastique paella. Et oui car le hasard fait bien les choses. Nous sommes arrivés le jour où la fête du village commençait et le lendemain c’était concours de paellas au programme. Autant vous dire que nous n’aurons pas très souvent sobres pendant notre séjour à Pinell. Pour Laureano, le timing n’est pas aussi parfait car les vendanges commencent aujourd’hui. Nous sommes le 7 août, c’est un triste record pour lui. Les raisins ne sont pas à maturité, mais s’il attend, ne serait-ce qu’un peu plus, les sangliers auront tout mangé. « Eux ne se balladent pas dans les vignes avec un refractomètre pour savoir si le raisin est mûre ; s’ils sentent qu’il y a une opportunité, ils y vont» nous dit-il. Dans le temps c’était mieux, il y avait beaucoup plus de vigne dans les alentours donc chacun payait sa taxe, mais aujourd’hui il y en a si peu que les sangliers se font un festin de la moindre parcelle qui reste. Laureano n’est pas très optimiste, il a laissé son raisin dans la fourgonnette en espérant qu’il mûrisse un peu plus. Mais bon, « on s’en fout ! dit-il en rigolant. Je ferais de mon mieux et ce sont les clients qui jugeront ». Il n’y a décidément rien au monde qui puisse effacer sa bonne-humeur. Pendant les deux jours que nous resterons ici, nous n’aurons de cesse de profiter de sa joie de vivre et de son enthousiasme. On n’a plus qu’une hâte, c’est de revenir pour le salon de vin nature qu’il organise au village tous les ans en juillet, H2O, qui n’est autre qu’une grande fête et une sacrée beuverie. Brutal ! D’ici là, on lui souhaite bonne chance pour la suite du millésime et, surtout, on lui dit un grand merci pour ces deux jours de folie en sa compagnie. Une chouette rencontre qu’on n’est pas prêt d’oublier.

16 Aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Alex et Petra qui reçoivent une bouteille de Pet’ Nat de la cuvée Molotov de la part de Ramón, de la bodega Vinya Ferrer. Cette cuvée est en effet un cocktail explosif à partir des cépages Grenache blanc et Macabeo, avec un peu de sucre, un peu de volatile. Une bouteille qu’on aimerait bien ouvrir sur des calçots (une sorte d’oignon nouveau catalan) à la braise, arrosés d’une sauce aïoli pour accompagner un délicieux croustillant de crabe au beurre et basilic.

Aujourd’hui nous rencontrons Alex et Petra, vignerons à la Finca Despeinada dans les hauteurs du village de Bot, toujours dans la région de Terra Alta en Catalogne. Ces deux là n’étaient pas sur notre liste, c’est Ramón que nous avons rencontré juste avant qui nous a vivement conseillé de les inclure dans nos visites. On rejoint dans un premier temps Petra, dans le restaurant du camping où elle travaille et, puisqu’on y est, autant manger. Nous sommes encore bien trop brassés par notre première visite de la journée qu’on ne se permettra pas de commander une bouteille pour accompagner nos grillades. Sacrilège ! Croyez le ou pas, dans ce camping on sert du vin naturel mais c’est évidemment Petra qui a forcé la main du propriétaire pour en inclure dans la carte des vins, même si elle nous raconte que c’est aussi parce qu’ils ont eu des demandes de la part de clients. Aussitôt le service terminé on s’assoit tous les trois et nous commençons à papoter un peu. Petra est autrichienne d’origine, mais a beaucoup voyagé en Amérique latine. C’est là-bas qu’elle a rencontré Alex, au Salvador. Son truc à elle, c’est la permaculture ; le vin n’est venu qu’ensuite dans sa vie en venant habiter en Catalogne il y a 3 ans. Mais ne vous y méprenez pas, la permaculture joue un rôle très important dans leur manière de vivre, de gérer le vignoble, et aussi leur potager qui borde leur petite maison qu’ils ont construite tous les deux avec de la paille et tout plein de matériaux recyclés. On trépigne d’impatience de la découvrir. Elle nous invite à la rejoindre là-bas, où Alex nous attend également. On enfourche nos bicyclettes et c’est parti. On est un peu essoufflé en arrivant, mais surtout époustouflé de la beauté de leur petit coin de paradis. Alex comme Petra nous reçoivent avec un grand sourire ; on s’assoit sur la terrasse et on ouvre une première bouteille en discutant. Alex est français, de Toulon à l’origine. Après un parcours universitaire pour le moins atypique, il ira vivre en Roumanie pendant quelques mois. Là-bas, il découvrira la menuiserie mais aussi les « vin de casa » (vin maison) dont il garde un souvenir ému. La menuiserie c’est son petit hobby ; il a fait lui-même beaucoup des meubles qui équipent la maison ainsi que la charpente. Adepte des petits boulots en tous genres, il nous dit avoir découvert le monde de la vigne en Suisse, pendant les vendanges où il sera aussi invité à travailler en cave. A l’époque, ce n’était pas tant le produit fini qui l’intéressait, mais le travail qu’il y avait autour, et cette notion de cycle qui rythme la vie de la plante et celle du vigneron. Après avoir fait un BTS en viti-oeno en France, et notamment un stage au Château Saint-Anne à Bandol (une très bonne adresse), il s’en va vivre et voyager en Amérique du Sud et Centrale. Là-bas, il oubliera presque complètement le monde du vin pendant les 7 ans qu’il y restera. Au Salvador il ouvrira une petite auberge de jeunesse, où il rencontrera Petra. Ensemble, il rentre en Europe en 2014 et s’essaye un temps de vivre en Autriche, mais le décalage culturel et climatique est trop intense. Ils décident donc tous les deux d’opter pour la péninsule ibérique. Le projet est de s’installer à la campagne et de vivre en autosuffisance. Ils découvrent le vin nature à travers des expériences de woofing, notamment aux domaines La Gutina et Partida Creus. Inspirés par ces supers artisans, il devient clair pour eux qu’ils se tourneront vers la viticulture. Ils choisissent la région de Terra Alta, notamment pour la solidarité qui règne entre les vignerons, pour la proximité avec la France et pour le prix du foncier, relativement abordable. Laureano Serres, vigneron dans le village voisin les aidera beaucoup pour s’installer et à faire leur premiers vins. Là-haut sur les hauteurs de Bot, ils trouvent une petite maisonnette en pierre qu’ils agrandiront en utilisant de la paille pour la façade. « Les habitants du village n’ont rien compris de ce qui se passait. Ils nous appellent encore les gens de paille » nous dit Alex. Ici, ça souffle en été et ça souffle en hiver, un vent à décorner les bœufs qui les a inspirés pour nommer la bodega : La Despeinada (La Décoiffée). Le vin est issu des vignes qu’ils exploitent autour de leur maison, mais aussi de raisins qu’on leur donne où qu’ils achètent. Tout est travaillé de façon naturelle, sans aucun intrant dans le vin, dans une cave souterraine magnifique. L’inertie thermique est parfaite, ils n’utilisent ici pas un watt d’électricité et tout est presque travaillé entièrement par gravité. Au besoin, ils utilisent une pompe manuelle. Une aubaine pour le vin qui n’est par conséquent jamais brutalisé et sa reconnaissance s’exprime pleinement dans le verre. Pour accompagner le repas qu’Alex nous concocte, des aubergines du jardin avec des pâtes, on se régale de ses jaja. Ça, c’est avant d’être rejoints par Petra qui nous ouvre à l’aveugle une super bouteille de Stefano Belloti. Jusqu’à 2h ou 3h du matin, nous continuerons nos discussions et dégustations en profitant de l’air pur et frais de la campagne. Le ciel est clair, illuminé et animé par une multitude d’étoiles filantes et, quand s’éteignent les conversations, on n’entend plus que le silence de la nature. Ils nous invitent tous les deux à investir la caravane, ce soir, pour dormir confortablement. Ça fait longtemps qu’on à pas connu le luxe de s’allonger sur un bon matelas, c’est donc avec plaisir. Le lendemain matin, comme si nous n’étions pas assez gâtés, ils nous offrent deux sachets d’infusion maison et une bouteille de vin pour nous souhaiter bon voyage. Le bonheur intégral. Le lendemain, nous enfourchons nos vélos avec une seule question en tête : quand est-ce qu’on revient ? Encore un grand, très grand merci à eux deux pour tout et à Ramón, sans qui nous n’aurions jamais rencontré ces deux superbes personnes ni découvert leur magnifique projet.

 15 Aout 2019

  Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Ramón et Tony, son fils, qui reçoivent une bouteille de la cuvée Crianza 2015, de la part de Juan López de Viña Enebro. Ce vin rouge, issu du cépage Monastrell et élevé en barrique ne peut s’ouvrir que pour accompagner un plat avec du caractère. Nous, on pense qu’il ira à ravir sur une perdrix aux raisins et aux amendes du jardin.

 

Aujourd’hui nous rencontrons Ramón Vinya, de la bodega Vinya Ferrer, dans le petit village de Bot dans la région de Terra Alta, au sud de la Catalogne. L’architecture, la langue, l’ambiance sont totalement différentes de ce à quoi nous nous sommes habitué dans le reste de l’Espagne. Ce petit bourg regorge d’authenticité ; les gens se saluent dans les rues et il y a comme un parfum de garrigue dans l’air. Aux abords d’une petite rue, la porte d’un garage s’ouvre et voilà que Ramón en sort pour nous interpeller. Ce petit garage accueillait des voitures dans le temps pour les réparer ; aujourd’hui, il accueille du raisin pour le transformer en pinard. Une bien belle reconversion. Ici et là, dans ce tout petit local, il y a des vestiges du passé, des trous dans le sol fermés par des trappes en acier dans lesquels le garagiste se glissait pour examiner et réparer le dessous des véhicules. Aujourd’hui dans ces même trappes, on fait fermenter du moût de raisin pour produire en moyenne 4000 bouteilles de jaja à l’année. Une bien petite production, qui s’évapore à la vitesse de la lumière. Ramón nous dit qu’il aimerait bien augmenter un peu le volume, et passer à 6000 bouteilles pour pouvoir satisfaire tous ses clients. Comme toujours, nous sommes surpris de voir le vigneron sortir de ses cartons un exemplaire de chacune de ses cuvées pour nous les faire goûter; en tout 6 bouteilles, alors même qu’il vient de nous dire qu’il manque de volume. « Vous venez dans notre petit village, nous rencontrer et, qui plus est, en vélo. Pour moi ça tombe sous le sens de vous montrer tout ce que nous faisons ici » nous dit-il. Avant d’entamer la dégustation, on discute un peu de l’histoire de la bodega. Ce petit projet est né en 2010, à l’initiative de Ramón et de son meilleur ami, Marcel, qui est informaticien à Barcelone et qui s’occupe d’avantage de l’aspect commercial de l’activité. Ramón, c’est le viticulteur qui, depuis toujours et plusieurs générations, produit du raisin, des amendes, des olives et des pêches. Il travaille la plupart du temps dans les vignes d’une bodega des alentours, Vinyes del Convent. Pendant le week-end et pendant les vacances, il s’occupe des siennes, une poignée d’hectares dissimilés sur 9 parcelles dans les environs du village. C’est lui qui les a toutes plantées ces 30 dernières années, du Grenache blanc et noir principalement, mais aussi un peu de Macabeo, du carignan et du morenillo. Son fils Tony, aujourd’hui avec nous, l’aide de temps en temps à la bodega, mais c’est son petit frère, Joseph qui marchera plus vraisemblablement sur les pas de son père. Pour le moment il étudie l’œnologie à Tarragone en attendant de revenir au domaine. Ramón participe beaucoup aux événements dans le village, comme cette semaine par exemple, où un festival de cinéma a lieu et où il tiendra un bar coopératif pour abreuver les visiteurs. Son seul regret c’est que la plupart des habitants de Bot ne comprennent pas sa démarche et critiquent le vin nature. Pour lui, c’est une aberration, parce que les vieux ici font et ont toujours fait du vin tout ce qu’il y a de plus nature, chez eux, mais refusent de boire le sien en préférant se jeter sur ceux de la coopérative. Et c’est pas faute d’adapter le prix de ses cuvées au pouvoir d’achat des habitants du village. Nan ! le problème est, selon lui, vraiment culturel. Il nous explique que c’est principalement Laureano Serres, vigneron à Pinell, le village voisin qui les a inspirés dans la démarche du vin nature. C’est grâce à Internet qu’ils l’ont trouvé. Il nous dit que quand ils sont venus le rencontrer dans sa bodega, ils ont goûté des vins hors de ce monde. Depuis, ils poursuivent ce modèle et ça marche, et tant pis s’ils sont incompris du reste du village. Nous, tout ce qu’on goûte est délicieux, et ce n’est que le début. Ramón nous invite à monter à l’étage pour voir 5 feuillettes (petites barriques) d’une cinquantaine d’années dans lesquelles il produit du vin rancio. Chacune d’entre elles correspond à un client différent. «Je ne gagne pas d’argent en faisant ce type de vin. Pour moi, c’est plus l’aspect culturel que je veux défendre en perpétuant une tradition qui existe dans la région depuis plusieurs siècles». Cette méthode se dit aussi «sol i serena», et implique une fermentation longue en milieu très oxydatif d’un vin issu de raisins en sur-maturité , souvent en dames-jeannes ou en feuillettes. Des Dame-jeannes, il en a aussi 4 sur le rebord de sa fenêtre, mais c’est une première expérience. Il nous fait goûter sur fût quelques verres, et c’est à se taper le cul par terre. L’inconvénient c’est que ça monte vite en alcool, si bien qu’au terme de la dégustation, nous sommes complètement « bourrés ». Heureux comme deux gamins, on remercie chaleureusement Ramón et Tony pour l’accueil, et nous continuons notre route pour de nouvelles aventures. Il n’est pas dit qu’on roulera bien droit pour le reste de la journée mais le jeu en valait la chandelle.

   13 aout 2019

 Dans la série « passe ton vin à ton voisin », aujourd’hui c’est Juan qui reçoit de la part de son bon copain Ramón Saavedra une bouteille de la cuvée Iradei. Ce pure jus de Tempranillo, Cabernet-Sauvignon, Merlot et Grenache est une merveille, issue de sa parcelle plantée Franc-de-pied dans le Barranco de Cauzon. Iradei (colère de Dieu) est un message subliminal, directement adressé à l’Eglise à laquelle Ramón reproche d’être trop peu réformatrice et de manipuler les croyants dans le mauvais sens. Nous ça nous inspire bien à pousser le blasphème un peu plus loin, et nous vous proposons d’ouvrir cette bouteille sur des pets de nonne truffés, pour accompagner une épaule de mouflon, arrosée d’une sauce au diable légèrement relevée au piment d’Espelette. Mouhahahaha (rire machiavélique).

Aujourd’hui nous rencontrons Juan López de la bodega Viña Enebro, à Bullas dans la région de Murcia. Nous avons rendez-vous à 7h30 du matin, dans un petit troquet du village. En y allant, on se dit que c’est assez unique et qu’on a peut-être des raisons de se méfier. Que nenni, c’est l’heure idéale pour se retrouver car, le matin, ici, il fait bon, mais le cagnard vient vite et il est terrible. Aller directement à la bodega, c’était impossible. Elle se trouve à 7km, un peu perdue dans les hauteurs du village. Nos inquiétudes sont donc vite rincées, alors que nous rencontrons Juan, tout sourire et heureux de nous retrouver. On s’assied dans le café et on commence à papoter un peu de son histoire. Lui est d’Almeria, à la base, mais il a migré à Bullas il y a 40 ans pour rejoindre sa femme. Depuis presque toujours, il travaille dans l’agriculture, notamment dans les amandiers, les oliviers et évidemment les vignes. Ce tryptique est classique dans la région et constitue la base de l’agriculture de Bullas, mais il nous explique que le paysage viticole n’est plus le même que quand il a commencé. En l’espace de 15 ans, on a perdu plus d’un tiers des vignerons du village. Les jeunes ne sont plus motivés pour travailler dans les champs car la coopérative achète le raisin à un prix extrêmement bas (20ct/kg) et les politiques ne font rien pour améliorer la situation. Bullas, où l’on fait du vin depuis 2000 ans et qui était dans le temps une appellation très prolifique en Espagne est mourante, et Juan s’inquiète qu’elle finira bientôt par disparaître. Lui continue le combat. Il a récupéré 5ha de vignes et souhaite en planter 1,5ha supplémentaires pour faire vivre le vin ici. Depuis toujours, il travaille de manière écologique. Au départ, il vendait son raisin à la coopérative mais, depuis 25 ans maintenant, il fait son vin lui-même. C’est les vieux du village qui lui ont appris; donc, évidemment, personne ne lui a expliqué comment se servir du soufre, des enzymes, des levures commerciales et autres intrants œnologiques. Et pour lui ça a du sens de ne pas en mettre. « C’est un bien de consommation ; je n’utilise pas de produits dans mes vignes et je ne vais pas en rajouter dans le vin, c’est logique». Mais les vignerons du coin ne comprennent pas sa démarche, et lorsqu’il se convertissent en bio ce n’est pas par éthique, mais pour toucher les subventions. Il est donc le seul à travailler de cette manière à Bullas, et tant pis si les autres se moquent. « Quand quelqu’un danse à un rythme différent des autres, c’est qu’il n’écoute pas la même musique » nous dit-il en souriant. Ce n’est qu’en 2005 que, en se rendant à un salon, il a découvert qu’il n’était pas si seul. Avant cela, il n’avait jamais entendu le terme « vin nature ». Il nous invite à grimper dans sa voiture, et à venir visiter son domaine. La route est en terre, et grimpe un peu dans les hauteurs du village. Très vite, toute trace de civilisation disparaît ; seule la nature nous entoure. Évidemment, c’est un environnement idéal pour les animaux du coin qui se régalent dans les cultures de Juan. Il nous montre, incrustées dans le sol, les empreintes de sangliers, de mouflons et de cerfs, et nous apprend à faire la différence. Au pied des vignes, certaines grappes sont vidée de leurs raisins : c’est un sanglier qui est passé par là, nous dit-il. On ne montre pas l’exemple non plus, en goûtant des raisins qui sont mûrs. La maturité est bien avancée, et Juan pense commencer les vendanges dans 1 ou 2 semaines. Au milieu du vignoble pousse un genévrier, « enebro » en espagnol. C’est lui qui a donné son nom au domaine. On continue notre petit tour jusque dans la bodega, où Juan nous explique méticuleusement comment il fait son vin ici. On s’assied autour de la table, on grignote des amandes, du fromage, on déguste son pinard et on papote. Il nous parle du réchauffement climatique, et des conséquences qu’il engendre sur la viticulture. En 2014, ils ont connu la pire sécheresse depuis 100 ans, il n’a plu que 150mm toute l’année. Il a perdu beaucoup de raisin à cause du stress hydrique, et cette année, bien qu’un peu meilleure, ne promet pas non plus des récoltes sensationnelles. Mais la tristesse de la situation n’efface pas le sourire de son visage. Il fait chaud dehors, et il fait chaud dans son cœur, et avant que nous partions, il nous offre un énorme sac d’amendes et une bouteille de vin pour nous souhaiter une bonne continuation. Après de chaleureuses embrassades, on continue notre route, en direction la Catalogne. Encore merci à lui pour sa générosité et son accueil.

 

  10 aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est aujourd’hui Ramón qui se voit offrir une bouteille de la cuvée «atrapasueños» (attrape-rêve) de la part de Pepe et Pablo Toral. Faire du vin, s’épanouir autant dans ce nouveau métier, rejoindre cette communauté des vignerons nature, pour eux, c’est ça le rêve qu’ils ont attrapé. C’est un pure jus de Cinsault, dans lequel ils ont fait infuser seulement 5% de Graciano, dans un sac comme si c’était du thé pour donner un peu de couleur et de complexité au pinard. Un jaja comme on les aime, sans prétention, à déboucher sur des joues de cochon confites, arrosées d’une sauce au thym et accompagnées d’une poêlée de légumes de leur petit jardin d’Eden dans les montagnes. Miam miam !

Aujourd’hui nous rencontrons Ramón Saavedra, de la bodega Cauzon à Graena, toujours en Andalousie. A vrai dire, on l’a vu la veille et on a déjà bu des coups ensemble mais cette fois, l’objectif c’est de découvrir son histoire et son petit monde. Pour lui, tout commence ici. C’est dans ce fabuleux petit village, sur les hauteurs non loin de Grenade et de Guadix qu’il est né. L’histoire se lit facilement à Graena ; il suffit de regarder l’architecture, d’aller visiter les grottes qui sont omniprésentes dans les alentours ou de creuser un peu dans les vignobles pour trouver des traces archéologiques laissées par les romains ou les maures. Ramón et sa famille, comme beaucoup des vignerons que nous avons rencontrés dans cette région, fait partie de ceux qui ont du fuir les répressions franquistes en Andalousie pour se réfugier en Catalogne au tout début des années 70. Là-bas, c’est dans le milieu de la restauration qu’il a fait ses premiers pas, à seulement 15 ans. Il côtoiera les cuisines de nombreux restaurants tout le long de la côte méditerranéenne espagnole pendant les 15 années qui suivront, dont certaines grandes maisons. S’en suit une période difficile, un point noir de son existence qu’il n’est pas rare de croiser dans les métiers de la restauration et qui le pousseront à revenir dans son village natale pour se ressourcer. Il est traversé de frissons et d’émotions en nous en parlant. « Je pourrais écrire un livre de tout ce que j’ai vu, fait pendant cette période », nous dit-il. Il lui faudra beaucoup de temps et d’heures de méditations avant qu’un nouveau chemin ne se dessine dans sa vie. Nous y voilà, en 1998, après avoir étudié l’œnologie à Córdoba et travaillé chez quelques vignerons de la région pour se former, Ramón troque son tablier de cuisinier pour un sécateur et entre dans le monde de la vigne. Ce petit garage, d’à peine 9m2 où nos vélos nous attendent sagement le temps de la visite, Ramón nous dit que c’était sa première bodega. Il nous le dit avec un grand sourire, ce sourire qui illumine en permanence son visage. À bord de sa petite camionnette, nous filons dans les vignes qui s’étendent sur 5ha mais qui sont divisées en 14 parcelles. Nous nous arrêterons devant chacune d’entre elles, à commencer par les deux premières, qui se trouvent à 1200m d’altitude. C’est à couper le souffle. Nous sommes probablement devant certaines des vignes qui poussent le plus haut en Europe. De là-haut, nous avons une vue plongeante sur le Barranco (ravin) Cauzon , qui donne son nom au domaine de Ramón. C’est, sans conteste, l’un des terroirs les plus sensationnels du coin. C’est en voyant le potentiel de cet endroit qu’il décide de planter de la vigne. Al Cauzon, c’était le nom que les arabes ont donné à cette grande fosse, et cela veut dire : « terroir de sable ». Les premiers ceps qu’il a mis en terre sont « franc-de pied* » et offrent des qualités incomparables avec ceux qui sont greffés. Il nous dit en rigolant qu’il à opté pour cette méthode au départ parce qu’il n’avait pas les moyens de faire autrement, mais depuis 22 ans qu’elles sont là, il n’a eu aucun soucis. Pas de regret. Le long du Barranco, en face de son vignoble, il a fait creuser des grottes qu’il est en train d’aménager pour y vivre un jour, faire du vin et peut-être y développer des activités oeno-touristiques. Aussitôt dedans, on n’a plus envie d’en sortir tant la température est agréable et le lieu rempli de charme. L’une des chambre donne directement sur les vignes, et un de ses amis a pour projet de faire une fresque sur une coupole creusée au dessus du balcon. Lui s’y voit déjà, prendre son café, en écoutant de la musique classique, les yeux rivés sur ses vignes et le magnifique paysage. Un peu plus loin, il nous montre, par terre, un tas d’excréments de chauves-souris et nous explique que c’est un fertilisant idéal pour la vigne et qu’il songe un jour dédier une de ses grottes à sa production. Dans sa tête, ça fourmille d’idées. Nous nous rendons ensuite à sa bodega, dans le centre de Graena. Là-bas, on s’assoit, on goûte le vin et on discute. Le temps s’arrête et nous sommes comme paralysés par la profondeur des jus qu’on déguste, ainsi que par le charisme de Ramón. Il nous invite à nous servir et à prendre un magnum de vin, qu’il réserve uniquement pour les copains. Les vélos seront un peu plus lourds, certes, mais cette bouteille pour nous c’est un graal, qu’on ouvrira un jour en se remémorant cette rencontre inoubliable avec Ramon. C’est avec beaucoup d’émotion que nous nous séparons, pour continuer notre route mais nous ne doutons pas que nos routes se recroiseront bientôt. Un immense merci à lui pour tout.

02/08/2019

*Un cep de vigne se compose, la plupart du temps, d’un pied américain et d’un greffon de vitis-viniphera (la famille des vignes européennes). La greffe fut l’un des seuls moyens de lutter contre le phylloxera, un terrible insecte qui a ravagé les vignes du monde entier. Bien évidemment, ce fut aussi une opportunité en or pour les pépiniéristes de se créer un commerce bien juteux. Planter «franc de pied» consiste à se passer du pied américain, et de planter directement le vitis-viniphera dans le sol. Théoriquement, c’est illégal, car le phylloxera n’a pas disparu et que cela va à l’encontre des intérêts économiques des pépiniéristes. Néanmoins, le phylloxera ne peut pas s’établir sur les sols sableux, une bonne nouvelle pour Ramón qui n’a pas besoin de se soucier de la petite bête.

09 aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Pepe et Pablo qui reçoivent une bouteille de cidre « Método Clasico » de la part de Manuel et Sara, du Cortijo Fuente Guijarro. Cette délicieuse merveille vous fouettera le palais avec son acidité mordante avant de le caresser tendrement avec sa douce amertume. Nous, on pourrait en boire à toute heure du jour et de la nuit, mais on vous suggère quand même de faire mousser votre verre pour accompagner un bien joli ceviche de loup, aux petits morceaux de pomme granny et citron vert, accompagné d’un taboulé libanais. Un menu bien adapté à la chaleur du moment !

Aujourd’hui nous rencontrons Pepe Toral et son fils Pablo de la bodega Toral, toujours dans le village de Graena dans la Sierra Nevada. Nous ne connaissions pas ce domaine qui n’est pas encore trop dans le radar de la plupart des acteurs du monde du vin nature, mais Manuel (Fuente Guijaro) nous avait vivement conseillé de leur rendre visite. C’est chose faite. Nous arrivons à la bodega en fin de journée, car nos deux vignerons ont une double vie. Ils ont une entreprise d’électricité, et travaillent sur des chantiers un peu partout dans la région. Le vin c’est un hobbie, qu’ils entretiennent quand ils ont un peu de temps. Ne leur parlez pas de vacances, c’est un terme qui ne leur est pas familier. La magnifique bodega que nous visitons est une œuvre d’art, creusée dans une grotte et ornée d’artefacts. C’est tous les deux qu’ils ont pratiquement tout construit, uniquement avec des matériaux de la région. Pepe nous montre les pierres à partir desquelles il a monté la façade ; elles viennent toutes des alentours et elles recèlent une grande quantité de fossile incrustés que l’on peut voir. La porte en bois massif par laquelle nous entrons, est un vestige de la cathédrale de Guadix, tout comme une jolie fenêtre sur le côté. Mais voilà, il y a un hic. Cette bodega a été bâtie sans que tous les papiers officiels nécessaires à sa construction n’aient été tous réunis et, résultat des courses, ils n’ont pu jusque là obtenir les autorisations pour commercialiser leurs vins. Une bodega clandestine, c’est une première pour nous. Concernant le marché espagnol, qui n’est pas très dynamique, ils ont trouvé la parade mais impossible pour eux d’exporter le vin, là où la demande est forte. Ils se retrouvent donc avec une quantité folle de bouteilles sur les bras, sans pouvoir les liquider. Pepe à bon espoir que cette semaine, la situation va s’arranger. Heureusement, leur production est confidentielle, car à ce jour, ils n’ont que 3ha de vignes. A la Peza, le village un peu plus haut dans les montagnes dont ils sont originaires, leur famille travaille depuis longtemps l’agriculture. Ils ont un potager à 2000m d’altitude, où poussent toutes sortes de fruits et légumes. Là-haut, les conditions sont parfaites pour produire des petites merveilles, sans que les maladies ne les embêtent. « Dans notre potager, on n’utilise que de l’eau et la nature fait le reste » nous dit Pepe. Exit les pesticides ! Ils ne sont d’aucune utilité. En 2004, en voyant qu’il est capable de faire pousser tout plein de bonnes et belles choses, Pepe se dit qu’il s’essayerait bien à la vigne. Il achète une première parcelle de 0,8ha en contrebas, dans la zone de Cauzon, à 1200m d’altitude. Mais voilà, on ne s’improvise pas vigneron! C’est donc auprès de Ramón Saavedra, vigneron dans le village, que Pepe va chercher du soutien. Tous les deux, ils tombent d’accord sur un deal : Ramón s’occupera de tailler la vigne et en échange, Pepe et Pablo lui feront ses installations électriques dans la bodega. Pendant 4 ans, c’est ainsi qu’ils fonctionneront mais depuis, les Toral sont indépendants et s’occupent seuls de leurs parcelles. Néanmoins, les relations vont toujours bon train : « Ramón, il est de la famille ». C’est la raison pour laquelle vous aurez bien des chances de les croiser sur des salons de vin nature en Espagne, car ils sont petit à petit rentrés dans la communauté, introduits par les ténors de l’Andalousie. Et il faut dire que leur personnalité y est aussi pour beaucoup. Manuel et Sara nous avait raconté que sur les salons, ce sont toujours les premiers à ramener de la charcuterie et des bons produits pour en faire profiter toute la galerie. Ils sont mêmes souvent entourés d’une horde d’importateurs, quand bien même ils n’ont pas les autorisations d’exporter. Comme les vins, leur générosité est pure et authentique, et on parle en connaissance de cause. Au milieu de la bodega, ils nous ont installé une petite table, et alors que nous dégustons les pinards, Pepe nous coupe du tocino, du saucisson et une autre sorte de charcuterie que nous ne connaissons pas. Tout est fait maison, car en plus de faire du vin, des fruits et des légumes, ils élèvent aussi leurs animaux pour produire leurs viandes : de la volaille, du porc, des lapins et du veau. « Nous sommes en totale autosuffisance alimentaire » nous dit-il. C’est un régal; tout ce que nous mangeons et nous buvons est absolument délicieux. Aussitôt qu’on avale un morceau, il y en a de nouveau sur la table, aussitôt que nous vidons notre verre, il est de nouveau plein. Nos hôtes ont vraiment à cœur de partager avec nous, de nous instruire et de nous faire découvrir leur monde. Le moment venu, il est temps de quitter Pepe et Pablo, loin d’être déçus de cette découverte. On leur dit encore un grand merci pour l’accueil, à très bientôt et on espère voir rapidement leurs vins dans les boutiques françaises.

05 aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Manuel et Sara qui reçoivent une bouteille de la cuvée Rubaiyat de 2007, un 100% Syrah, de la part de leur très cher ami Manuel Valenzuela, de la bodega Barranco Oscuro. Rubaiyat, c’est un fabuleux recueil de poèmes écrit par Omar Khayyan au XIIe siècle. Chacun des vers qui composent ce recueil, est imprégné d’humour et fait l’éloge de l’hedonisme. Donc qui mieux que Manuel et Sara pour recevoir cette bouteille ? Alors autant l’ouvrir avec eux à la Pradera autour d’une entrecôte à la parrilla pour un fabuleux accords mets, vins et philosophie !

 
 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Manuel Moreno et Sara Bertani, du Cortijo Fuente Guijarro, perché dans les montagnes de la Sierra Nevada. On verse dans l’originalité cette fois, puisque c’est dans leur petit restaurant, La Pradera (la Prairie) à Graena, sur l’autre versant de la Sierra, que nous leur rendons visite. Ce n’est pas plus mal en ce qui nous concerne, car leur Cortijo se trouve à 2000m d’altitude, la tête dans les nuages. C’est, à ce titre probablement l’un des domaines les plus haut d’Europe. Là-haut, Manuel nous raconte qu’en hiver, on peut voir la côte africaine qui se trouve pourtant à plus de 200km. Un véritable balcon sur le monde. Eux ne produisent pas du raisin, mais des pommes pour en faire du cidre. Du cidre en Andalousie ? Nan ! Vous ne rêvez pas ! Dans leurs montagnes, ils cultivent une dizaine de variétés endémiques de la région qui étaient utilisées dans le temps, principalement, pour nourrir le bétail. Une de leurs parcelles se trouve un peu à l’écart des autres, dans une zone où il est interdit d’utiliser quoi que ce soit de mécanique. Donc pour les vendanges, le seul moyen c’est de s’y rendre et de ramener les pommes est à cheval. Ça tombe bien, ils en ont deux. Leur travail est un véritable alliage d’authenticité et de rigueur, saupoudrées d’un grain de folie. Ils produisent leurs cidres de façon naturelle, sans ajouter aucun intrant. Manuel nous raconte qu’il a lu une étude qui montrait que, sur un petit cm2 de pomme, des scientifiques avaient trouvé plus de 200 types de levures, issues de 5 familles différentes. Alors pourquoi en rajouter ? Et le soufre, c’est la même histoire. Il s’amuse à voir sur les étiquettes de cidres industriels «à consommer dans les 2 ans». Cette année, il commercialise enfin sa cuvée Quimera, un cidre qui patiente et s’assagit en bouteille depuis 1999, et il est phénoménal nous dit-il. 20 ans d’âge, et pas 1g de soufre dedans, alors pourquoi s’intoxiquer quand on peut faire sans ? Il nous dit avoir beaucoup appris de Manolo, de Barranco Oscuro qu’il appelle en rigolant le «gourou». Il faut dire qu’ils sont presque voisins et se sont installés à peu près en même temps en Andalousie. Il s’inspire des méthodes traditionnelle et ancestrale* pour réaliser ses deux cuvées principales. Et diantre, que c’est bon ! Pour parvenir à ce résultat, sans flinguer ses cuvées, il faut de la rigueur, beaucoup de rigueur. Pendant les 4 mois que dure la saison des pommes, ils sont 5 à pouponner chacune d’entre-elles, et à virer les cochonneries sur la peau, dans la chair qui pourraient altérer le goût du cidre. « C’est un véritable travail de chirurgien » nous dit-il. Mais façonner la matière, il connaît. Originaire d’Avilla, dans le Nord, il a suivi des études d’art, spécialisées dans la sculpture du bois. Il fait partie de cette génération qui a connu les années noires du franquisme puis la révolution culturelle qui s’en est suivie. Il nous parle avec beaucoup d’émotion de son adolescence, marquée par la révolte et la répression. La fin du régime fasciste en Espagne marque le moment d’une nouvelle naissance pour lui. C’est avec un peu de jalousie qu’on l’écoute, tout ouïe, nous raconter sa poursuite du bonheur et de la liberté, en Espagne et en Asie. Les années hippies, dans toute leur splendeur et dans tout leur romantisme. C’est en Andalousie, dans sa maison appelée Fuente Guijarro que, il y a 40 ans, il trouve enfin ce qu’il cherchait. Il tiendra pendant un temps une petite échoppe d’ébénisterie et vendra aussi des pommes bio dans les alentours. Au milieu des années 90, il se lance dans la production de cidre. Quelques années plus tard, une jeune italienne vient toquer à sa porte pour demander du travail. C’est Sara qui, depuis, l’accompagne dans toutes ses merveilleuses folies. Originaire de Parme, elle aussi s’est retrouvé là, suite à un sacré concours de circonstances. Après avoir voyagé à gauche et à droite toute sa vie, touché à tous les métiers, c’est en Andalousie qu’elle décide de poser ses valises. Elle tombe très vite amoureuse de la région, et évidemment de Manuel. Et depuis, la folie continue. La Pradera, ce superbe restaurant où nous nous asseyons aujourd’hui est la dernière en date. Manuel est au fourneaux, et Sara en salle. La spécialité de la maison, ce sont les viandes à la parrilla (cuites sur la braise) et on peut y siroter leur cidre, et les vins nature des alentours, dans une ambiance décontractée. Ce soir-là, on écoute du Brassens, du Renaud, du Louise Attaque en se régalant autour d’un ragoût de cabri, appelé ici Choto. Comme si le moment n’était pas déjà suffisamment au top, voilà que Ramón, le vigneron qui est à l’origine du jaja que nous sommes en train de déguster, nous rejoint. On restera assis à la terrasse jusqu’à 2h du matin, à papoter, à rigoler et à boire des coups. Et le lendemain, rebelote. La Pradera sera notre petit QG pendant les 3 jours que nous passerons à Graena et, tous les soirs durant, nous profiterons de la compagnie de Manuel et Sara jusqu’à qu’on soit trop fatigué pour continuer à papoter, rigoler et boire des coups. Nous n’étions pas forcément à la recherche du bonheur en venant ici, et pourtant il nous est tombé dessus. Cueille le jour, croque la vie à pleine dents et buvons du cidre, c’est la morale de notre rencontre avec Manuel et Sara, qu’on ne remerciera jamais assez d’avoir rendu notre séjour aussi agréable et déjanté. ¡ Hasta pronto amigos !

02 Aout 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Manuel qui reçoit une bouteille de la cuvée « Clasico » de la part de Guillaume Leroux, vigneron à la Quinta da Casteleja en Algarve. Ce joli jus bien rouge, issu de ses plus beau raisins de Bastardo (Trousseau) nous on vous le conseille de l’ouvrir sur un pavé de kangourou grillé à la braise, arrosé d’une sauce aux figues et accompagné d’une poêlée de légumes forestiers.

 

Aujourd’hui nous rencontrons Manuel Valenzuela, vigneron à la bodega Barranco Oscuro, perchée à 1300m d’altitude dans l’Alpujarra en Andalousie. Pour s’y rendre, on a pédalé, sué, souffert tout le long de l’ascension mais le jeux en valait la chandelle. Manuel, ou Manolo pour les intimes, on pourrait le ranger dans bien des cases : « le vigneron soixante-huitard », « le pape espagnol du vin nature », « le hippie de l’Alpujarra », mais ce serait passer à côté de l’essentiel, et utiliser des mots beaucoup trop simples pour caricaturer une philosophie de vie qui l’a conduit où il est aujourd’hui. C’est de l’autre côté de la vallée qu’il est né en 1942 et qu’il à grandi, auprès de ses 7 frères et sœurs et de ses parents, qui travaillaient dur la terre pour gagner leur vie. Lui-même s’oriente dans un premier temps dans des études agricoles avant de poursuivre dans l’ingénierie chimique, mais il n’ira jamais au bout de son parcours, conscient que ce qu’on lui enseigne n’a pas de sens. « C’est à ce moment que j’ai su que je ne mettrai jamais de cravate de ma vie. Elle est toujours dans ma valise, je ne l’ai jamais sortie » nous dit-il, avec ce grand sourire et ses yeux pétillants qui ponctuent chacune de ses phrases. A la fin des années 60, Manuel paye son activisme engagé pour un monde meilleur, et s’exile avec sa femme en France. Il y restera 4 ans, tout juste le temps d’apprendre la langue, de rencontrer une quantité folle de personnes intéressantes, de toucher à tous les métiers et surtout, de s’ouvrir au monde du vin. Il nous raconte que c’est avec un copain italien, que tous les jours il allait boire un verre de gewurztraminer au bistrot du coin, et qu’un autre de ses copains polonais, lui faisait goûter des jolis pinards français d’un peu partout. Il y prend goût. Mais c’est pas tout ; il dessine aussi, écrit des poèmes, s’intéresse de très près à la musique française, notamment Nino Ferer, Jean Ferrat ou encore Jacques Brel. C’est ainsi dire que le vin n’est pour lui qu’une passion parmi tant d’autres. D’ailleurs, il nous raconte qu’au moment d’acheter sa propriété en 1979, un cortijo (Mas) entouré de 14 hectares de nature sauvage juchés au sommet des montagnes, sa priorité n’était pas de produire du vin. Non, sa priorité c’était de s’éloigner de la ville, de la pollution et de se construire un petit havre de paix. Mais il se rend compte très vite que toutes les conditions sont réunies ici pour faire de superbes jus. Il décide donc d’y planter de la vigne. En 1983, il se lance dans un grand parcours des pays méditerranéens pour comprendre la viticulture qu’il pense être commune pour tous les pays qui bordent la mer. Il se rend néanmoins vite compte qu’il n’y aucun endroit qui partage les mêmes caractéristiques que son terroir, si ce n’est un seul. Réponse ? Le Liban. Perchées sur les montagnes de la Sierra Nevada, ses vignes bénéficient aussi bien des influences maritimes que des influences montagnardes. Elles sont saines ; les températures sont chaudes la journées, fraîches la nuit, et son écosystème est préservé de toute influence chimique si bien que ses vins s’en tirent avec un super équilibre, entre l’alcool et l’acidité. N’importe quels cépages pourraient s’exprimer pleinement dans ce jardin d’Eden et ça, Manuel l’a bien compris. Dans son vignoble de 12ha, il s’est amusé à planter pas loin d’une trentaine de variétés qu’il vinifie quasiment individuellement afin de pondre une bonne vingtaine de cuvées chaque année. Bien évidemment, vous l’aurez compris, notre rebelle n’est pas du genre à jouer le jeu des appellations, ce qui l’oblige à déclasser ses vins dans la catégorie «Vino de España» (l’équivalent espagnol du « vin de France ») et, par conséquent, lui interdit de mentionner le cépage sur ses étiquettes. Mais rassurez vous ! En jouant un peu de malice et d’imagination, toutes les informations sont là et on ne vous privera pas du plaisir de chercher vous-mêmes sur les étiquettes les cépages qui sont utilisés pour chacune de ses cuvées. Nous, en tout cas, nous nous sommes bien amusés, en les dégustant, à trouver ses petites astuces. En revanche, vous n’y verrez pas de certification « bio ». En Espagne, il a longtemps été un porte-étendard de la cause, mais lorsque les politiques et les industriels s’en sont mêlés, il a jeté l’éponge. Pour lui les labels sont des dogmes, pourris de l’intérieur par des intérêts financiers. « Il faudrait certifier les vignerons pour leur conscience », nous dit-il. L’intégrité est une valeur rare de nos jours, mais Manuel nous dit espérer non pas un tremblement de terre, mais «un tremblement des gens», une façon de dire qu’il serait temps d’aller un peu plus dans le bon sens. Une ironie pour celui dont on a longtemps dit qu’il était «le saumon qui nage à contre-courant». C’est cette philosophie de vie, qui mélange sagesse, intégrité et une rechercher de liberté qui caractérise si bien Manuel, que nous voulions évoquer à travers sa propre histoire. Nous n’aurons passé en sa compagnie qu’un petit morceau de journée, mais c’est suffisant pour continuer notre aventure avec des idées un peu plus claires sur le monde qui nous entoure. Un grand merci à lui, pour l’accueil et pour cette merveilleuse leçon de philosophie.

31 juillet 2019

  Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Guillaume qui se voit offrir une bouteille de la cuvée « Vinhas Velhas » de la part de António Márquez da Cruz, vigneron au domaine Quinta Serradinha. Cette cuvée, issue des plus vieilles vignes du domaine, plantées en 1957, offre une complexité aromatique hors norme qu’il faudrait marier avec un plat divinement bon, et pas besoin d’aller chercher bien loin puisque la région d’Antonio ne manque pas de ressources de ce point de vue. On vous propose donc de l’ouvrir sur un « Leitão assado » (cochon de lait grillé ), arrosé avec son jus légèrement relevé par des épices douces pour rappeler les caractéristiques des vins du domaine, et accompagné de patates douces cuites sur la braise.

Aujourd’hui nous rencontrons Guillaume Leroux, vigneron au domaine Monte de Casteleja, à Lagos, dans la région de l’Algarve, au sud du Portugal. Avec Lisbonne et Porto, cette région est l’un des fleurons du tourisme au Portugal et, qui plus est, une zone où beaucoup d’étrangers habitent ; donc forcément, en été, pour Guillaume qui fait beaucoup de vente en direct, c’est la période la plus chaude. C’est pour cette raison que nous n’aurons qu’une petite heure pour profiter de sa compagnie, et que la visite sera un peu restreinte mais pour nous qui souhaitons découvrir la typicité viticole d’un maximum de régions, c’était un passage que nous ne souhaitions pas louper. C’est donc ici, dans les alentours de Lagos que Guillaume, après une carrière bien remplie dans l’œnologie, à décidé de s’installer en 2000. C’est dans cette magnifique ferme, qui appartenait à son grand-père qu’il a installé sa structure. Ce dernier était pêcheur, et sur beaucoup de ses étiquettes, Guillaume lui rend hommage en représentant des paysages marins. Casteleja, qui veut dire «fortification» en portugais est un clin d’œil à l’histoire de la ferme, qui est installée sur une zone archéologique très riche. Pour illustrer ce propos, il nous montre dans son caveau de dégustation une collection de vestiges de l’antiquité romaine et préromaine qu’il a dénichés dans son vignoble. Comme les romains avant lui, Guillaume a beaucoup voyagé et fait du vin dans divers endroits. C’est d’abord dans des études en agriculture et en élevage qu’il s’est lancé à Compiègne, avant d’être convaincu par sa sœur de changer pour la viticulture. Son père, français d’origine mais passionné des vins portugais, l’a beaucoup inspiré dans la démarche en lui faisant régulièrement goûter des grands vins lusitaniens. C’est à Montpellier qu’il se forme dans un premier temps, et à Porto qu’il finit ses études d’œnologie. Cette école, en partenariat avec un autre établissement en Australie, lui permettra de voyager aux antipodes et de découvrir qu’on peut aussi y faire du vin, là où le climat et la géologie ne sont pas si différents de ce que l’on peut trouver en Algarve. C’est à partir de ce moment que commencera à cheminer l’idée de s’installer un jour dans la ferme de son grand-père pour y faire du vin. Avant cela, il fait ses armes dans la région du Douro. Il passe notamment chez Taylor, l’un des leaders sur le marché du Porto, à la Quinta do Côtto et enfin à la Quinta do Tedo. Cette dernière expérience est la plus marquante pour lui, car il y rencontre Vincent Bouchard, un œnologue français qui lui apprendra beaucoup sur les techniques de vinification bourguignonnes. C’est suite à cela qu’il décide de se lancer. Il plante autour de sa Quinta 3ha de vignes, composées uniquement de cépages portugais. On ne peut s’empêcher de constater que beaucoup de ses vignes sont entourées de filets. C’est pour empêcher les oiseaux de se goinfrer, nous explique t-il. Mais le vrai challenge, ici, c’est surtout la sécheresse, contre laquelle il est difficile de lutter et qui est chaque année plus intense. Il pleut ici en moyenne 400mm d’eau à l’année, parfois moins, et surtout de plus en plus tard. Avant, la pluie tombait surtout en automne, mais désormais c’est au printemps qu’elle vient, et elle apporte avec elle les maladies à un moment où la vigne est vulnérable. Changement climatique vous dites ? Lui ne s’attendait pas à cela, et aujourd’hui il doit s’adapter, d’autant plus qu’il travaille désormais en agriculture biologique. Il nous raconte que ce sont des amis suédois qui l’ont convaincu de se convertir, il y a quelques années. En Algarve il ne sont pas nombreux à travailler de cette manière. Au cours de nos escapades nous nous sommes davantage habitués à voir de grandes surfaces exploitées en conventionnel. Guillaume, il a donné; mais aujourd’hui, pour lui ce serait une folie de revenir à ce modèle. L’heure tourne, et après avoir dégusté sa gamme et bien papoté, il est temps de nous séparer. Nous le quittons pour rouler vers nos prochaines aventures. Encore merci à lui pour sa disponibilité.

21 juillet 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est António qui se voit offrir une bouteille du Dão de la part d’António Madeira. Cette cuvée, issue des vieilles vignes du domaine promet un jus d’une qualité exceptionnelle. On ne serait que trop vous le conseiller sur un plat raffiné et autant se plonger dans la cuisine portugaise pour en trouver un qui fasse l’affaire. On vous propose donc un joli morceau de Porco Preto (race de cochons ibériques élevés, principalement à base de glands, dans la région de l’Alentejo), arrosé d’une sauce aux cèpes et châtaignes (qui poussent dans la région de Viseu) et accompagné de migas (une sorte de purée de pain revenu à la poêle avec de l’ail et des fines herbes, qui contre toute attente, est un mets excellent).
 

Aujourd’hui nous rencontrons António Marques Da Cruz de la Quinta Serradinha, à Leiria, aux 2/3 du chemin entre Porto et Lisbonne. Pour entrer dans cette magnifique Quinta, il faut traverser la ville et, un peu plus au Sud, emprunter un chemin de terre sur quelques centaines de mètres pour se plonger dans un véritable écosystème préservé de toute part. La surface du domaine s’étend sur 20ha, au milieu duquel poussent 6ha de vignes, composées de 3 cépages blancs et de 7 rouges, tous natifs du Portugal. Certaines vignes ont été plantées en 1952 par son grand-père, d’autres en 1986 par son père, et lui souhaite en planter 1,5ha très prochainement. Se plonger dans l’histoire de la famille, c’est aussi un peu se plonger dans celle du Portugal. António est la 5e génération à travailler la vigne. Tout a commencé dans les villages aux alentours ; le grand-père de son grand-père s’était fait un nom en distillant de l’alcool qui était envoyé dans le Douro pour muter les Porto. C’est donc surtout grâce à l’eau-de-vie que le domaine, qui s’appelait à l’époque Sociedade de Vinhos e Mostos ( Société des vins et moûts) s’est développé. Entre la première et la seconde guerre mondiale, alors que la France était bien occupée à reconstruire le pays, le domaine s’est implanté sur les marchés outre-Atlantique qui avaient été abandonnés par les français. Aussitôt remise sur pied, la France, après la grande guerre, s’est empressée de remettre la main sur les marchés qu’elle avait perdus. Ce fut la fin de l’âge d’or de Vinhos e Mostos. En 1974, à la chute du salazarisme, le père d’António (qui s’appelle également António) hérite des rênes du domaine. Il s’en occupe le week-end et travaille dans l’informatique et le marketing pour mettre de l’argent de côté. En 1978, il assiste à une conférence sur l’agriculture biologique à Montpellier. Lui ça l’amuse un peu ; en France on en parle comme d’une Révolution, tandis que les produits chimiques inondent la viticulture mais, au Portugal, où longtemps les frontières étaient fermées à l’importation, sous Salazar, l’agriculture bio n’était pas une option mais, tout bonnement, la seule façon d’entretenir ses cultures. Pour autant, alors que le Portugal est sur le point d’entrer dans l’Union Européenne et de se voir, à son tour, inondé par la chimie, lui décide, en 1984, de convertir le domaine en bio. Il deviendra par la suite l’un des grands porte-étendards de l’agriculture biologique dans son pays. Un beau jour, alors qu’il dégustait une bouteille avec un ami, une coccinelle passait par là. En la déposant sur la bouteille, son ami lui dit : « elle protégera ton vin ». Depuis c’est devenu une marque de fabrique ; il y a une coccinelle sur chacune des bouteilles du domaine. En 2003, António (le fils), après avoir étudié l’économie et travaillé un temps dans une entreprise de plastiques pour l’automobile, reprend à son tour les rênes du domaine. Son père, volontairement, ne l’aide pas trop, de sorte à ce qu’il trouve son style, sa patte qui ne soient pas trop empruntés du passé. Mais António, n’ayant pas fait d’école d’œnologie reste sur les plates-bandes de son père et vinifie de la façon la plus naturelle possible. « Je n’utilise pas la chimie, je ne sais même pas comment ça marche», nous dit-il en rigolant. Son style, il se l’est forgé avec le temps, en bénéficiant beaucoup de l’aide des copains viticulteurs des alentours. Il fait partie d’un petit groupe avec Rodrigo Felipe, Tiago Teles ou encore Pedro Marques, à se filer des coups de main et des conseils. Pour nous, qui pensons que le vin nature n’est pas seulement une méthode de vinification mais aussi un état d’esprit, nous sommes heureux de voir que, dans la région de Lisbonne, on a adopté cette philosophie. « Quand tu travailles de cette manière, il faut partager. Nous ne sommes pas des concurrents mais des copains» nous dit António. Au domaine, il est heureux de transmettre son savoir à Guilherme et João, deux jeunes vignerons en herbe qui l’aident dans les vignes et dans la cave. « Eux ne sont pas non plus des employés, ce sont des amis, de la famille ». Il règne ici une belle ambiance ; on a vite l’impression de faire partie d’une petite communauté. Nous déjeunons avec eux à midi, et nous vivons un grand moment multiculturel où l’anglais, le français et le portugais viennent se mélanger dans les conversations qui portent sur l’histoire du domaine, celle du Portugal et sur la culture culinaire du pays. Pour les remercier, nous les aidons dans l’après-midi à soutirer des vins (passage du vin des barriques aux cuves). Le soir venu, nous sommes de nouveau invités à manger avec la famille, et c’est encore un très grand moment d’échanges et de convivialité. Pour arroser les spécialités portugaises que nous mangeons, António (fils) nous ouvre des bouteilles à la chaîne, notamment une de son premier millésime, 2003, qui n’a pas pris une ride. Son père y va aussi des siennes, et nous fait goûter une vieille liqueur du domaine à base d’écorces de Cinchona (Vinho Quinado). C’est là une véritable régalade. Tous débordent de générosité pour que nous passions un très bon moment, le tout dans une ambiance naturelle et décontractée. Il est déjà bien tard, et Guilherme, qui a aussi passé la soirée avec nous, se propose pour nous héberger. Première nuit sur un vrai matelas et première douche depuis des lustres, de quoi finir la journée en apothéose. Le lendemain matin, nous retournons au domaine dire au-revoir à tout ce joyeux peuple, et António, avant que nous partions, nous offre une bouteille du millésime 1999 de son père. C’est tout sourire, très émus et infiniment reconnaissants que nous enfourchons nos vélos pour la suite de nos aventures. Muito muito Obrigado à eux, et à très bientôt !

18 juillet 2019

  Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Antonio Madeira qui reçoit une bouteille de rosé de la série Rufia (qui existe aussi en blanc et rouge) de la part de son voisin d’appellation Joao Tavarez de la Quinta da Boavista. Rufia, en Portugais, peut se traduire par « galopin ». C’est un rosé de soif, à boire sans soif, et franchement on pourrait en avaler des litrons avec des copains, en l’accompagnant de tapas portugais : sardines grillées, pasteis de bacalhau (acra de morue), chamuças (samossa), Porco Preto, chouriço mouro (boudin)…

 

Aujourd’hui nous rencontrons Antonio Madeira, dans le petit village de Santa Marínha, au pied de la chaîne de montagnes de la Serra da Estrela dans la région du Dão. Alors que nous nous asseyons dans un petit café, non loin de sa Quinta, il nous explique que les portugais ne s’en rendent pas compte mais qu’ils sont assis sur un diamant. Cette région, de tout point de vue c’est la Bourgogne du Portugal. Bien qu’elle ait beaucoup souffert du salazarisme, c’est ici qu’on y fait le meilleur vin car le terroir, la richesse ampélographique et l’âge des vignes sont autant de critères pour accoucher de merveilles. Malheureusement, le territoire se vide ; les jeunes ne sont plus intéressés par la viticulture et seuls les grands domaines investissent dans ce magnifique patrimoine pour en faire des vins peu qualitatifs. Antonio lui, a flairé l’opportunité. Plus jeune, c’est ici qu’il partait en vacances. Portugais d’origine, il a grandi en France et a embrassé une belle carrière dans la logistique industrielle après des études à Centrale Lille. Son destin était tout tracé pour une belle réussite dans son domaine, mais il nous raconte que son métier lui pompait tout son moral. « J’étais un esclave en cravate » nous dit-il. Ce qui l’a sauvé à l’époque et encouragé à prendre un autre chemin dans sa vie, c’est la découverte du vin, au travers d’un club d’œnologie que le CE de son entreprise avait monté. C’est à cette époque qu’il devient un grand amateur de pinard, notamment de vin nature et, en fouillant un peu, découvre que le Dão est une région formidable pour la viticulture. En 2010, il y retourne bille en tête dans l’idée de produire du vin. Il n’a pas de chai, pas de vignes, mais beaucoup d’idées. Avec l’aide de son beau-père et d’Alvaro Castro, un célèbre vigneron du coin qui a accepté de lui filer un coup de main pour apprendre le métier, il se lance dans l’expérience. Il approche les vieux de son village et des villages aux alentours et leur propose de reprendre en main leurs vignes. C’est gagnant/gagnant, il leurs verse un loyer et en échange entretient leurs parcelles pour produire ses premiers jus. A l’époque, il travaille encore à Paris et ne descend au Portugal que pendant ses vacances pour s’occuper de ses vignes. En 2017, il coupe définitivement le cordon qui le rattachait à son ancienne vie et s’installe avec sa femme et ses trois enfants pour de bon dans le Dão où il fait construire son chai. Il exploite, avec l’aide de sa femme, de son beau-père et de deux saisonniers, 8,5 hectares de vignes, étalés sur 26 parcelles dans 7 différents villages. Toutes ses vignes ont entre 60 et 120 ans, et sont complantées avec une multitude de différents cépages. Il nous emmène dans l’une de ses plus belles parcelles. Elle a été analysée par un ampélographe de la région, et il nous raconte que ce dernier y a trouvé des cépages qu’il n’avait pas vu depuis 20 ans et n’a pas été capable d’identifier 3 de ses pieds de vignes. Les sols sont travaillés à la pioche ou au cheval tant la place manque pour faire passer un tracteur. C’est un travail titanesque, mais ces parcelles, c’est lui qui les a choisies et pour les bonnes raisons. Le terroir est exceptionnel et ce ne sont que des vieilles vignes, les ingrédients dont il avait besoin pour ressortir le plus de complexité et de profondeur possibles dans ses jus. Lui ne veut pas faire du glouglou; il vise la perfection et nous parle de ses modèles comme étant Richard Leroy dans la Loire ou Pierre Overnoy dans le Jura. « Les vins nature, c’est aussi censé avoir du goût ; c’est pas la tomate du supermarché». Alors qu’il nous emmène dans son chai, nous goûtons sur cuve et sur fûts une bonne partie de ses vins. C’est excellent, et le secret pour lui est simple : un bon raisin, et de longs élevages (deux hivers en moyenne) pour que le vin ait le temps de s’assagir et de gagner en complexité. Rien n’est laissé au hasard, que ce soit dans les vignes ou dans le chai bien qu’il nous dise être très préoccupé par le changement climatique. La petite pluie fine qui tombe aujourd’hui nous ferait presque oublier les 40°C de la veille, mais les marques de grillures laissées sur les grappes sonnent comme une piqûre de rappel. Il y a des choses que l’on ne peut pas contrôler. Cette année encore, l’attente sera longue jusqu’aux vendanges et il n’y a plus qu’à espérer que la canicule ne repointe pas le bout de son nez pour éviter le scénario de 2018, où pendant 5 jours le soleil avait tellement chauffé que 30% de sa récolte avait brûlé. On croise les doigts avec lui, et voilà qu’il est temps pour nous de nous remettre en selle. Encore merci à Antonio pour l’accueil.

  17 juillet 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est João qui se voit offrir une bouteille de la cuvée 100% Loureiro de la part de Fernando Paiva, de la Quinta da Palmirinha. Ce vin blanc, tranchant sur l’acidité, bien imprégné d’arômes d’abricot et de zeste de citron est à des années lumières de ce que l’on pourrait s’imaginer des vins du Vinho Verde. Nan ! car là il y a du fond et de la complexité qui nous régale les papilles. Cette bouteille, on aimerait bien l’ouvrir sur un tajine de lotte aux citrons confits et aux olives du jardin, relevé au safran.

 

On pensait avoir échappé à la canicule, et pourtant, aujourd’hui elle frappe, sévère. Il fait 43°C, l’air est chaud et humide, et c’est dans ce contexte qu’aujourd’hui nous rencontrons João Tavares de Pina, vigneron à la Quinta Boavista dans les alentours de Penalva do Castelo. Nous sommes dans la région du Dão, au centre du Portugal, là où l’on fait du vin depuis au moins l’époque des romains. João commence par nous expliquer que de nos jours, le Douro, l’Alentejo ou le Vinho Verde sont beaucoup plus populaires à l’étranger, mais que le Dão était la référence portugaise en terme de vin tranquille de qualité dans le reste de l’Europe bien avant l’émergence des premières régions cités. La richesse ampélographique, le terroir et l’âge moyen des vignes dans le coin suffisent pour le prouver. Dans certaines de ses parcelles de vignes centenaires, João a, en moyenne, une quarantaine de cépages complantés. Il a aussi la particularité d’avoir les 3 derniers pieds existant d’un cépage appelé Luzido, après que ceux qui restaient en dehors des siens n’aient brûlé il y a 2 ans dans un terrible incendie qui a ravagé la région. João est œnologue de formation, comme l’était son père. « Je suis né dans une barrique » nous dit-il. Il a fait une partie de ses études à Bordeaux et le reste au Portugal. Sa thèse consistait à trouver une souche de levure qui soit idéale pour la production de vins industriels. Pendant 3 ans, jours et nuits il a arpenté les vignobles, assisté à des conférences et fait des tests pour trouver la perle rare. Il a fini par la dénicher, dans le Vinho Verde, et c’est aujourd’hui la levure la plus commercialisée au monde. Néanmoins, ce n’est pas lui qui a récolté le fruit de son travail ; c’est le syndicat d’appellation du Vinho Verde qui a déposé un brevet dessus. En 1990, il revient chez lui, dans cette même maison qu’il habite aujourd’hui et rejoint son père, qui en parallèle d’être le maître de chai de l’un des domaines les plus gros du Portugal, produit du fromage de brebis. En réalité, c’est principalement João qui gère l’entreprise comptant 5 personnes pour faire du fromage de qualité. L’aventure durera jusqu’en 2000. L’usine coule, noyée par un partenaire peu scrupuleux qui les attaque en justice pour des raisons peu valables. Alors que João produit déjà du vin chez un ami un peu plus au nord depuis 1996, il décide, en 2004, de reconvertir la bergerie en chai de vinification. C’est le début d’une nouvelle aventure. Ironiquement, ses vins sont vinifiés en levures indigènes depuis le début. Il ne regrette pas sa formation d’œnologie pour autant, et nous dit que ça lui permet de bien comprendre ce qui se passe dans ses cuves, et de réagir de la bonne manière en cas de problème. Son truc à lui, c’est les vins glouglou qui ne soient pas trop alcooleux, mais il veut quand-même de la complexité dans ses jus. Exit les arômes de fruits exotiques, il en a horreur. Il fermente tout à haute température, ses rouges autour de 35°C et ses blancs autour de 23°C, pour s’assurer de finir ses fermentations rapidement en ne laissant pas aux bactéries le temps de s’attaquer au sucre et pour éviter le développement d’arômes « putassiers ». Il nous fait goûter dans sa cave chacune de ses cuvées, et il faut admettre que sa méthode est gagnante. Nous retournons ensuite dans sa maison, manger un petit bout avec lui et c’est l’occasion de parler de son pays, de sa famille, de son point de vue sur les vins nature, les autres vignerons et tout plein d’autres sujets. On ne voit plus le temps passer, et pourtant, cela fait presque 5 heures que nous sommes en sa compagnie, à boire des coups et à papoter. La température étouffante à l’extérieur est redevenue plus ou moins normale ; c’est donc le meilleur moment pour nous de nous dire au-revoir. Lui aussi nous offre une bouteille, en guise de bonne continuation et pour le bon courage. On lui dit un très grand merci, et nous nous remettons en route, bien comblés par cette rencontre.

  13 juillet 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Fernando qui hérite de la cuvée « Lar dos Soños » (la maison des rêves, en galicien) de la part de Begoña Troncoso. Quand on a dit à celle-ci qu’on allait voir Fernando, elle était toute émue car, quand elle a commencé la biodynamie, il faisait parti des vignerons portugais présents pour l’accompagner dans sa démarche. Cette cuvée, 100% alvarinho (albariño), du millésime 2015 est le reflet de ce que fut cette année : un vin chaud, riche mais non dépourvu d’acidité pour autant. Nous, on le conseillerait sur un plat local, du poulpe en cassolette, cuisiné à l’huile d’olives, à l’ail, au paprika et au persil frais.

 

Aujourd’hui nous rencontrons Fernando Paiva, vigneron à la Quinta do Palmirinha dans le village de Lixa. Nous sommes dans la région de Vinho Verde au nord du Portugal. Palmirinha, c’est le diminutif de sa maman, Palmina qui a vécu ici jusqu’à ses 102 ans. C’est pour lui rendre hommage que Fernando a nommé sa quinta ainsi, à sa mère mais aussi à son père qui longtemps ont travaillé la vigne sur cette ferme. Lui, pour le coup, n’est pas issu de ce métier. Avant de devenir vigneron, il était professeur d’histoire au collège et ce n’est qu’en 2000, au moment de prendre sa retraite, qu’il a décidé de changer de voie. Quand on lui demande s’il retrouve des similitudes entre son ancienne profession et sa nouvelle, il nous répond tout sourire que quand il était enseignant, chaque année il avait une nouvelle classe, de nouveaux élèves à former qu’il voyait s’épanouir au fil de l’année. Désormais, c’est la vigne qu’il voit s’épanouir, pendant tout un millésime et dans un cas comme dans l’autre, son rôle est de les accompagner vers la réussite avant que ne sonne la prochaine «rentrée des classes» et qu’il ne faille tout recommencer. Il a planté ses 3 hectares de vigne il y a 25 ans, en composant avec les cépages locaux, notamment le Loureiro qui représente 60% de sa production, mais aussi l’Azal et l’Arinto pour ne faire que du vin blanc. Il nous dit qu’ici, le rouge ne fonctionne pas, il n’atteint pas facilement la maturité car nous sommes à 400m d’altitude. Le vignoble est conduit en biodynamie et ce, depuis le début. Fernando nous raconte que c’est Pierre Masson, illustre vigneron bourguignon, qui l’a formé à cette méthode de culture et que, au Portugal, il fut le premier à emboîter la marche. Encore aujourd’hui, il est le seul à être certifié Demeter (depuis 2007), mais il nous dit que beaucoup de vignerons s’y intéressent, et passent chez lui pour se former. Alors que nous nous baladons dans les vignes, on voit surgir des touffes d’herbes, ici et là, des petites poules. Il nous explique qu’elles sont très efficaces pour entretenir le vignoble : elles broutent (qui l’eut cru), mangent les insectes nuisibles et leurs défections fertilisent le sol. En hiver, ce sont des moutons qui prennent le relais. Dans cette région où les champignons sont la plus grosse menace (Black rot, mildiou, escat…), on taille les vignes en hauteur pour empêcher ceux-ci d’atteindre les feuilles. Celles de Fernando nous arrivent au niveau du plexus, mais sur le chemin nous menant ici, nous en avons vu pouvant atteindre 4 ou 5 mètres de haut, poussant le long des arbres, une méthode qu’on appelle ici Enforcado (voir photos) et qui nécessite une échelle pour être travaillées. Outre la hauteur des vignes, Fernando utilise une bonne ribambelle d’infusions antifongiques que nous avons déjà vues en Galice, comme l’eucalyptus, les orties, de la consoude mais aussi des oranges car ici, au Portugal, il y en a beaucoup. Après tout, la biodynamie consiste d’abord à utiliser la nature qui nous entoure pour travailler et, pour lui, c’est la seule réponse envisageable. S’il en va de la protection de ses vignes, il en va aussi de la protection de ses vins, et pour illustrer ses propos, il nous montre, au fond du jardin, un châtaigner. Il nous raconte qu’un beau jour, il écoutait à la radio une enseignante de l’université de Bragança parler des vertus des fleurs de châtaignier, qui peuvent protéger les fromages puisqu’ils constituent un parfait antioxydant. Le mot magique ! S’il peuvent protéger les fromages contre l’oxydation, peut-être peuvent-ils protéger les vins ? En collaboration avec l’université de Bragança, ils ont tenté l’expérience en 2015 qui s’est avérée très concluante. Les fleurs de châtaignier sont plus efficaces que les sulfites pour protéger le vin contre l’oxydation. Eureka ! Depuis, il n’ajoute du soufre dans son vin qu’en cas d’extrême nécessité, au moment de la mise en bouteille. Au frais dans sa quinta, nous dégustons ses deux cuvées, l’une est un 100% Loureiro, et la deuxième un assemblage de tous ses cépages. Cette année, il a aussi essayé de ne pas filtrer une partie de ses vins. A 75 ans passés, Fernando n’est pas prêt d’arrêter les expériences bien qu’il nous confie ne pas souhaiter se mettre aux vins à la mode tels que les Pet’ Nat ou vins oranges. Il a son style de vins, et il les aime ainsi. Ça tombe bien, nous aussi, et on n’est pas les seuls. Ses vins se vendent très bien, la plupart à l’étranger (60%). Au Portugal, c’est surtout à Lisbonne et en Algarve qu’il est possible de les trouver. Il nous explique que les portugais n’ont pas encore un grand intérêt pour les vins natures, mais que, grâce aux touristes, il y a des chances que ça finisse par rentrer dans les mœurs. En attendant, il est temps pour nous de continuer notre route vers le sud. Nous remercions chaleureusement Fernando, qui nous offre deux bouteilles de vin pour le voyage, avant de nous remettre en selle.

9 juillet 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Begoña qui reçoit la cuvée de la part de Nacho González, de la bodega La Pérdida dans la région voisine. Ce rouge, issu des cépages Garnacha Tintoreira (Alicante Bouschet) et Mencia (qui s’avère être aussi le prénom de fille de Begoña), on se dit qu’on se verrait bien faire une folie et l’ouvrir sur un moelleux au chocolat noir avec un cœur fondant à la myrtille pour fêter nos 4 mois de voyage.

 

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Begoña Troncoso, de la bodega du même nom dans le village d’Arbo, au sud de la Galice, au bord du fleuve Minho qui marque la frontière avec le Portugal. Le long de sa maison, les vignes poussent en emparrado, une technique de taille qui s’apparente à de la pergola, supportée par des grands blocs de granite, le sol qui caractérise majoritairement la géologie de la région. Faire monter la vigne en hauteur, c’est un moyen de la protéger contre les champignons, car ici il y a beaucoup d’humidité. Traditionnellement, c’est aussi ce qui permettait aux viticulteurs de faire pousser au pied des vignes divers fruits et légumes, afin d’optimiser l’espace de plantation. Pour nous, deux grands gaillards, c’est assez pratique, mais pour Begoña qui fait deux têtes de moins, ce n’est pas un cadeau. Pour atteindre les sarments et les raisins qui sont à 1m80 du sol, elle est obligée de monter sur une caisse. Mais ce n’est pas le plus grave. En arrivant, nous ne pouvons nous empêcher de constater que sa parcelle est remplie de grappes noires, sèches, comme si elles avaient été passées au chalumeau. Naïfs, nous nous disons que ce sont peut-être des grappes de l’année dernière qui ont été oubliées ou, les conséquences de la vague de chaleur de ces derniers jours, bien qu’ici en Galice, nous ne l’ayons pas trop ressentie. Non, en réalité c’est bien pire que cela. Ce paysage mortifère, c’est l’héritage d’un terrible champignon que les vignerons en bio redoutent comme la peste, un champignon dont personne ne s’est jamais préoccupé de traduire le nom dans sa langue, comme s’il s’agissait d’un vilain tabou : le «black rot» (pourriture noire). Begoña estime que 70 à 80% de ses vignes sont touchées, et il n’existe aucune solution ou préparation pour lutter contre, si ce n’est des produits chimiques prohibés en agriculture bio. L’an passé, c’est le mildiou qui lui a raflé 100% de sa récolte. Dans le coin, c’est la seule à travailler en bio et biodynamie, et elle ne traite ses vignes qu’avec des produits naturels : cuivre, du lait de vache, des infusions dans de l’eau l’eau-de-vie d’ail, d’eucalyptus, d’orties… Cette année, elle s’est aussi essayée à l’homéopathie sur des jeunes pousses, qui semblent avoir résisté davantage aux maladies. Elle a pris le virage vers le bio et la biodynamie en 2008, en se formant auprès d’un vigneron portugais qui avait fait le déplacement pour montrer aux producteurs galiciens que, de l’autre côté de la frontière, avec un climat similaire, il était possible de travailler de cette manière. Et depuis, elle n’a jamais fait machine arrière, en dépit de toutes les difficultés. On lui tire notre chapeau, d’autant qu’elle travaille ses 3ha seule, et qu’il lui arrive beaucoup de misères : un incendie a ravagé une de ses parcelles il y a 3 ans ; elle a des problèmes de dos ; elle s’est coupée un doigt avec son sécateur électrique cette année… et elle ne cesse de nous répéter « c’est comme ça, on fait avec ». Il faut lui reconnaître énormément de mérite et de persévérance mais tout son travail et ses efforts se retrouvent dans ses vins que nous goûtons dans sa bodega, qui sont purs et intenses. Plus jeune, elle a commencé des études de droit qu’elle n’a jamais finies, pour des raisons familiales. Dans sa famille, on a toujours travaillé la vigne ; donc elle connaissait le métier avant de s’installer. La bodega est celle de son beau-père qui, dans le temps, produisait du vin pour le bar du coin mais, depuis son décès, c’est elle qui mène la barque bien que son mari l’aide un peu au chai. Elle travaille dur, mais elle est heureuse et ne changerait de voie pour rien au monde. Elle aime aussi transmettre et échanger. Elle nous raconte que l’an passé, un anglais est venu visiter la bodega et que ni l’un ni l’autre ne parlait une langue en commun. Pourtant, ils sont restés 4 heures ensemble, à communiquer comme ils le pouvaient. « La passion se transmet autrement que par la parole ; le vin en soi est une langue universelle » nous dit-elle, le sourire aux lèvres. C’est sur ces belles paroles que nous nous séparons pour continuer notre route vers le Portugal. Encore un grand merci à elle pour sa disponibilité, et bon courage pour la suite du millésime.

    5 juillet 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », aujourd’hui c’est littéralement Juanjo de la Microbodega Alumbró qui passe une bouteille de sa cuvée Palote à Nacho. Ce vin est issue d’une macération pelliculaire (vin orange) du cépage Palomino, célèbre pour les vins de Xérès. Ce pure-jus, non dénué de caractère et de matière, on se verrait bien l’ouvrir sur des ris de veau arrosés d’une sauce crémeuse aux morilles accompagnée de tagliatelles.

Aujourd’hui nous rencontrons Nacho González, du domaine de la Perdida, à Larouco, en Galice. Il nous montre, pour commencer, sa petite bodega et nous sommes d’emblée accueillis par Pepe, son petit chat. Dans sa bodega, c’est un peu le bazar, mais il nous explique qu’il est en plein réaménagement. C’est ici qu’il s’est installé en 2011 pour produire du vin nature dans une région où le climat est rude. À chaque année son problème : 2015 la grêle, 2016 le mildiou, 2017 le gel, 2018 le mildiou. Mais il tient la barre, fermement. Il nous raconte d’ailleurs, que cette sensibilité pour la nature, il l’a découverte quand il avait 20 ans, en plein milieu de l’océan. Il s’était embarqué en observateur sur un bateau de pêche qui l’avait mené sur les Îles des Canaries, en Uruguay et sur l’Île des Malouines. Jamais une expérience ne lui a autant ouvert les yeux et l’esprit, nous dit-il. Biologiste de formation, avant de faire du vin, il travaillait dans une administration européenne. L’un des projets pour lequel il avait été missionné consistait à développer l’agriculture biologique en accompagnant 25 agriculteurs galiciens dans leur conversion. C’est au cours de cette expérience que notre biologiste a commencé à virer de bord et nourri l’ambition de voguer vers une nouvelle aventure. À Larouco, sa grand-mère exploitait 3 parcelles de vignes, située dans un cadre magnifique. En plus des vignes familiales, il en récupère aux vieux du coin pour atteindre un total de 4ha, et commence à produire ses pures-jus en 2012. Parmi les cépages qu’il exploite on retrouve du Garnatxa Tintorera (Alicante Bouschet), du Palomino, de la Doña Blanca et du Godello. Son truc à lui, ce sont les vieilles vignes qu’il pouponne avec des plantes en tous genres qu’il infuse dans de l’eau-de-vie : de l’ail, de l’eucalyptus, de l’aloe vera… Il se désole de voir les paysans du coin vendre leurs parcelles de vieilles vignes à de grands groupes, qui les arrachent pour en planter des nouvelles, conduites en palissages afin de gonfler les rendements. À O Paolo, dans les hauteurs du village, sur un coteau magnifique d’argile et d’ardoise, une grande bodega a planté une douzaine d’hectares autour de trois de ses parcelles. Pour avoir le monopole du coteau, on lui a demandé de vendre ses vignes, en proposant des sommes astronomiques mais il a refusé. « Mes vieilles vignes n’ont pas de prix » nous dit-il. De l’éthique, de l’intégrité et de la ténacité, on se dit que Nacho ferait un bon maire pour le village, et on pouvait pas si bien dire. Il s’est présenté cette année aux municipales, et n’a perdu que de 27 voix. Quelle dommage, parmi ses propositions : ouvrir une école de viticulture nature et d’apiculture biologique ; réappropriation de la coopérative vinicole du village, aujourd’hui fermée, pour loger une dizaine de micro-bodegas ; mise en place d’un élevage de porcs en plein air… Le cap bien centré sur l’avenir et l’écologie, il aurait fait un super maire mais à Larouco mais les habitants ne sont pas prêts. Il nous raconte que quand il a repris ses vignes, les vieux du village en voyant sa façon de travailler ne cessaient de lui dire : « tu t’y prends mal ; tes vignes ne survivront pas ; elles sont perdues, perdues ! ». La Perdida (la perdue), le nom est resté pour baptiser sa bodega, en pied-de-nez à ses détracteurs. Il nous invite au restaurant à midi, et il fait goûter son vin à quelqu’un assis sur la table d’à côté qui le déguste et bougonne au sujet du prix de la bouteille. Son vin se vend au quatre coins du monde et il nous dit que quand il est allé à San Francisco sur un salon, les gens le connaissaient et reconnaissaient son travail, mais pas dans son village, c’est impossible ! Après le déjeuner, nous l’aidons à mettre en bouteilles des vins qui sont sur le point de partir au Japon et aux États-Unis et, le soir, pour nous remercier, nous sommes de nouveau invités dans un restaurant en compagnie de Mario, un de ses copains. Le lendemain, rebelote ; on l’aide, le matin, et nous allons au restaurant où notre ami Juanjo et sa famille (voir précédent article), de retour d’un salon en Galice, nous rejoignent. Avant de manger, nous passons voir l’ensemble des parcelles de Nacho qui pour certaines, se dressent sur un paysage de carte-postale. On passe un super moment avant de retourner embouteiller. Ultime surprise, une fois le tout terminé, Nacho nous propose de le rejoindre à A Pobra de Trives, au restaurant-hôtel la Viuda. Il faut que nous y allions en vélo, et il nous prévient, ça monte mais le paysage est à couper le souffle. Il ne nous a pas menti ; le long de la route en serpentin, un mur de falaises au sommet desquelles poussent les vignes. On est obligé de s’arrêter régulièrement, et ce n’est pas pour reprendre notre souffle mais pour admirer la vue. Le sommet, on va l’atteindre pour de vrai au moment de nous asseoir au restaurant. Ancho, le chef du restaurant et très bon ami de Nacho, nous apporte un par un des plats délicieux, pour la plupart des spécialités : des pétoncles à la plancha, des oreilles de porc, du poisson arrosé d’une super sauce, une pièce de bœuf… Et pour se rincer le gosier, Nacho nous a aussi apporté deux bouteilles de vin du domaine. Le ventre bien rempli après ce festin de roi, nous avons même le droit à une bonne nuit de sommeil dans une chambre de l’hôtel, un grand luxe pour conclure notre séjour en compagnie de Nacho. On le remercie très chaleureusement pour tout ce qu’il a fait pour nous et pour tout ce qu’il nous a fait découvrir et déguster, et on lui dit un dernier au-revoir avant le naufrage, au fond de notre lit bien douillet.

    30 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Juanjo qui se voit offrir une bouteille de la cuvée I’m Natural Don’t Panic de la part de Julien Ben Hamou López, de la bodega Coruña del Conde. En réalité, au moment de la photo, elle est déjà vide. On l’a savouré la veille, et Juanjo nous a admis qu’il trouvait le vin exquis. Encore une fois, on est d’accord. Nous, tout ce qu’on attend c’est de revenir à Coruña voir Julien, et ouvrir cette bouteille sur un lechazo al sarmiento (agneau grillé sur des sarments de vignes) qu’il nous aura concocté. Il nous l’a promu et promis, on reviendra goûter ça !

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Juanjo Moreno, Maribel Rodriguez, sa femme, et Abel, leur fils, de la bodega Microbodega del Alumbro dans le petit village de Villamor de los Escuderos. Ce petit havre de paix où Juanjo a grandi se situe à mi-chemin entre Zamora et Salamanque. C’est là que plus jeune, il venait aider son grand-père qui exploitait alors 6 hectares de vigne. Ce n’est que dans les années 90 qu’il s’est lié de passion pour le vin, notamment auprès de son beau père, qui l’initiait à la dégustation de grands vins. Alors qu’il vit à la capitale avec sa famille, en 1999, il décide d’abandonner la vie madrilène pour revenir à son village et y planter de la vigne, 2 hectares pour commencer. Lui aussi veut faire du grand vin, créer de l’émotion et il est persuadé que le terroir de la région de Zamora a le potentiel pour pondre des merveilles. Pendant les 10 premières années qui suivront la plantation, Juanjo produira ses premiers vins. Au début, ce n’était qu’un hobby, mais depuis 2009, il les commercialise. Vivre de ce métier n’est pas non plus facile, et il nous explique qu’il est aussi gardien de prison à mi-temps. Une drôle de double-vie. Il nous montre son garage, où encore aujourd’hui, il vinifie ses pure-jus. Il nous raconte que son attrait pour l’agriculture biologique, c’est d’abord à travers la revue espagnole « Integral » qu’il l’a découvert. Il aime tellement sa terre qu’il ne voudrait pour rien au monde la souiller avec des produits chimiques. Il en va de même pour son vin, pour lequel il se refuse d’ajouter quoi que ce soit dedans. Alors certes, quand on travaille sans filet de sécurité, on risque quelques défauts œnologiques, mais il nous explique que la beauté au naturel passe aussi par quelques imperfections. Le vin est vivant, parfois capricieux et doit pouvoir s’exprimer de la manière qu’il le souhaite. Et oui, un vin vivant c’est un vin libre, et ça, venant d’un gardien de prison, c’est encore plus beau ! Dans son garage, on ne manque pas de remarquer la présence d’un calendrier lunaire. Juanjo nous dit essayer de le suivre le plus possible. Il nous emmène ensuite voir une bodega du XVIIe siècle creusée dans la terre, où est installé son caveau de dégustation. Nous descendons les escaliers à la lumière d’un portable, et nous chuchotons pour atteindre le bout car un rossignol niche à l’entrée. Juanjo ne veut pas déranger les petits qui dorment dans le nid. En bas, une bouteille d’un millésime 2005 de Cabernet-Sauvignon et Tempranillo nous attend. Un délice, il n’a pas pris une ride. La visite continue, nous passons dans toutes ses parcelles, étalées entre son village et celui d’El Maderal, à quelque kilomètres. Ses vignes sont toutes plantées en gobelet, comme le veut la tradition ici, et surtout le bon sens. Ses voisins ont palissé leurs vignes pour les mécaniser plus facilement et pour augmenter les rendements. Juanjo nous dit que c’est une aberration, que ce système n’est pas du tout adapté à la région. Ici, c’est très aride, il faut donc écarter au maximum les vignes, bien travailler les sols pour ne pas créer de concurrence. Les anciens l’ont compris, et ça fait plusieurs siècles qu’on travaille ainsi. Autour des pieds de vignes, il creuse un trou pour retenir le peu d’eau qui tombe et pour désherber plus facilement à la main. On appelle cette technique alumbró, d’où le nom de la bodega. Le soir venu, c’est fiesta. Juanjo a invité des amis à manger, et surtout à boire. La pauvre table que l’on a installé devant le garage peine à supporter le poids de toutes les bouteilles qui sont ouvertes. C’est l’occasion de découvrir toutes les pépites du domaine : un claret, des vins de macération pelliculaire plus ou moins longue, un autre typé Jura, des rouges, des pétillants… Simon, un ami de la famille entonne la Marseillaise : « Allons enfants de la Patrie, le jour de BOIRE est arrivé ! ». On reste dans le thème, et ça nous fait bien rigoler. Le lendemain, bien en forme, nous allons aider Juanjo à ébourgeonner ses vignes, une parcelle majoritairement plantée avec du Godello, un cépage local. L’objectif est de retirer toutes les petites pousses, celles au sol et au pied du sol qui dérangent, et de laisser après notre passage un joli buisson. On y prend tellement goût, au travail de la vigne et à l’hospitalité de nos amis que le lendemain, nous retournons travailler mais cette fois dans une parcelle planté avec des vignes, pour la plupart centenaire d’Albarillo Real. Nous n’y allons que le matin, car dans la région il fait vite chaud l’après-midi. Alors nous on fait comme tout les espagnols, la sieste, et c’est reparti. Il est l’heure de continuer notre escapade, on remercie chaleureusement Juanjo et toute sa famille, on enfourche nos vélos, et on décolle. ¡ Venga !

27 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Julien qui hérite de la cuvée « Tradición» de la part de Saùl Gil Berzal de la bodega Gil Berzal. Ce vin, issu d’une macération carbonique de Tempranillo et Garnacha, pour rester dans la tradition on vous conseille de l’ouvrir sur des chuletas de Cordero (côtelettes d’agneau), grillés au barbecue, accompagnés de patata à la riojana (potée de pomme de terre, chorizo et fines herbes). Fermez les yeux, vous êtes en Espagne !

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Julien Ben Hamou López, de la bodega Coruña del Conde, dans le village du même nom de la région de Ribera del Duero. C’est ici, dans ce petit village de 81 habitants que plus jeune, il venait passer ses étés, pour aider son grand-père dans les vignes, mais surtout pour s’éclater avec ses copains. Sa mère est du village, et son père du Maroc, mais lui a grandi en France, à Montpellier. Passionné de hip-hop, il se lance à 20 ans dans le textile et développe sa marque de street-wear, Montpeople (clin d’œil à sa ville natale). Pendant 7 ans, il roulera sa bosse dans ce domaine, allant jusqu’à ouvrir une usine en Chine pour faire produire les vêtements qu’il vend un peu partout dans le monde. Nous sommes en 2012, son grand-père Alberto López décède. Julien nous raconte qu’il n’a pas réfléchi une seule seconde, à 27 ans il abandonne le textile, et retourne au pays pour continuer le rêve de son grand-père. Ce dernier a toujours travaillé dans le milieu viticole, notamment dans les tonnelleries bordelaises mais son rêve absolu, c’était de produire son propre vin. Dans les années 70, il plante 3,5 hectares de vigne dans son village, Coruña del Conde et commence à sortir ses premiers pinards en 1990. Alberto a un train d’avance sur son époque, et produit de la façon la plus naturelle possible : pas de pesticide dans les vignes, pas de filtration, pas d’intrant dans le vin, même pas de soufre. Du pur jus. Pendant des années, il arpentera l’Espagne, pour essayer de le vendre, mais le marché est difficile à prendre quand on lutte contre des multinationales viticoles qui cassent les prix. Néanmoins, son vin plaît, et on reconnaît son talent pour la vinification. Cette reconnaissance s’exprimera notamment le jour où son vin fut servi pour le mariage de Don Felipe et Doña Letizia, la famille royale d’Espagne. Les années passent, les difficultés s’entassent, si bien qu’à sa mort en 2012, le domaine est dans le rouge. En 2013, Julien arrive à la rescousse. C’est un ami de son grand-père qui va l’aider pour ses premiers millésimes. «Je l’ai rendu fou » nous dit-il, en le bombardant de questions, à toute heure du jour et de la nuit. Comme ceux de son grand-père, les vins de Julien sont natures et la viticulture en bio, en empruntant des méthodes de biodynamie. De la valériane, du petit lait, du purin d’ortie font parti des seuls produits qu’il utilise pour traiter les vignes. Exit le soufre et le cuivre, il n’en a pas besoin ici. Comme son grand-père, Julien arpentera l’Espagne et la France, dans son camion pour démarcher des clients. Pour l’Espagne, le vin nature n’est pas encore au menu du jour et il peine à vendre son vin et le stock qu’il reste de son grand-père. C’est donc en France, où il vend 80% de sa production que vous serez susceptible de goûter à ses purs jus. Dans son caveau de dégustation où nous sommes invités à nous asseoir, il y a une carte de l’hexagone avec une punaise dans chacune des villes qu’il livre. Ça donne une idée du boulot monstre que ça représente pour lui, chaque année d’aller voir tout le monde, mais surtout, ça nous rend heureux de savoir qu’on pourra goûter de nouveau le jaja de Julien n’importe où en France ! Il nous sert un verre de rosé et un verre de rouge de sa cuvée « I’m Natural, Don’t Panic », petit clin d’œil aux espagnols, encore frileux vis-à-vis du vin nature. Le style des étiquettes est marqué par son passé dans le street-wear, et il nous dit faire encore des t-shirt pour ses clients. Il ne tardera pas à en enfiler un. On déguste, on se régale, et Angelica, sa compagne nous apporte du fromage et de la charcuterie pour couronner le tout. Sauf qu’on est encore loin d’être au bout de nos surprises. Suite à cela, on part visiter un premier chai où sont élevés les vins de son grand-père et ses vins de garde, une gamme qu’il a appelé « el Nieto d’Alberto » (le petit-fils d’Aberto) et « Val de Cid », une des cuvées historiques du domaine. Ensuite, nous allons dans son deuxième chai, où il produit ses jaja un peu plus glouglou, comme ses Pet’ Nat et sa gamme « I’m Natural Don’t Panic ». Ces deux bâtiments, ils les a rénovés avec Angelica ainsi que sa maison en même temps qu’il produisait ses premiers millésimes. Un boulot de dingue. Pas étonnant que notre pauvre Julien se traîne une hernie discale. Prochain arrêt, une vielle bodega au sommet du village, creusée dans la montagne où son grand père élevait une partie de ses pinards. On passe devant une pile du millésime 1995, et Julien en tire une pour qu’on se l’ouvre ce soir. Ce lieu, il aimerait en faire un caveau de dégustation et le remettre en état pour y élever davantage de vin. On continue notre visite en s’arrêtant dans quelques unes de ses 29 parcelles. En plus des 3,5ha de son grand père, il en a récupéré 3,5 supplémentaires à des membres de sa famille. Les vignes sont belles, saines et que dire du paysage magnifique qui s’étend à l’horizon. Après notre petite balade, retour à la casa. Sa maman nous apporte une tortilla, du saucisson et du jambon, qu’on accompagnera avec une ribambelle de pinard que Julien nous ouvrira. L’apothéose viendra au moment d’ouvrir le 1995 de son grand-père, qui malgré son âge est d’une fraîcheur et d’une profondeur hallucinante. Heureusement qu’on est bien assis. « Qu’on vienne pas me dire que les vins nature ne peuvent pas se garder » nous lâche-t-il. Ah ça nan, on en a la preuve vivante, belle et bien vivante dans notre verre. Le lendemain, frais comme des gardons après avoir bien dormi, Julien nous charge nos sacoches de pinard pour la suite du voyage. Le bonheur intégral. Après de chaleureuses embrassades et remerciements, on se remet en route, des étoiles dans les yeux après notre petit séjour à Coruña del Conde.

23 juin 2019

Aujourd’hui nous rencontrons Saùl, de la bodega Gil Berzal dans la Rioja Alavesa, au village de Laguardia. Gil, c’est le nom de son père et Berzal celui de sa mère. Il est la 5e génération à faire du vin ici, et il exploite 18 hectares de vignes, divisées en 10 parcelles. La première chose qu’il a faite, en revenant au domaine en 2009, ce fut d’étudier le terroir de chacune de ses parcelles pour déterminer celles qui donnaient les résultats les plus qualitatifs. Les sols sont globalement argilo-calcaires pour l’ensemble de son vignoble, qui s’étale autour de Laguardia. Il nous emmène voir sa parcelle favorite, 3,5 hectares de vignes centenaires à l’écart de la civilisation, où la nature est foisonnante. On se gave de cerises, et Saùl nous fait sentir plein de plantes sauvages qui poussent autour de ses vignes : en voilà une qui sent le curry, une autre qui sent le poivron, du thym par-ci, de la camomille par-là. Son père est un artiste peintre, qui aime par-dessus tout la nature. C’est lui qui a poussé à ce que le vignoble soit conduit en bio, à une époque où la chimie se développait de plus en plus dans la Rioja. Depuis que Saùl est de retour, le domaine a été converti à la biodynamie. Les sols ne sont travaillés qu’un rang sur deux, à cheval ou avec une mule pour ne pas trop les tasser. Il traite à dos les vignes avec des tisanes, des préparations en biodynamie et du petit lait (de brebis) mais il nous explique que les champignons ne sont pas ici la plus grande menace. Le climat est favorable, et les vignes sont aérées grâce au vent qui passe dans la crevasse de San Julian, qui longe sa parcelle. Le gros problème ce sont surtout les tempêtes et la grêle, qui remontent du sud de la Rioja et font de très gros dégâts dans les vignes. Il nous montre un petit abri en pierre dans sa parcelle, qui a probablement plusieurs siècles d’existence. Quand venaient les tempêtes ou que les chaleurs étaient intenables en été, c’est ici que les vignerons venaient se protéger. Il est représenté sur l’étiquette de sa cuvée Recoveco, que son père a dessinée. Après notre petite balade, nous retournons au domaine où nous nous asseyons autour d’une table. Saùl nous apporte du chorizo, des sardines, du jambon et toutes ses cuvées qu’il nous fait déguster l’une après l’autre. Il nous explique qu’il est de moins en moins interventionniste avec le vin, et que pour certains, il ne met même plus de soufre. Beaucoup d’entre eux ont fait de longs élevages en barrique, ce qui pourrait lui permettre de pouvoir ajouter sur ses étiquettes les mentions « reserva » ou « gran reserva »*, mais lui ne veut pas jouer sur cet élément. Il nous explique que l’on peut mettre un vin de merde dans une barrique pendant 5 ans, et prétendre au « gran reserva », ce qui est en soi une belle arnaque. Il préfère mettre en valeur le nom de la parcelle et le millésime, en s’appuyant sur le modèle bourguignon. Il y a d’ailleurs passé 3 mois, à Gevrey-Chambertin, ce qui lui a permis de beaucoup apprendre sur la notion de terroir. Il croit aussi beaucoup aux énergies, et il nous dit vouloir écrire sur ses cuves, des mots doux. Il considère important l’idée de vouloir envoyer des ondes positives à ses vins, et qu’il est nécessaire pour cela de pouvoir compter sur une équipe appliquée et de nommer les parcelles, les cuves et les vins avec des mots doux. « Si l’un de tes employés n’est pas heureux, et qu’il se réfère aux cuves en pestiférant, l’influence sera mauvaise sur le vin». C’est une théorie qui a été avancé par Masaru Emoto, en utilisant la cristallisation sensible. Cela fait maintenant quelques heures que nous sommes en compagnie de Saùl, et vient le moment de se séparer.

  En Espagne, sur certaines appellations telles que Rioja ou Ribera del Duero, la durée d’élevage du vin en bouteille ou en barrique est le moyen de valoriser des cuvées. Ainsi, pour une mention « Crianza », il faut une élevage de minimum un an en barrique, et un an en bouteille ; pour un « Reserva », il faut 1 an en barrique et 2 ans en bouteille et pour un « Gran Reserva », 2 ans en barrique et 3 ans en bouteille.

 

  20 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », aujourd’hui c’est Gorka qui reçoit la cuvée Txakoli de la part de Jon Goenega du domaine G. 1200. Cette petite pépite est issue du cépage Hondarrabi Zuri qui lui donne une belle acidité qui claque sous le palais tandis que l’influence maritime de Getaria lui offre une petite note saline, loin d’être désagréable. Pour l’accompagner et le sublimer, on vous propose un ceviche de thon, aux avocats (de Jon, évidemment), au citron vert et légèrement relevé avec une pincée de poivre de sichuan.

 
 
 

Aujourd’hui nous rencontrons Gorka Mauleón, de la bodega Mozo wines, au village de Lanciego dans la Rioja Alavesa*. Mozo, en espagnol, ça peut se traduire par « le gamin ». C’était le surnom de son grand père, qui a créé la bodega en 1980. On commence la visite par le chai, qui se situe dans les hauteurs du village. Gorka nous explique qu’il est très traditionnel pour la région, avec un étage supérieur pour les vinifications, et un étage inférieur où il fait plus frais pour l’élevage de ses vins, en barriques et en cuves ciment. En remontant à l’étage, il attrape un seau, et glisse dedans 4 bouteilles de pinard et deux verres. On grimpe dans sa voiture et c’est parti pour une petite excursion dans ses vignes. Il exploite autour du village 10 hectares de vignes, qui sont séparées en 22 parcelles. Un peu comme en Bourgogne, le vignoble de la Rioja est très morcelé ce qui demande beaucoup de logistique au moment des vendanges, et des petites astuces pour bien marquer la séparation entre ses vignes et celles des voisins. Il nous montre un cailloux, un peu caché dans l’herbe : c’est lui qui marque la limite. Ses vignes sont aussi plus vieilles que celles de ses deux voisins ; c’est un autre indice. C’est son grand-père qui les a plantées il y a 40 ans, en mélangeant un peu tous les cépages de la région : Tempranillo, Grenache, Viura (que l’on connaît en France sous le nom Macabeu), Torrontes, Mencia… un melting-pot que Gorka mélange pour faire une cuvée parcellaire sans soufre, un claret (rosé foncé). Il nous en sert un verre pour déguster, et diantre que c’est agréable de pouvoir en profiter à l’endroit même où il est fait. C’est l’occasion de trinquer en rendant hommage aux vignes, et de leur dire merci, car le vin est délicieux. C’est rafraîchissant, et c’est fort agréable car, ici, il fait chaud et sec. Ce climat est très typique de la Rioja Alavesa, qui est protégée des intempéries par la chaîne de montagne de la Cantabrie. Il nous explique que, dans la ville qui se situe derrière les montagnes, il pleut à l’année deux fois plus qu’ici et que régulièrement, on peut voir les nuages se bloquer et glisser le long des sommets. Ce phénomène est magnifique, et nous aurons l’occasion de le voir le soir-même là où nous planterons la tente (voir photo). C’est aussi un avantage certain pour les vignerons comme Gorka qui travaillent en bio, car qui dit moins de pluie, dit moins de pourriture. Pourtant, le bio ce n’est pas courant dans la Rioja, où à peine 10% des vignerons suivent cette voie. La plupart des vignerons vendent en vrac du raisin ou du vin aux très gros et très prestigieux domaines de la région, et ils se protègent de tous risques dans leurs vignes en utilisant des quantités astronomiques de produits chimiques. Gorka n’était pas destiné à devenir vigneron et c’est pour éviter que le domaine ne soit vendu qu’il est revenu ici. Avant cela, il était ingénieur informaticien. Avec sa femme, Ixatso, ils ont décidé en 2010 de reprendre les rênes du domaine, et d’apporter quelques changements. Les vins sont depuis lors vendus en bouteilles, au nom du domaine, et les vignes converties en bio dès la reprise. Ce virage vers l’agriculture biologique, c’est Ixatso qui a forcé la main. Gorka nous explique qu’elle est très impliquée sur la cause environnementale mais lui-même a conscience que dans la Rioja, on est allé trop loin dans l’usage des produits chimiques. Plus jeune, il voyait beaucoup d’animaux traîner dans les parages, des abeilles, des lapins, des chevreuils et des sangliers qui ont disparu à mesure que la vigne se sont multipliés et l’utilisation des produits chimiques s’est développée. En menant ce combat, ils font figure d’exemples dans le coin, et d’ailleurs, Gorka doit nous quitter car il a rendez-vous avec des curieux de l’école de viticulture de Laguardia. On lui a demandé de parler de ses méthodes. Le vent est-il en train de tourner dans la Rioja ? L’avenir nous le dira. En tout cas, encore merci à lui et à Ixatsou pour l’accueil et pour la dégustation.

*La Rioja se décompose en 3 parties : la Rioja Alavesa, dans la région basque d’Alava, où les vins sont les plus qualitatifs, principalement issue du cépage tempranillo ; la Rioja Alta, plus haut dans les montagnes où le climat est plus frais et la Rioja Baja, la plus vaste à l’est de l’aire d’appellation où l’altitude est la plus basse, le climat plus aride et où le grenache est roi.

18 juin 2019

 

Un petit supplément d’un ami . Julien Ben Hamou Lopez

Superbe visite de Maxime Petit et Alexis Frenkel, 4 mois qu’ils sont sur la route à vélo, partis depuis la Bretagne!!!
Un grand bravo à tous les 2
👏🍇🍷🚲💪
Suivez leur aventure sur leur blog et page
www.cyclovino.fr
– avec Alexis Frenkel et Maxime Petit,

à Coruña del Conde.

 

  18 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Jon qui reçoit aujourd’hui la cuvée Hegoxuri (blanc du sud) de la part de Michel Riouspeyrous du domaine d’Arretxea. Sur ce vin blanc, issue des cépages Gros Manseng, Petit Manseng et Petit Courbu, à la fois gras et tranchant sur l’acidité, on vous propose une sole meunière arrosée d’une sauce au beurre blanc et citron caviar, et accompagnée d’asperges blanches du jardin

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Jon Goenaga, vigneron au domaine G.1200 dans le village de Getaria (appellation Getariako Txakolina)*, sur la côte Basque en Espagne. Pour trouver Jon, il faut braver les montagnes autour de Saint-Sébastien et s’armer de patience et de courage car il n’a pas de portable et son adresse n’est pas répertoriée sur Internet. Mais bon, si les perles étaient si simples à trouver, il n’y en aurait plus dans l’océan, non ? Jon regorge de simplicité, d’authenticité et de gentillesse. A peine le temps de dire bonjour que nous sommes déjà invités à manger dans sa magnifique maison qu’il a construite avec des matériaux recyclés. On met les pieds sous la table, et c’est le bal des bonnes choses qui commence. Les plats valsent devant nous: des filets et du boudin de leur propre cochon, du fromage de brebis des bergers aux alentours, des haricots, de la salade au thon… son vin et son sagardoa (cidre en basque) viennent arroser tout ce que nous dévorons. Il aime les bons produits, forcément, car il est l’un des meilleurs maraîchers du Pays-Basque. L’après-midi, nous partout nous balader sur son exploitation. Ici poussent en pagaille des fèves, des petit-pois, des cerises, des pommes, des figues, des prunes, des fraises, des fruits dont on a jamais entendu parler et même des avocats, une originalité dans le coin. Il nous fait goûter de tout ce qu’il trouve. Il produit aussi du vin, sur un peu moins d’un hectare de vigne qui sont conduites en pergola, pour empêcher les champignons tels le mildiou, de grimper jusqu’aux raisins. La pourriture c’est le véritable challenge dans cette région où il pleut énormément. Jon à toujours travaillé en bio. Fils d’agriculteurs, il nous dit que la chimie n’est arrivé qu’en 1974, à la mort de Franco car l’Espagne vivait alors quasiment en autarcie. C’est bien la seule chose positive que l’on retiendra de lui, car beaucoup de familles au Pays-Basque ont énormément souffert du franquisme. Jon n’est pas tombé dans les travers de la chimie, et ses voyages au Pérou et en Californie dans les années 90 lui ont permis d’apprendre beaucoup sur les méthodes d’agriculture biologique. Il s’est fait un nom dans la région, principalement grâce à ses fruits et ses légumes, alimentant les meilleurs restaurants de la Côte-Basque. Le vin, il n’en produisait que quelques bouteilles pour sa famille et ses amis, 1200 pour être précis (d’où le nom du domaine). Ça, c’était avant que Victor Arguinzoniz, le chef du restaurant Etxebarri (6e meilleur restaurant du monde) ne lui dise d’essayer de le commercialiser. En 2014, c’est chose faite. Nous sommes sur l’air d’appellation de Txakoli, où, croyez nous, les vignerons en bio ne courent pas les rues. Ils ne sont qu’une toute petite poignée à mener le combat ici. Le Txakoli est réputé pour être ce vin léger, nerveux sur l’acidité et légèrement perlant (pétillant). La plupart des vignerons ajoute du CO2 dans le vin pour arriver à ce résultat mais Jon n’est pas de ceux là. En dehors d’un petit peu de souffre, il n’y a rien d’ajouté dans son vin. Son problème, c’est qu’il est toujours en rupture de stock, mais pour autant, quand vient l’heure du dîner, il nous en ouvre de nouveau. La famille de Jon est aussi aux petits oignons avec nous. Ils ont à cœur de nous montrer tous les recoins de leur quartier, de nous parler de l’histoire de leur famille et de celle du Pays-Basque. Avant le repas, ils nous emmènent dans une forêt « magique », aux abords de la ville, où des dessins apparaissent dans le décors. Des animaux sont peints sur les arbres et sur les pierres. Personne ne sait au village qui est l’auteur de ces œuvres magnifiques, ce qui ajoute encore un peu plus de mysticisme à cet endroit hors du commun. Après une bonne nuit de sommeil, les visites reprennent. Jon nous emmène dans le chai partagé où il vinifie ses vins avec 3 autres vignerons, et dans le village de Getaria. Nous allons au port, où il achète deux belles tranches de thon que nous mangerons à la plancha avant de partir. Dans un ultime élan de gentillesse, Jon nous dépose en camion avec nos vélos à Saint-Sébastien où nous allons prendre le train direction la Rioja. C’est le cœur gros, après une chaleureuse embrassade que nous le quittons, infiniment reconnaissants du temps qu’il nous a consacré et des merveilleux moments qu’on à passé ensemble. Milesker (merci) à lui et toute sa famille.

*L’appellation Txakoli au Pays-Basque espagnol se divise en trois sous-dénominations : Getariako Txakolina, pour la province de Gipuzkoa, Txakoli Bizkaiko pour la province de Bizkaia et Arabako Txakolina, plus petite et plus confidentielle pour la province d’Alava, un peu plus loin dans les terres.

  17 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Michel qui hérite de la cuvée de la part d’Elorri Reca du domaine de Bordaxuria. Avec les puissants cépages de la région tel que le Tannât, il faut s’attendre à un rosé avec des épaules. C’est pas le rosé de Provence qu’on va siroter en été au bord de la piscine. Non ! C’est un rosé qu’il faut accompagner avec de la bonne nourriture. On vous propose une petite papillote de saumon, arrosé d’une crème à l’oseille et accompagné de salade mesclun.

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Michel Riouspeyrous du domaine d’Arretxea (la Maison de Pierre), dans le village d’Irouleguy, toujours au Pays-Basque. On commence par se mettre autour de la table, et très vite la conversation s’engage. Michel nous montre des photos du domaine, depuis sa création il y a 25 ans jusqu’à aujourd’hui. Rome ne s’est pas faite en un jour, Arretxea non plus. Ses parents étaient éleveurs, donc logiquement, Michel a commencé sa carrière dans cette voie. Il nous explique que pour éviter le service militaire, à l’âge de 20 ans, il s’est engagé sur des projets humanitaires. Pendant 6 mois, il est parti voyager dans la pampa d’Amérique du sud pour vivre avec les gauchos et comprendre leur culture et pendant 2 ans au Sénégal pour rejoindre les Peuls, une communauté locale pour enseigner des méthodes d’élevage occidentales. Il nous raconte qu’avec un ami, il est parti en moto et a traversé le désert du Sahara et l’Atlas pour rentrer en Europe. Michel, le Che Guevara du jaja . Il nous montre les photos de son périple, qui en disent long sur la beauté de ce continent. C’est au cours de cette expérience en Afrique qu’il rencontra sa femme, Thérèse. En rentrant en France, il devient enseignant dans un lycée agricole pour former de futurs éleveurs. Nous sommes alors au milieu des années 80, une époque où le chimique et l’agriculture intensive se développent à très grande vitesse. Michel ne croit plus à ce qu’il enseigne. «Un jour, je suis rentré et j’ai jeté mon cartable », une façon de dire qu’il a jeté l’éponge. Il veut mener sa révolution, et c’est dans la viticulture qu’il va la lancer. Hasta siempre ! En 1988, il commence le terrassement de ses parcelles et la plantation des vignes. Un travail monstre mais qui s’avère nécessaire pour exploiter la vigne au Pays-Basque. Par chance, le temps est radieux aujourd’hui ce qui nous donne la possibilité d’aller jeter un œil sur son vignoble. 8,5 hectares presque d’un seul tenant, sur une butte qui s’élève au sommet du village. Ceux ci sont conduits, depuis leur plantation, en agriculture biologique et, depuis 1998 en biodynamie. Pour tirer le meilleur de ses vignes, Michel nous dit qu’il écoute beaucoup son instinct, les anciens, et les érudits de l’agriculture à l’instar d’Yves Erody (géologue spécialiste des terroirs) et Jack Petit (microbiologiste spécialiste du compost naturel). Humblement, il reconnaît quand même que le patron, c’est la nature et que le travail du vigneron est de l’accompagner. Il nous emmène ensuite dans son ensemble chai, où il nous montre tous ses outils de biodynamie. Il fallait vite qu’on monte, pour enlever du feu une décoction d’orties qu’il était en train de préparer pour ses vignes. Sur le chemin, on croise Iban et Théo, ses deux fistons qui cette années prennent les rênes du domaine. Deux grand gaillards de 27 et 32 ans, qui s’avèrent aussi être deux joueurs professionnels de pelote basque. Nous finissons notre visite là où elle a commencé, autour de la table, à déguster les cuvées du domaine. Pure, honnête et profond, les fins mots qui définissent la qualité de tout ce que nous goûtons. Après une matinée bien remplie, en bonne compagnie, il est temps pour nous de continuer notre aventure, et il ne nous reste plus qu’à remercier chaleureusement Michel pour l’accueil, et pour tout ce qu’il à pu nous apprendre. En route pour de nouvelles aventures.

 

  15 juin 2019

Dans la série « passe ton cidre à ton voisin », c’est Elorri qui se voit offrir une bouteille de la cuvée Ihartze de la part de Renaud de la cidrerie Xarnegu Sagarak. Pour faire honneur aux produits de la région, nous on se dit que ce cidre s’acoquinera très bien avec une crème brûlée de foie-gras aux pommes. En voilà une belle idée pour le repas de Noël.

Aujourd’hui nous rencontrons Elorri Reca, du domaine Bordaxuria (petite ferme blanche) dans le village d’Ispoure, au Pays-Basque. Du chai, la vue sur le château de Saint-Jean-Pied-de-Port est imprenable. Cette ville mythique est le passage obligatoire des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle et marque l’étape qui précède l’ascension vers le Col de Roncevaux, qui culmine parmi les sommets des Pyrénées. Elorri commence par nous expliquer que c’est grâce à eux que l’appellation Irouleguy s’est créé. A une époque où les pèlerins étaient ici beaucoup plus nombreux, on a planté de la vigne pour abreuver ces marcheurs assoiffés. C’était l’âge d’or d’Irouleguy, une époque où la superficie de l’appellation atteignait 2500 ha. Mais le phylloxera est passé par là, et le chemin de Saint-Jacques a perdu de l’affluence, si bien qu’au début des années 2000 , il ne restait plus que 250 hectares de vignes plantés. L’image du vignoble en a beaucoup souffert, et les vins ont beaucoup été moqués, mais une poignée de vignerons a repris le flambeau et porte aujourd’hui l’appellation à bout de bras pour lui redonner la place qu’elle mérite. Elorri est de ceux- là. Le travail est rude, très très rude, et pour en avoir conscience, il suffit de lever les yeux. Les vignes sont plantées en terrasses, sur des pentes tellement raides qu’on oserait pas les descendre en ski. Les 7 ha en terrasses du domaine s’élèvent devant nous comme un mur, et Elorri nous montre une parcelle au sommet avec 80% de pente. Pourquoi se donner tant de mal ? Tout simplement parce que la pluviométrie ici atteint des records, et qu’il faut du dénivelé pour que l’eau s’écoule. On est bien placé pour vous le dire, les 3 jours qu’on passera dans le coin seront pluvieux. La moyenne au Pays-Basque est de 1800mm d’eau par an, contre 1000mm de moyenne en France. Une paradis pour les champignons tels que le mildiou, un véritable enfer pour les pauvres vignerons. Et pourtant, 40% du vignoble d’Irouleguy est en bio. Ça mérite bien une courbette. Quand Elorri à repris le domaine familial, qui appartenait à son père, la conversion du vignoble en bio était une condition sine qua non. Elle a vu les dégâts que les produits chimiques ont fait sur son oncle, et n’a pas hésité une seconde. C’est la seule de la famille à s’être orientée vers des études en œnologie. Pendant 6 ans, elle a arpenté la France, travaillant dans le Rhône, en Alsace, dans la Loire, à Bordeaux et ici, à Irouleguy au domaine Arretxea, en bio depuis les années 90. Dans le Rhône, elle a rencontré son compagnon de vie, Brice, qui travaille également au domaine et exploite deux micro-parcelles en appellation Saint-Joseph et Condrieu. Alors que nous goûtons les vins du domaine, dans le caveau de dégustation qui borde la maison familiale du côté de son père, Elorri nous coupe des morceaux d’Ossau-Iraty d’une bien belle meule. Sa mère était bergère, et ce sont ses deux sœurs qui ont repris l’exploitation. Le fromage que nous mangeons est de chez eux, plus précisément de la Ferme Larraldea à 20km d’ici. On y produit du saucisson, de l’agneau, du veau, du fromage, du breuil et plein d’autres merveilles. Mais surtout, ce qui est pratique pour le domaine, on y élève de véritables tondeuses sur pattes qui viennent paître ici tout l’hiver. Heureusement, car la gestion de l’herbe avec autant d’humidité c’est une catastrophe. C’est agréable, nan, de se dire qu’on mange le fromage des brebis qui viennent tondre les vignes d’où sont produits les vins que nous sommes en train de boire ? La boucle est bouclée. Il ne nous reste plus qu’à dire un grand merci à Elorri pour le temps qu’elle nous a consacré. Encore un domaine à découvrir et à redécouvrir.

 

 14 juin 2019

Aujourd’hui, on change le concept habituel pour un tout nouveau « passe ton cidre à ton voisin ». C’est Renaud qui hérite du cidre d’Audrey et Julien de la cidrerie du Béarn. Cette cuvée, riche en sucre, nous on vous conseille de l’ouvrir sur un tajine de poulet au coing confit accompagné de riz safrané.

 

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Renaud Delisée, de la cidrerie Xarnegu Sagarak à la Bastide-Clairence. Cette région qui marque la frontière entre la Gascogne et le Pays-Basque porte un nom depuis longtemps oublié : Xarnegu. Ainsi, le nom de la cidrerie peut se traduire en basque « les pommes de Xarnegu ». Pour Renaud, qui est bordelais d’origine, utiliser la langue locale pour nommer sa cidrerie c’était fondamental. Il y a une raison à cela, car avant de faire du cidre, il était instituteur, spécialisé pour des écoles où l’on enseigne en occitan ou en gascon. S’il est au Pays-Basque aujourd’hui, c’est parce que sa femme aussi est institutrice, dans une ikastola, une école basque. Ne pouvant trouver ici un établissement adapté aux langues qu’il enseigne, Renaud s’est reconverti dans l’agriculture. L’idée de départ c’était de produire du vin, mais il nous raconte que les vignes sont ici trop chères pour lui, trop éloignées d’où il habite et qu’il n’a pas particulièrement d’attrait pour le vin basque. A 30 ans, il passe un BPREA en viti-oeno à Bordeaux et se forme en stage chez Alain Dejean, du domaine Rousset Peyraguey dans le Sauternais. C’est là-bas qu’il découvre la biodynamie et se fonde des convictions fortes pour une agriculture qui va dans le sens de la plante et de l’environnement. C’est d’ailleurs ce que l’on remarque en arrivant dans son chai. Dans un coin à l’entrée traîne une caisse de cornes de bœuf. Il est pragmatique néanmoins et il nous explique que le bio pour lui c’est obligatoire, mais la biodynamie, c’est quand il a le temps et les moyens. C’est en 2015 qu’il s’est installé, en reprenant 1,5 ha de pommiers qui étaient exploités pour la coopérative du coin. Son chai est tout riquiqui, et très peu pratique. C’est un ancien dortoir pour les salariés d’une menuiserie qu’il y avait à côté. C’est folklorique, mais il n’en peut plus de rester ici. Il est obligé de laisser sa cuve de fermentation à l’extérieur car elles ne rentrent pas dans le bâtiment, et il n’a pas la place de faire un caveau de dégustation pour faire de la vente en direct. Néanmoins, dans deux semaines, il déménage dans une maison à Ustaritz où il souhaite monter sa future cidrerie. Ce sera l’occasion de développer la vente aux particuliers, car il nous explique que, pour le moment, c’est très dur et qu’il faut user de pédagogie. On a trop longtemps habitué les consommateurs au « cidre » de supermarché qui coûte 1€50 ; donc, forcément, quand on leur présente une bouteille de cidre artisanal à 7€, le pas est très dur à franchir. Contrairement au vin, le cidre a très mal vécu le passage du XXe siècle car dans l’esprit des gens, c’est encore une boisson désaltérante que l’on va ouvrir pour mardi gras. En réalité, le cidre artisanal produit naturellement est beaucoup plus complexe et savoureux et peut facilement vous accompagner tout un repas en se mariant avec de la cuisine fine. Renaud en produit deux cuvées, une plutôt typée basque, sur l’acidité, Bizirik (vivant ou coquin en basque) et une typée bretonne, sur l’amertume, Ihartze (le nom de la Ferme qui possède le verger). Il produit pour le moment 2000 bouteilles par an, mais il a planté 2,5ha supplémentaires de pommiers en espérant qu’ils donneront bientôt du fruit. Ce sont les abeilles qui en décideront, car elles sont de moins en moins nombreuses à butiner dans le coin. Une problématique de plus pour notre cidriculteur qui en a déjà beaucoup. Nous, on lui souhaite beaucoup de succès, et on se fera avec plaisir les porte-voix de son combat pour la reconnaissance de ce noble produit qu’est le cidre. Encore merci à Renaud pour son accueil.

 13 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », Audrey et Julien se voit recevoir une bouteille de Pet Nat’ de la cuvée Funembule, un 100% Gros Manseng de la part d’Antoine Arraou du château Lafitte. Pour faire écho à la sucrosité, à l’acidité et aux arômes de fruits exotique que ce cépage apporte, on se verrait bien la faire pétiller autour d’un ramequin de juliennes d’ananas marinées au basilic.

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Audrey Labrouche et Julien Hamelin de la Cidrerie du Béarn, à Casteide-Cami, sur les crêtes qui surplombent la ville de Pau. Notre rencontre avec eux tient vraiment du hasard, un heureux hasard qui nous a conduit à croiser Michel, un bon samaritain chez qui nous logerons pendant trois jours. Michel, en plus d’être un fou de vélo, un mordu de pinard nature fait aussi partie d’une AMAP qui distribue la cidrerie que nous découvrons aujourd’hui. Dans le Béarn, c’est la seule quand bien même Audrey nous raconte qu’elle a trouvé des preuves que la région, jadis, était productrice de cidre. Béarnaise d’origine, son combat est de remettre au goût du jour ce produit oublié. Julien quand à lui vient du nord de la France. Ils se sont rencontrés pendant leur BTS en protection de l’environnement dans les Ardennes, donc pas étonnant qu’aujourd’hui ils se soient tournés vers l’agriculture biologique. Le cidre, ils l’ont découvert un peu à travers une expérience professionnelle de Julien, dans un écomusée dans le Perch où l’on en produisait artisanalement. C’est de là qu’à germé l’idée de monter une cidrerie. Mais pour faire du cidre, il faut des pommes, et pour faire des pommes, il faut évidemment des abeilles. Ça tombe bien, Julien ça le bottait bien de faire du miel. Chacun de leur côté, ils reprennent leurs études pour devenir respectivement cidriculteur et apiculteur. Audrey fait ses études dans le Pays d’Auge et son stage dans le Perch, deux régions cidricoles importantes. C’est là-bas qu’elle apprendra toutes les bases du métier et qu’elle développera un réseau important de producteurs de pommes. En 2016, ils créent la cidrerie du Béarn. Ils plantent et greffent leurs premiers pommiers autour de la cidrerie, principalement des pommes amères* qui ont totalement disparu dans la région. Ils ne donneront leurs premiers fruits que 5 ans plus tard ; donc, en attendant, c’est en Normandie qu’ils vont les chercher. Chaque année, ils montent chez leurs amis à la fin de l’automne pour vendanger les pommes. Avec, ils produisent du cidre, du jus de pomme, de la gelée de cidre et de l’aperitiou, un mélange de cidre et de miel, qui comme son nom l’indique, se boit très bien à l’apéro. Audrey nous emmène dans le verger et nous montre aussi une partie des 80 ruches qu’ils ont placées près des pommiers. Ils produisent du miel d’acacia, de fleurs, de châtaigner et du miel de bruyères et de tilleul quand ils déplacent les ruches dans les montagnes. Après notre balade, nous rentrons dans la cidrerie et Audrey nous explique de A à Z tout le processus de production. Il y a même des photos et des panneaux explicatifs partout. L’objectif, nous explique Audrey, c’est de développer la vente en direct, pour pouvoir éduquer les gens sur les produits qu’ils consomment. Leurs bouteilles ne sont vendues que dans un rayon de 40km à la ronde et, pour autant, ils sont toujours en rupture de stock. Comme quoi, vendre localement, ça peut marcher aussi. Après avoir tout dégusté et papoté pendant 2 bonnes heures, il est temps pour nous de continuer notre aventure. Encore un grand merci à eux pour leur disponibilité et toute leurs explications.

  11 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », aujourd’hui c’est Antoine qui reçoit une bouteille de Mayga Watt, un gamay vinifié en Pet’ Nat par Marine Leys du domaine de la Vignereuse. Une cuvée de soif à boire sans soif à l’apéro, pour accompagner pourquoi pas des petites verrines de crabe émietté et mousse d’agrumes, pour le clin d’œil à notre ancienne plongeuse.

 

 

 

Aujourd’hui, nous rendons visite à Antoine Arraou, du Château Lafitte à Monein, dans l’aire d’appellation de Jurançon près de la ville de Pau. Et du pot, on en a eu, parce que le père Antoine, on l’a chopé sur le fil du rasoir alors qu’il s’apprêtait à partir en week-end. Ce qu’on ne pouvait pas louper en revanche, c’est son magnifique château, qui trône au sommet du petit village de Monein. Originaire du Béarn, c’est son père qui l’a acquis en 1980, et commencé à exploiter les vignes autour de leur demeure 20 ans plus tard. Les vignes sont dès lors conduites en bio. Pendant ce temps là, Antoine est à des années lumières de penser qu’il reprendra un jour le domaine des mains de son père. Non, c’est dans des études en Relations Internationales qu’il se lance. Il nous raconte que c’est ce parcours académique qui lui a donné une ouverture d’esprit et de fortes convictions pour basculer plus tard dans la photographie documentaire et journalistique. Pendant 12 ans il effectuera ce métier, voyageant partout dans le monde. En 2012, sa femme qui est médecin a un début d’opportunité de pouvoir partir en Afrique pour le travail, un projet qui semble enchanter le couple mais malheureusement, tout tombe à l’eau. Antoine nous raconte avoir été dépité, pendant une heure seulement, avant de penser un nouveau projet : pourquoi ne pas prendre les rênes du domaine familial ? L’aventure prend forme dès son retour, et la première décision d’Antoine est de convertir les 5 hectares de vignes du domaine en biodynamie. Pour lui c’est un moyen d’aller plus loin dans la démarche environnementale ; le bio ne suffit plus aujourd’hui. Faire des vins vivants, ce n’est que le prolongement de cette démarche qui est venue un peu naturellement au domaine, et aussi grâce aux rencontres. Ce sont particulièrement les vignerons de Catalogne, à l’instar de Ruben Parera, qui ont inspiré Antoine, dans ses convictions et dans la pratique. Il y a effectivement un air catalan quand on arrive au Château, avec toutes ces « Dames Jeannes » dans le jardin où du vin fermente tranquillement. Cette méthode s’appelle « sol y Serena », et consiste à soumettre le vin à de forte variation de températures pour l’endurcir et lui apprendre à se défendre seul face à l’oxydation et aux maladies. C’est une méthode qu’Antoine souhaite développer pour pouvoir se passer à terme d’utiliser du soufre pour ses vins liquoreux. En attendant, le soufre qu’il utilise est d’origine minérale, et il nous assure qu’il est moins nocif pour le vin que le soufre d’origine chimique qui est habituellement utilisé. Le problème c’est que pour l’administrer, il faut une machine qui est pour le moment très dure à trouver. Dans ses vignes, il fait aussi paître des moutons tout l’hiver pour ne pas avoir à tondre. Il nous montre la différence entre une parcelle où ils sont passés, et une autre où il ne les a pas fait travailler : il n’y a pas photo ! elles sont vraiment efficaces ces bêtes. Dans la parcelle où elles ne sont pas venues, il fait pousser des céréales dans l’inter-rang pour pouvoir faire son pain un jour. Il nous emmène ensuite dans son tout nouveau chai qui, en plus d’être magnifique, est totalement autonome en énergie. Il nous fait goûter la cuvée Orange, son haut de gamme, un assemblage de petit Manseng, Gros Manseng et Petit Courbu vinifié en macération pelliculaire. Bon le problème c’est qu’il a oublié le verres; donc, on boit directement au robinet. Mais le plus extraordinaire c’est surtout la qualité du jus qui glisse dans notre gosier. Un ovni sur terre ! Pour marquer encore plus son originalité, mais aussi sa cohérence, il a souhaité que tout soit naturel dans le produit fini. La bouteille est en grès, l’étiquette en liège, et le bouchon est ciré à la cire d’abeille. Même s’il n’a pas vraiment le droit de le faire, il s’est permis de mentionner « vin nature » sur l’étiquette. Nous on le lui accorde, on peut difficilement faire plus nature. Il est 12h passés et Antoine nous a accordé plus de temps que prévu ; il doit maintenant nous quitter pour partir avec sa famille. On enfourche nos vélos et on continue notre tournée dans le Béarn. Encore un très grand merci à lui.

  9 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Marine, l’invisible (problème de coordination d’emploi du temps) qui reçoit la cuvée l’Ange Lou de la part de Jérôme Galaup, de la Ferme du Vert. Ce mousseux de Mauzac, en méthode ancestrale, on se verrait bien l’ouvrir sur un camembert au four façon boîte chaude, farcie avec des noix et du romarin, et servi avec des croûtons à l’ail et une petite salade verte. De quoi se rincer allègrement le gosier.

 

Cette semaine, nous avons rencontré Marine Leys, du domaine Vignereuse à Montels, dans le gaillacois. Nous sommes samedi et elle nous propose de venir la rejoindre ainsi que d’autres vignerons pour la mise en bouteille d’une « cuvée un peu particulière ». Aussitôt arrivés chez elle, nous grimpons dans son camion et nous nous mettons en route pour le domaine du Vieux Saule, chez Jérôme. Nous y retrouvons également Duncan, du Château Mayragues, Damien Bonnet du domaine de Brin et Pierre-Olivier du domaine de Cantalauze (voir les articles précédents). Ensemble, avec le domaine Matens qui manque à l’appelle, ils se sont tous les 6 associés pour créer une cuvée solidaire qui sera offerte à une famille du coin qui vient de traverser un moment difficile. Le soir venu, après une journée sur le thème de la rigolade et de l’entre-aide, nous nous retrouvons autour d’un dîner chez Marine avec quasiment toute la bande de vignerons cités auparavant. C’est donc dans ce magnifique contexte que nous avons rencontré la vigneronne que cet article présente. Marine n’a pas toujours été dans le métier ; auparavant, elle était assistante caméra, spécialisée en prises de vue sous-marines. Parisienne d’origine, c’est là-bas qu’elle a rencontré Éric, son compagnon. Lui est irlandais, et il travaillait dans le milieu des courses hippiques, en tant que dresseur de chevaux. Après être partie 3 ans au Canada, Marine décide de suivre Éric qui a une opportunité d’emploi dans un haras en Turquie. Ils y resteront 7 ans, dans les alentours de Izmir, sur la côte. C’est là-bas que Marine va découvrir le métier de la vigne, en assistant à la création d’un domaine viticole par la fille du propriétaire du Haras. Le vin nature, c’est son beau-père, Benoist Rey qui lui a mis le pif dedans. Restaurateur en Ariège, imprimeur, typographe, écrivain, c’est aussi une personnalité très connue dans le milieu du vin nature, et Marine nous explique que, plus jeune, elle partait avec lui faire la tournée des vignerons. En 2012, elle rentre en France avec sa famille et rejoint le gaillacois. Elle restera deux ans au domaine Plageole avant de se lancer à son compte. Elle nous raconte avoir galéré à trouver des vignes, étant une femme, travaillant seule et, qui plus est, en bio. C’est notamment Bernard Plageoles qui l’aidera à convaincre un papi du coin à lui louer 5 hectares de vignes. Celles-ci se trouvent à Andillac, un petit village à 6 kilomètres de sa maison. C’est là-bas que nous la rejoignons quelques jours plus tard, pour l’aider à ébourgeonner ses vignes. C’est l’occasion pour nous de découvrir cette tâche, un tant soit peu difficile, qui consiste à dénuder les vignes en se débarrassant des jeunes pousses qui risquent d’obstruer le mûrissement des raisins, et de préparer le pied pour la taille de l’année prochaine. On n’est pas encore des experts mais, grâce à Marine, on commence à choper le truc. La moindre des choses reste donc de la remercier pour cela et de nous avoir accueilli aussi chaleureusement avec Éric.

  6 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Jérôme qui se voit offrir la cuvée Astrolabe de la part de Pierre-Olivier et Pauline du domaine de Cantalauze. La minute culture : Astrolabe c’était le nom de la Frégate de Jean-François La Pérouse, illustre navigateur originaire du Tarn. Pour rester dans le thème du voyage, et en clin d’œil à La Pérouse et Pierre-Olivier qui ont le point commun d’être allés au pays des kangourous , nous, sur cette cuvée pétillante de Prunelart, légèrement sucrée, on vous propose de l’ouvrir sur un pavlova aux fraises du jardin, ce fameux dessert australien.

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Jérôme Galaup, vigneron à la Ferme du Vert, en lisière de la forêt de Grésigne dans la région de Gaillac. Depuis 2013, il représente la 6e génération de paysans à œuvrer sur la Ferme, après son père, qui lui a passé le relais en 2018. Avant cela, Jérôme a fait des études dans le vin, à Blanquefort près de Bordeaux et à Cahors. Il a ensuite travaillé pendant près de 17 ans au domaine Plageoles, un poids lourd du vin bio dans le gaillacois. Il s’y plaisait bien mais il manquait là-bas quelque chose de fondamental pour lui : des vaches. Car à la Ferme du Vert, on ne fait pas que du vin ; on élève des vaches et on fait des céréales. Adepte de la biodynamie, sans pour autant être labellisé, Jérôme nous explique que pour lui cela n’a pas de sens d’en faire sans utiliser sa propre bouse de vache pour les préparations. C’est une des raisons pour laquelle il ne croît pas aux labels, et préfère s’en écarter le plus possible. Officiellement, il n’est pas en bio non plus mais le domaine est situé sur une zone Natura 2000, où il est interdit notamment d’utiliser des pesticides. A quoi bon s’embêter avec une cotisation et des contrôles récurrents ? Et si vous venez à douter de sa crédibilité, venez dont jeter un coup d’œil à la Ferme. La biodiversité y est énorme. Des comptages d’insectes et recensements de plantes y sont régulièrement organisés, et les résultats sont hors normes. Un petit paradis sur terre pour la faune et la flore. Que dire de ses vaches. La priorité de Jérôme, c’est qu’elles soient heureuses. Elles sont là, toutes les 10 à nous regarder alors que Jérôme nous les pointe une par une pour nous dire leurs prénoms et des petites anecdotes à leur sujet. Sur son portable, il n’y a pas de photo de bagnoles, du dernier plat qu’il a mangé ou de selfies devant je ne sais quel monument ; non, il n’y en a que pour ses vaches. Il les élève pour faire de la viande de veau, mais il ne les malmène pas. Le but n’est pas de les véler sans arrêt ; non, il ne le fait que quand elles sont prêtes, tous les deux ans si c’est le temps dont elles ont besoin pour s’en remettre. Il nous explique que c’est à travers les vaches qu’il à compris le métier de vigneron, et que cette patience et cette empathie qu’il a pour ses bêtes, il a fini par l’avoir pour ses vignes. C’est son secret, pour produire des vins aussi bons. Nous n’aurons néanmoins pas le temps de les déguster avec lui, car il est submergé de rendez-vous aujourd’hui. Pour ne pas être plus en retard qu’il ne l’est déjà, il nous donne une bouteille de chacune de ses cuvées, un carton entier pour qu’on se fasse une idée de son travail à la Ferme. Aussitôt parti, nous rencontrons sa compagne, Nathalie, institutrice de métier, et éleveuse de vaches quand elle en a le temps. Ce projet de reprendre la Ferme, c’était son bébé à elle aussi, mais en attendant de pouvoir joindre les deux bouts financièrement, elle a décidé de reprendre un travail en parallèle. L’objectif serait également d’accueillir du monde, et monter des visites pédagogiques. En attendant, elle s’entraîne avec ses élèves. Mais ça viendra ; ils ont beaucoup de choses à faire découvrir, et communiquer leur passion semble vraiment être une seconde nature pour eux. On a hâte. En attendant, il est temps pour nous de nous remettre en selle pour continuer notre aventure. Un très grand merci à tous les deux.

  5 juin 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », cette fois c’est Pauline et Pierre-Olivier qui reçoivent la cuvée Braucol de la part de Duncan du Château Mayragues. Ce vin, profond et riche, issu du cépage Braucol (ou Fer Servadou selon la région), en clin d’œil au magnifique pigeonnier devant le Château de Mayragues. On conseille de l’ouvrir sur un pigeonneau farci avec des raisins secs (Mauzac roux), arrosé d’une sauce aux girolles et accompagné d’un gratin dauphinois. Et bon appétit bien sûr !

Aujourd’hui nous rencontrons la famille Laurent du domaine Cantalauze (chant de l’alouette en occitan), dans le village de Lintin, toujours dans le gaillacois. Leur domaine est perché au sommet d’une colline. Eux aussi, nous les avons rencontrés au cours d’un dîner de vignerons (qu’on finira par vous raconter, mais dans un future article). Dans la famille, il y a tout d’abord Guy et Brigitte, les parents. Ce sont eux qui ont monté le domaine en 1981. Tous les deux sont issus de familles de vignerons, et se sont rencontrés pendant leurs études d’ingénierie agronome à Bordeaux. Très proches de l’association Nature et Progrès pendant leurs études, ils ont découvert l’agriculture biologique très précocement par rapport à leur époque. Souhaitant poursuivre ce schéma d’agriculture, l’idée était de reprendre le domaine familiale de Guy, en Champagne, mais leurs convictions ne furent pas très bien accueillies par son père. C’est finalement dans le gaillacois, en devenant les premiers vignerons bio de la région qu’ils décidèrent de mener leur combat. Le terme est bien approprié puisque la lutte fut terrible pour que leur vision de l’agriculture soit acceptée dans le coin. Le syndicat d’appellation et leurs voisins n’auront de cesse que de leur mettre des bâtons dans les roues pour protéger leur pré-carré. Les noms de leurs cuvées sont un héritage de cette époque : libre expression, insolence… En 1995, suite à une virulente attaque de flavescence dorée* dans la région, dont on tâchera de les rendre coupable pour être en bio, le choix leur sera imposé de traiter chimiquement leurs vignes ou de toutes les arracher. Bien assis sur leurs principes, elles seront toutes arrachées et aussitôt replantées au cours d’un chantier collectif organisé au domaine. Un dur moment dans leur carrière mais qui les a sans aucun doute aussi beaucoup soudés. Aujourd’hui, ils sont beaucoup moins seuls puisque le bio s’est beaucoup développé dans la région. C’était sans compter l’énorme influence que Brigitte a pu avoir, en étant notamment, pendant un temps, la présidente de Nature et Progrès. Malheureusement décédée depuis 2016, son image rayonne toujours dans le Tarn, puisque près d’un quart des vignerons labellisés Nature et Progrès en France sont à Gaillac. Un combat dont on peut dire qu’ils ont gagné une sacrée manche. L’une des grandes particularité des vignes du domaine, c’est la taille. C’est Guy qui l’a mise en place au moment de créer le domaine. C’est une sorte de géant cordon de Royat, qui au-delà d’embellir les vignes, apporte une quantité folle d’avantages agronomiques et ergonomiques . C’est la taille Cantalauze, une singularité de plus pour un domaine qui n’en manquait pas déjà. Venons-en aux enfants, Pierre-Olivier, le fiston, et Pauline, sa femme. Une fois n’est pas coutume, ils se sont rencontrés pendant leurs études en ingénierie agronome, en 2004. Ce n’est qu’après avoir continué ses études en œnologie, et avoir fait notamment 13 vinifications autour du monde en l’espace de 3 ans que Pierre-Olivier à retrouvé Pauline, et qu’ils se sont mis ensemble. Nous sommes alors en 2010, dans le Roussillon, Pierre-Olivier est œnologue pour Bernard Magrez tandis que Pauline travaille pour Castel, deux pachydermes du vin bordelais. C’est elle qui va pousser pour qu’ils reviennent au domaine familiale en 2013. Pendant cette même année, ils se marient et prennent la grêle dans les vignes. Un signe peut-être ? Alors que nous nous promenons sur le domaine, Pauline nous emmène dans son potager en permaculture. Elle nous fait goûter plein de fleurs qui sont comestibles, comme la bourrache et la capucine. Voilà qui annonce plein de bonnes choses pour le repas à venir, auquel nous sommes conviés. On y mange une bonne soupe d’épinards où trempent des fleurs de bourrache, un gratin de blettes avec des tranches de magret fumé, des supers fromages et un fromage blanc avec des fraises et de la menthe en dessert. Tout est excellent et bien présenté. Pauline nous confie qu’elle aimerait faire ça un peu plus souvent pour leurs visiteurs. Pour arroser le tout, on boit les cuvées du domaine qui sont tout aussi excellentes et se marient à merveille avec tout ce que l’on mange. Après ce super repas, nous sommes invités à dormir au chaud dans le dortoir des vendangeurs. Loin d’être à plaindre, après le petit-déjeuner, le lendemain, nous quittons la famille pour continuer nos aventures. Encore un très grand merci à eux pour leur super accueil.

* La flavescence dorée est une maladie de la vigne, qui se transmet par la cicadelle, un insecte. Lorsque qu’un pied de vigne est touché, très rapidement il se nécrose, et passe la maladie au pied voisin. Quand la flavescence se déclare, il est préférable d’arracher le pied malade, car si un trop gros nombre de vigne est contaminée, les autorités peuvent ordonner d’arracher l’ensemble des vignes de la parcelle. Des arrêtés préfectoraux imposent régulièrement des traitements pour l’ensemble des vignerons d’une région, même ceux qui sont en bio. Aujourd’hui, il existe un traitement homologué en agriculture biologique, le Pyrevert, mais beaucoup de vignerons doutent de son efficacité et redoutent les dommages collatéraux sur les autres insectes.

  4 juin 2019

Aujourd’hui nous rencontrons Damien Bonnet, du domaine de Brin à Castanet. En réalité nous l’avions rencontré la veille au cours d’un repas de vignerons, et il nous a proposé de nous emmener à la journée porte-ouverte du domaine Lafage, dans le Tarn et Garonne, ce que nous nous sommes empressés d’accepter. Pour y aller, nous sommes accompagnés par Robin, un vigneron en herbe qui travaille au domaine, et sa copine Pauline. La journée porte-ouverte se déroule à merveille, un joyeux dimanche au soleil à manger du bon cochon rôti, à boire plein de super jaja et à retrouver une poignée de pinardiers qu’on a rencontrés auparavant pendant notre voyage. Sur le chemin du retour, Damien nous emmène dans plein d’endroits insolites où plus jeune, il partait s’évader avec ses copains. Il nous montre notamment un petit coin perdu, qui semble être le lit d’une rivière asséchée et qui a laissé place à des dunes d’un rouge intense qui nous feraient presque croire que nous sommes sur Mars. Sans que ce soit vraiment prévu, nous finissons la journée chez lui, et c’est l’occasion pour nous de découvrir son domaine. Damien, c’est la troisième génération de vignerons à travailler ici. Son père et son grand-père exploitaient dans le temps 6 ha de vignes en conventionnel, et vendaient leurs raisins à la coopérative du coin. Il a fait ses études en viticulture, jusqu’en 2004 et a découvert le vin bio par ce biais. Il nous raconte que tous les mercredis, avec ses amis, ils partaient visiter des vignerons, et que les plus passionnés et passionnants travaillaient leurs vignes en bio. Et voilà comment il est tombé dans la marmite. En revenant au domaine, en 2008, il convertit toute la surface viticole en agriculture biologique et l’agrandit petit à petit. Aujourd’hui, ses 12 hectares s’étendent presque d’un seul tenant sur une butte argilo-calcaire à presque 300 mètres d’altitude, qui surplombent le paysage Gaillacois. Outre les vignes, il travaille aussi les céréales. On voit que c’est un grand gourmand et un gros curieux, le Damien ; il nous fait goûter plein de choses en se baladant, des fèves crues, du respounchous… et franchement, on se régale. Quand il n’est pas occupé dans les vignes où à manger tout ce qui traîne, Damien fait du bricolage. C’est littéralement un as en la matière. En revenant de notre petite promenade autour du domaine, il nous montre la maison qu’il a retapée pour sa tante et la sienne, qu’il est en train de rénover, petit à petit. C’est là, après qu’il nous ait montré son chai qu’il a aussi retapé, que nous nous asseyons pour partager le repas. Au menu, des artichauts crus en entrée et des manchons de canard en guise de plat principal. On allonge tout ça avec des vins de la maison, et toujours accompagnés de Robin et Pauline, nous passons une bien chouette soirée à parler de tout et de n’importe quoi. Après une journée bien riche en émotions, et surtout en pinard, nous quittons Damien après l’avoir chaudement remercier pour l’accueil. Des dimanches comme ça, on en redemande !

article du 01 juin 2019

Comment sont réalisés les articles de facebook que vous retrouvez sur ce site? Nous vous proposons de vous dévoiler en images l’envers du décor. Nous avons rejoint Alexis et Maxime près de Gaillac et nous les avons suivis lors d’un rendez vous chez un vigneron , Château de Mayragues chez la famille Geddes. Un grand merci à Duncan pour son accueil, le temps passé avec nous et toutes ses explications. Nous lui souhaitons ainsi qu’à sa futur épouse plein de bonheur.

   

A bientôt.

 

01 juin 2019

Dans la série « Passe ton vin à ton voisin » , Duncan se voit recevoir un petit flacon de la cuvée « hystérie » de la part de Patrice, du domaine de Causse-Marine. Ce qu’on vous a pas dit sur le Patrice, c’est qu’il est un génie absolu des vins liquoreux. Cette cuvée par exemple, comporte pas loin de 600g de sucre résiduel (naturel, cela va s’en dire) et fut élevé pendant 10 ans en barrique. La concentration en sucre est telle que les levures, noyées par le travail n’ont pu transformer qu’un seul tout petit pour-cent d’alcool. En toute générosité, Duncan nous l’ouvre pour qu’on goutte, et certes, c’est sucré mais l’acidité est encore plus hors du commun. On se dit qu’une bouteille d’exception comme ça, il faut l’ouvrir à un moment d’exception, et ça tombe bien, on est sûr que ça ira à merveille avec la pièce-montée pour son mariage, prévu dans 2 semaines. Encore félicitations à lui.
 

Aujourd’hui nous rencontrons Duncan Geddes, du Château Mayragues situé à cheval entre les communes de Cahuzac-sur-Ver, Castelnau-de-Montmirail et Vieux. On est ici dans l’un des endroits les plus froids de l’aire d’appellation de Gaillac, ce qui n’est pas un cadeau quand viennent les périodes de gel. Cette année encore, il y aura eu quelques dégâts mais Duncan relativise; il est quand même beaucoup moins à plaindre que beaucoup de vignerons un peu plus au nord. Alors que nous nous promenons dans les vignes, il nous explique que son gros problème, c’est surtout les chevreuils. Les 14 hectares de vignes sont cernés de forêts où vit une véritable colonie de cervidés. Il a tout essayé : disséminer des cheveux humains dans le vignoble, passer de la musique à fond ou encore installer une clôture de 2 km mais rien n’y fait; ils continuent à venir grappiller. Sur les 80 hectares que compte la propriété, il y a aussi 47 hectares de prairie et de céréales, notamment de l’orge que Duncan envoie à la malterie pour pouvoir brasser sa bière. Comme beaucoup de domaines dans la région de Gaillac, le Château Mayragues pratique aussi la polyculture. Cela ne date d’ailleurs pas d’hier puisqu’ils ont trouvé un acte de vente datant de 1609 qui évoquait déjà un ensemble cohérent en polyculture au sein de la propriété. Au milieu de toute cette surface agricole, le clou du spectacle c’est quand même le château, une grande et magnifique demeure classée monument historique. Quand ses parents, Alan et Laurence, sont arrivés ici en 1980, ce n’était plus qu’une ruine. Petit à petit, ils l’ont rénové pour qu’il soit un portrait fidèle de ce qu’il était avant. Ils ont, à ce titre, reçu beaucoup de récompenses pour le travail effectué. Aujourd’hui, il leur sert d’habitation et de gîte touristique. Alan est d’origine écossaise, et il exerçait la profession de géologue tandis que Laurence est française et était conservatrice de musée. Leur rêve, c’était de faire un jour du vin. Le domaine fut globalement piloté à distance jusqu’en 1995, année où le couple Geddes a choisi de quitter Londres et de s’installer définitivement dans le Tarn. Depuis, ils ont été rejoints au domaine par leurs enfants, Anne qui travaille à Airbus mais qui vient travailler le week-end, dotée d’un diplôme en œnologie, et Duncan, qui nous fait la visite aujourd’hui. Ce dernier s’est d’abord lancé dans des études d’architecture à Lille, mais il n’aura pas fait long feu dans la profession. Néanmoins, son parcours n’est pas inutile pour le domaine, car c’est lui qui semble gérer tout le réaménagement du chai. Le domaine est tout ce qu’il y a de plus familial, si bien qu’aucune décision n’est prise sans l’aval de toute la fratrie. Le Château Mayragues, ce fut aussi le premier domaine certifié en biodynamie dans la région de Gaillac. Duncan nous raconte qu’en 1999, son père a rencontré sur un salon Paul Barre, le pape de la biodynamie dans la région bordelaise, et, qu’en rentrant, sa décision fut de convertir tout le domaine. Est-ce le secret derrière la qualité des vins que nous goûtons ? On ne saurait le dire, mais diantre, tout ce que nous fait déguster Duncan est délicieux, ce qui tient de la prouesse quand on a une gamme aussi large. Ici on fait presque de tout : du vin tranquille blanc et rouge, du mousseux, du liquoreux, du vin de voile et même de l’eau de vie au marc de raisin. Autant vous dire qu’après avoir goûté tout ça, on fait moins les fiers en montant sur nos vélos; mais peu nous importe, on a passé un super moment en excellente compagnie et c’est tout ce qui compte. Encore un grand merci à Duncan pour l’accueil.

  31 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », Patrice se voit offrir une bouteille de la cuvée du Raisin à la Lune, un Pet’ Nat de Merlot pas tranquille, de la part de Muriel et Benjamin du domaine Antocyâme. L’ironie, c’est que ce vin à été mis en bouteille à Gaillac, à la CUMA des mousseux de l’abbaye de Saint-Michel que Patrice a co-créée. Nous on pense bien que cette petite bulle ira à ravir sur un clafoutis aux cerises du jardin.

 
 
 

Aujourd’hui nous rencontrons Patrice Lescaret, du domaine Causse-Marines à Vieux, dans la région de Gaillac. C’est Vincent Quirac du domaine du Clos 19bis dans le Sauternais qui nous avait vivement suggéré de lui rendre visite. Ils s’étaient rencontrés à l’école, chez les curés. Patrice nous raconte, le sourire au coin des lèvres, que les deux larrons avaient pour habitude d’aller draguer les filles dans l’école d’en face, où les nones les chassaient avec le jet d’eau. Bordelais d’origine, il a fait ses études dans le domaine de la viticulture pour devenir œnologue mais il est aussi passé par une école de commerce. Après un premier job dans le Sancerrois pour travailler chez un négociant, il rejoint la Provence en 1988 où, à seulement 26 ans, il devient régisseur d’un domaine. C’est cette expérience qui lui permettra de mettre des ronds de côté pour s’installer et devenir vigneron. Le bordelais n’est pas une option pour lui; il n’y aime pas la mentalité et encore moins le Merlot et le Cabernet. Il opte pour le Gaillacois où il pose ses valises définitivement en 1992. Il aime la large palette de cépages endémiques qu’offre la région, mais surtout, c’est l’occasion pour lui de reprendre des vignes à un papi qui n’a que des ceps issues d’une sélection massale*. Un luxe ! Pour rester dans l’esprit, lui-même agrandira la surface viticole du domaine en ne faisant que des massales. Alors que nous nous promenons dans les vignes, il nous montre une parcelle de Chenin plantée avec les bois de Mark Angeli, célèbre vigneron en biodynamie dans la Loire, et une autre plantée avec des Syrah qui viennent d’Hermitage, illustre terroir rhodanien. Sur les 12 ha qu’il possède ici, on trouve aussi du Mauzac vert et roux, du Jurançon noir, de l’Ondenc, du petit Mansang et de la petite Syrah. Outre ses vignes, la plupart des terres autour du domaine lui appartiennent. Il les a achetées petit à petit pour se constituer un véritable écosystème, privé de toute nuisance chimique. Mais cela n’a pas toujours été comme ça ; cette sensibilité pour l’écologie, Patrice ne l’a développée que dans la fin des années 90. C’est en 1997 qu’il convertit son domaine vers le bio et que, en autodidacte, il commence à vinifier ses premières cuvées sans soufre. L’arrivée de Virginie au domaine, en 2004 viendra aussi ajouter un nouveau souffle à Causse-Marines, notamment vers la biodynamie. Longtemps elle aura été l’associée et la compagne de Patrice, mais 2019 est l’année qu’elle à choisi pour mettre les voiles et voguer vers de nouvelles aventures. Elle, qui n’est pas issue du monde agricole, ne se voit plus faire autre chose que du vin, mais elle veut changer de région et monter un domaine plus petit. Elle nous confie que, la prochaine fois qu’on se verra, ce sera sûrement dans le Roussillon. Le bio a pris un essor considérable dans la région de Gaillac au début des années 2000, et ce n’est pas sans compter l’aide et l’influence du domaine de Causse-Marines qui est notamment à l’initiative de la création de « Terre de Gaillac », une association qui regroupe une douzaine de domaines bio qui œuvrent pour produire des vins qualitatifs qui respectent et valorisent les terroirs de la région. Vendanges manuelles, interdiction d’intrants dans le vin et utilisation de levures indigènes font partie des critères qu’il faut remplir pour faire partie de l’Association. Alors que nous nous mettons en chemin pour aller au restaurant et bar à vin nature « Vigne en Foule », à Gaillac, Patrice nous explique que « Terre de Gaillac » n’est qu’un projet de plus qu’il a sur le feu. Il fait partie d’une poignée de vignerons qui a investi dans le restaurant où nous allons et qui choisit les vins qui sont à la carte. En parallèle de son activité, il passe aussi 3 à 4 mois en Birmanie chaque année depuis 2007 où il a développé une activité touristique et où il ramène du matériel et des fournitures pour la population locale. Pour couronner le tout, il possède aussi un petit vignoble à Marcillac, dans l’Aveyron. Il se sera battu comme un chien et aura dû graisser beaucoup de pattes pour monter ce projet, et il se voit très mal l’abandonner un jour. Néanmoins, avec le départ de Virginie, il nous avoue ne pas trop savoir comment il va pouvoir continuer à tout gérer. Après nous être bien régalés à « Vigne en Foule » , autour d’une bouteille du domaine de l’Anglore, nous rentrons au domaine. Pour remercier Patrice de nous avoir invités au restaurant, nous partons mettre quelques coups de pioche dans les vignes. On finira l’après-midi à papoter avec toute l’équipe qui travaille à Causse-Marines en sirotant une bière et en admirant le panorama magnifique qui s’offre à nous. Comme s’il n’avait pas déjà été assez généreux avec nous, Patrice nous donne, avant de partir, deux bouteilles de ses vins les plus prestigieux. Le bonheur ! Encore merci à lui pour tout.

* Au moment de planter, une sélection massale consiste à choisir des sarments, soit de ses propres vignes ou de celles d’un autre vigneron pour les reproduire. Cette méthode permet de maintenir la diversité génétique de son vignoble, d’améliorer la qualité de son raisin dans le cas où l’on sélectionne des vignes de compétition. Pour effectuer la greffe, on peut faire appel à un pépiniériste ou s’en occuper soit même, à condition d’avoir un statut de pépiniériste. Cette méthode vient s’opposer à la sélection clonale, beaucoup plus généralisée, qui consiste à choisir des plants de vignes chez un pépiniériste qui aura le même code génétique et les mêmes caractéristiques que toutes celles disponibles sur le marché. Concrètement, c’est à peu près le même choix qui serait donné à un mécanicien de s’acheter une twingo, ou de se fabriquer une voiture avec des pièces de Ferrari.

  27 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Muriel et Benjamin qui reçoivent une bouteille de la cuvée La Suite 2016 de la part de Kévin Barbet, du domaine Lafage. Ce vin rouge, issu des cépages Cabernet-franc et Côt aurait le mérite de se faire attendre un peu, une année où deux, le temps que les tanins s’assouplissent un peu. Quand le moment sera venu, on vous conseille de l’ouvrir sur une belle entrecôte, si possible de chez Kévin, arrosée d’une sauce au poivre pour rappeler les épices du Côt et accompagnée d’une poêlée de légumes.

 

Ce midi, nous rencontrons Muriel Zoldan et son compagnon Benjamin Sarane du domaine d’Antocyame. Nous sommes ici dans les hauteurs du village de la Salvetat-Belmontet, à quelques kilomètres de Montauban. Le domaine est un ensemble, composé de deux habitations, d’un large chai tout entouré de forêts, de prairies et de vignes. Nous sommes accueillis à l’heure du repas. Au menu, une super lotte accompagnée d’une fondue de poireaux et, pour se rincer le gosier, des cuvées du domaine. Ils nous racontent qu’ils sont arrivés ici en 2017. Avant cela, pendant 9 ans, Muriel travaillait dans les Cevennes, au domaine Sauzay. Œnologue de formation, elle avait trouvé ce travail idéal car elle pouvait y faire ce qu’elle voulait et vivait sur place. Mais son rêve, c’était de s’installer comme vigneronne. A deux reprises elle tenta le coup dans le Roussillon, à Maury et Fitou et à deux reprises, mais les banques lui claquèrent la porte au nez. Ne pensant jamais pouvoir, un jour, monter son domaine, elle songea à se reconvertir pour devenir thérapeute, spécialisée en médecine chinoise. C’était ainsi le moyen de rejoindre Benjamin qui vivait alors dans la région de Montauban. Ancien sommelier, ce dernier a profité d’une occasion en or de reprendre une petite chaîne locale de magasins spécialisés dans les produits capillaires. Pour forcer un peu leurs destins, nos deux amoureux ont écrit une lettre au ciel pour demander qu’une série de leurs souhaits soit exaucée. C’était la deuxième fois que Muriel tentait l’expérience ; la première avait été un échec, mais cette fois, ce fut le jackpot. Ils nous racontent que 80% de ce qu’ils ont écrit dans la lettre s’est réalisé, et de quelle manière ! Vous l’aurez compris ; reprendre un domaine dans les alentours de Montauban fut l’un de leurs vœux les plus chers, mais il faut comprendre que sur l’aire d’appellation, le nombre de vignerons se compte sur les doigts de la main. Et pourtant, le miracle eut lieu. Un beau jour, Benjamin tombe sur une annonce de Paru-Vendu, d’un domaine en vente, avec 7,5 hectares de vignes d’un seul tenant, à quelques kilomètres de Montauban. La reprise n’est pas si simple car les anciens propriétaires n’étaient pas très investis dans les vignes ; donc il fallait tout reprendre et remettre en état les bâtis. En 2017, ils y font leurs premières vendanges et 2018 est leur premier millésime complet. Benjamin travaille toujours pour ses magasins mais, quand il a du temps, il vient filer un coup de main. Il nous dit que c’était son rêve de faire du vin, et qu’aujourd’hui, son rêve est devenu réalité. Le vignoble est conduit en biodynamie mais Muriel adopté, en plus, une approche holistique, inspirée du Veda, le livre sacré des Hindous. A travers la méditation, elle communique avec ses vignes et avec les plantes qu’elle utilise pour comprendre leurs interactions entre elles. Il y a quelques semaines, alors que c’était le branle-bas combat pour lutter contre le gel, à coups d’éoliennes, de bougies et de bottes de paille pour les vignerons de la France entière, Benjamin et Muriel ont organisé une soirée chez eux, pour envoyer des bonnes ondes aux vignes. Résultat : eux n’ont pas gelé. Dans le chai, bien qu’elle soit chimiste à l’origine, elle n’est pas très interventionniste. Son objectif, nous dit-elle, est de transmettre l’énergie du sol dans les vins. Et ça marche ! On vous assure que tout ce que l’on a goûté nous a fait vibrer les papilles. Le soir venu, après une balade dans les vignes sous une pluie diluvienne, nous sommes, de nouveau, invités pour manger. Des huîtres en entrée et une formidable blanquette de veau (du domaine Lafage) comme plat. On finira la soirée à papoter de plein de choses intéressantes, et à picoler. Qu’est ce qu’on est bien ici ! Encore un très très grand merci à Muriel et Benjamin pour leur accueil, et à une prochaine !

 26 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Kévin qui reçoit la cuvée Haute Pièce 2016 de la part de Jérémie Illouz. Ce magnifique pure-jus, issue à 100% du cépage Malbec, nous on se l’ouvrirait bien sur une daube de sanglier, accompagnée d’un écrasé de panais avec des éclats de châtaignes

Aujourd’hui nous rencontrons Kévin Barbet, du domaine de Lafage dans les alentours de Montpezat-de-Quercy. Kévin n’est pas un vigneron comme les autres. Non, au sens où il l’entend, c’est un paysan. L’objectif ici nous dit-il, c’est de créer un écosystème en polyculture qui soit auto-suffisant. Le vin c’est quand même la base de l’activité de l’exploitation. Kévin possède donc 10 hectares de vignes qu’il conduit en biodynamie. Pour faire ses préparations (bouse de corne*) et pour donner à manger à ses vignes, il a évidemment besoin de bouses de vaches. Il possède actuellement 12 vaches et un taureau; il les élève pour faire de la viande mais il songe aussi à se lancer dans la traction animale. Il utilise leurs défecations pour fertiliser ses vignes et pour ses préparations. Pour nourrir ses bovins, il faut du foin. Donc, vous l’aurez deviné, il possède, en plus, quelques hectares de céréales et du tournesol qu’il utilise pour alimenter ses bêtes, mais aussi pour faire de l’huile de tournesol bio. Les prunes dans le jardins sont utilisées pour faire de l’eau de vie, les poules pour faire des œufs, ses petits moutons Ouessant pour tondre les vignes… bref, tout le monde a sa place et tout le monde a son rôle et tout fonctionne en harmonie. Nous sommes littéralement scotchés par sa démarche et la cohérence de ses propos mais lui n’a pas le melon : « j’ai rien inventé. Dans le temps, tous les vignerons faisaient cela ». On pourrait penser avoir affaire à un vieux de la vielle issu du monde paysan, mais que nenni ! Kévin a grandi à Sancerre, dans le Cher. Après des études à Figeac pour être animateur social, il se reconvertit dans la viticulture en 2014, et se lance à seulement 24 ans dans ce nouveau projet. En reprenant le domaine de Lafage, il prend le relais d’un vigneron, Bernard Bouyssou, qui était en biodynamie depuis 1991. C’est vraiment le hasard qui les a mis sur la même route, mais le hasard fait bien les choses puisque l’un souhaitait transmettre son domaine et le deuxième en cherchait un qui soit exactement dans ce style, et de préférence dans cette région où il n’y a pourtant pas foule. Tu parles d’un coup de bol ! Ce soir, nous mangeons en sa compagnie et celle de sa copine, Jeanne, et de sa cousine Marie. C’est l’occasion de creuser les discussions. Quand on lui pose la question du choix de la biodynamie et du vin nature, Kévin nous répond que c’est tout simplement ce qu’il aimait boire. Pour autant, lui n’aime pas être rangé dans des cases et n’aime pas les labels. La biodynamie, par exemple, est encadré par un label, Demeter, qui ne dit rien au sujet d’avoir ses propres vaches, qui n’encourage pas la polyculture, qui oblige à acheter des préparations qui coûtent la peau des fesses et qui viennent de l’autre bout de la France et, en plus, qui interdit, de manière aberrante, le recours à des conditionnements tels les bag-in-box. Kévin fait de la biodynamie parce que, pour lui, ça a du sens, mais les labels, il ne les comprend pas et n’y adhère pas. Le nature c’est pareil, il y en a beaucoup qui trichent et il y en a d’autres qui font du vin dont on ne sent plus que les défauts. D’être rangé dans cette case, c’est aussi ça qui l’enquiquine un peu. Donc c’est pour tout cela que lui ne se considère pas vigneron, mais comme paysan, « au sens noble du terme », nous dit-il. On ne pourrait pas être plus d’accord avec lui. Aujourd’hui, on a découvert un modèle d’agriculture dont beaucoup de vignerons, devraient prendre de la graine. On parle souvent du « bon sens paysan », en voilà un exemple qui pourrait sauver nos campagnes. A méditer. Encore merci à Kévin et à Jeanne pour leur accueil.

*bouse de corne: La préparation « bouse de corne », dite « 500 », est obtenue par la fermentation dans le sol durant la période hivernale, de bouses de vaches qui ont été introduites dans des cornes de vaches. Quand vient le printemps, elle doit être mélangée avec de l’eau de pluie, brassée énergiquement (dynamisée) et pulvérisée dans les vignes. Son rôle est de structurer le sol et d’activer la vie microbienne souterraine.

  24 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », Jérémie se voit offrir une super bouteille de l’Originel de la part de Simon Busser. Ce super Côt/Merlot, qui provient des premières vignes historiques du domaine, nous on vous propose de l’ouvrir sur un civet de lapin aux pruneaux et à la bière, accompagné d’un gratin dauphinois. Si les lapins en questions peuvent être ceux-la mêmes qui font des dégâts dans les vignes de Simon, c’est encore mieux.

Aujourd’hui nous rencontrons Jérémie Illouz, du domaine Parlange et Illouz à Villesèque, au sud de Cahors. Nous connaissons déjà l’endroit mais pas le personnage, car suite à un imbroglio pas possible, nos vélos se sont retrouvés ici pendant deux nuits le temps pendant lequel nous étions bénévoles au salon Renaissance à Bordeaux. Mais nous allons vite faire connaissance, car Jérémie nous ouvre trois bouteilles, un pot de pâté de chevreuil et nous coupe du fromage. Autant vous dire que toutes les conditions sont réunies pour que notre entretien se déroule à merveille. Cet attrait pour les bons produits de bouche, il le tient de son père qui était cuistot en région parisienne. Le vin, Jérémie en a toujours été fan. C’est à peine croyable, mais il a commencé à en collectionner dès l’âge de 11 ans, et à 14 ans au restaurant, c’est déjà lui qui choisissait les vins pour la table. Il s’embarque dans des études d’œnologie dans la région de Bordeaux et découvre le vin nature à peu près à cette époque. C’est Sylvie Chameroy, une grande représentante des vins vivants et sa belle mère, qui plus est, qui lui a mit le nez dedans. Suite à ses études, il est missionné en Azerbaïdjan pour la construction d’un chai et pour les premières vinifications d’un domaine viticole. L’installation est rude et le premier millésime n’est pas à la hauteur car les moyens ne sont pas au rendez-vous, mais Jeremie nous dit être content de cette expérience qui constituait en soit un sacré challenge. Pour s’aérer l’esprit à son retour, il part pendant 7 mois en Inde vadrouiller avec son sac à dos. Il rentre de son séjour avec plein d’anecdotes mais aussi plein de projets en tête. L’un consiste à créer son domaine, de préférence dans le Lot où plus jeune, il passait ses vacances. Nous sommes en 2008, devant la difficulté de trouver des vignes dans le coin, il se lance dans le négoce en achetant du raisin à Fabien Jouve, vigneron en bio dans le village voisin. Ce n’est qu’en 2012 qu’il acquiert ses premières vignes, 5,5 hectares de cépages parmi lesquels du Côt (ou Malbec), du Valdiguié et du Jurançon noir. En 2016, grâce notamment à l’aide de son associé, Paul Parlange, vigneron de Bordeaux issu d’une grande famille du vin, Jérémie parvient à faire construire un chai flambant neuf. Pour ne pas perdre le contrôle et risquer de dégrader la qualité de sa production, Jérémie se refuse de grandir davantage. Quand il plante de nouvelles vignes, il arrache des anciennes. Tant mieux, car le vin ne serait sans doute pas aussi bon s’il courrait après les billets. Le lendemain, nous passons la journée en sa compagnie ; il nous emmène dans ses vignes et nous fait visiter les alentours. Nous mangeons le casse-croûte avec lui et son équipe, et une fois n’est pas coutume, on ouvre des supers quilles en ne grignotant que des bons produits. C’est pas avec Jérémie qu’on risque de crever la faim. Le lendemain matin, avant de tracer notre route, il nous apprend à préparer un pulvérisateur avant d’aller traiter. On annonce de la pluie pour demain, donc pour éviter l’apparition de champignons, on élabore notre petite popote à base de soufre, de cuivre, de purin d’ortie et de résine de pin qui sera mélangée et aspergée sur les vignes. Alors qu’il monte sur son tracteur, prêt à traiter, nous enfourchons nos vélos et traçons notre route chacun de notre côté. Encore un énorme merci à lui, pour l’accueil et pour toutes les bonnes choses qu’on a mangées et qu’on à bues.

   21 mai 2019

 Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Simon Busser qui reçoit une bouteille de la cuvée «Obras Completas », un assemblage de Côt et de Merlot, de la part de ses bons copains Louis et Charlotte du domaine de l’Ostal. En clin d’œil à notre petit couple de paysans, nous irions bien puiser dans les recettes du pot de terre lotois pour en marier une avec le vin. On pense au mourtayrol, qui est une sorte de pot au feu local qu’on accompagnera avec du pain de seigle, comme la tradition l’exige.

 

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Simon Busser, du domaine de l’Originel à Prayssac, dans les alentours de Cahors. Tout juste le temps d’arriver, de déguster et de discuter un tout petit peu et notre vigneron nous laisse ; il a rendez-vous, ce soir, avec des amis. Mais l’histoire ne s’arrête pas là ; il nous propose de dormir au dessus de son chai, dans une pièce arrangée pour loger ses vendangeurs. C’est donc le lendemain que nous faisons plus ample connaissance. Dans la famille Busser, on est vigneron de père en fils depuis trois générations. Simon nous raconte que son grand-père était d’origine alsacienne, et qu’il s’est installé dans la région de Cahors après avoir travaillé avec un temps en Algérie dans le secteur du pétrole. Il voyait ici du potentiel pour devenir vigneron, mais Simon nous explique que ce ne fut pas simple non plus et que les voisins lui menèrent la vie dure. Aujourd’hui, les problématiques ne sont plus les mêmes ; c’est le climat qui pose le plus de soucis à notre pinardier. Cette année encore, il a presque tout perdu à cause du gel, comme en 2017. Il nous raconte que son père et son grand père n’ont connu ce problème qu’une seule fois, chacun dans leur carrière, tandis que pour lui c’est déjà la deuxième fois en 3 ans. Les 7,5 hectares de Simon se trouvent dans la vallée du Lot, un endroit magnifique avec un super terroir argileux, mais tout particulièrement gélif. Avec Jeanne, sa copine et Anis, son fils, nous partons dans les vignes voir l’étendue des dégâts. Seules ses jeunes pousses ont survécu, des plants de Trousseau, Chenin, Pinot Noir et Savagnin. Dans ces cépages qui ne sont pas de la région, Simon voit beaucoup de potentiel. Une originalité de plus pour l’Originel. C’est en 2007 qu’il reprend une partie des vignes de la famille, qu’il sort de la coopérative et qu’il convertit presque aussitôt le domaine en bio. Il fait parti comme quelques pinardiers que nous avons rencontrés, des disciples d’Olivier Cousin, l’illustre vigneron de Loire. Comme lui, il travaille ses vignes à cheval et vinifie sans soufre (depuis 2010). C’est finalement tout le week-end que nous allons passer chez lui, et nous aurons l’occasion de goûter la plupart de ses cuvées. Le samedi soir, nous sommes rejoints par Louis et Charlotte du domaine de l’Ostal et par Max, jeune vigneron que Simon aide à s’installer. C’est parti pour la fiesta ! Au menu : pizzas cuites au feu de bois, avec le four que des vendangeurs ont construit dans le jardin. Le régal est assuré par les petites mains des enfants qui nous préparent les pizzas tandis que notre gosier est bien rincé avec tout les jajas qui tournent sur la table. Toutes les conditions sont réunies pour passer une très chouette soirée. Le lendemain, après le petit déjeuner, il est déjà temps pour nous d’abandonner la petite bande. Encore merci à Simon et Jeanne pour l’accueil, et à une prochaine !

    20 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Louis et Charlotte Pérot qui héritent de la cuvée Coup Franc de la part de Stéphanie Roussel, du Château Lassolle. Cette cuvée, qu’elle ne réalise que pendant les années qui s’y prêtent est issue de ses vignes centenaires de Cabernet-franc. On vous le donne en mille, un vin d’exception appelle un plat d’exception, donc nous, là-dessus, on propose un travers de porc noir de Bigorre confit, servi avec son jus et accompagné d’une mousseline de pommes de terre truffées.

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Louis et Charlotte Pérot, du domaine de l’Ostal dans les alentours de Puy l’Évêque, à une trentaine de kilomètres de Cahors. Le domaine est perché sur une colline ; donc, là encore, il faut le mériter pour l’atteindre. C’est ici qu’en 2015, après deux ans de recherche, ils se sont installés en reprenant une propriété de 20 hectares qui appartenait à deux frangins. Le tout était en ruine quand ils sont arrivés ; donc depuis maintenant 4 ans, ils retapent les bâtis et plantent des vignes et des arbres. Tout le bois qui est utilisé pour le chantier provient de la forêt qui entoure la propriété. Les animaux sont aussi les bienvenus, ici ; ils ont acquis des chèvres, des moutons qu’ils font paître dans les vignes et bientôt des chevaux. Enfin bienvenus… pas tous. Louis nous explique qu’il aimerait bien qu’il y ait moins de chevreuils. Chaque année, c’est entre 5000 et 10000 euros qui disparaissent à cause de ces gloutons. L’idée qui les animent, c’est de construire un petit éco-système en polyculture qui fonctionne bien ; une ferme telle qu’elles existaient dans le temps. En occitan il y a un terme pour ça : « Ostal », d’où le nom du domaine. C’est aussi une manière pour eux de faire un pied de nez à ceux qui pensent qu’on ne peut faire du vin que dans des châteaux. Autour de leur maison, sur des argiles rougeâtres, poussent 2 hectares de vignes. On trouve là des cépages bien originaux pour la région : du Mauzac, du Loin de l’Œil, du Chenin, du Pinot Noir et quelques hybrides. Ils possèdent en plus 1 hectare à Duravel et un autre à Prayssac, deux villages voisins. Louis et Charlotte sont ce que l’on pourrait appeler des néo-vignerons, puisqu’ils n’ont pas toujours été dans le milieu de la vigne. Louis a grandi dans la campagne en Charente. Quitter son monde rural fut un crève-cœur, mais c’était nécessaire pour exercer sa profession. Avant de changer de cap, il travaillait dans le monde du livre, à gauche à droite. Son coup de grâce, ce fut au moment de rejoindre Paris, où il travaillait comme libraire dans le XVe arrondissement. Après 2 ans dans la capitale, c’en était trop. Tant mieux, car c’est là qu’il rencontra Charlotte, qui ressentait le même besoin d’air champêtre. Originaire de Normandie, elle a travaillé pendant plus de 10 ans à Paris pour une maison d’édition. Les deux amoureux se sont mis en tête de bosser dans le vin, pour fuir la ville. Après des études à Beaune, ils font leur première cuvée en 2013 dans la région de Cahors. Leur installation là-bas tient au fait qu’ils connaissaient déjà le coin, et qu’ils l’aimaient profondément. C’est Simon Busser, vigneron nature à Prayssac, qui a fini de les convaincre de poser leurs valises ici, notamment en leur laissant une de ses parcelles. En ce qui concerne leur choix de faire du vin nature, c’est grâce au livre « Chez Marcel Lapierre » de Sébastien Lapaque que Louis a eu le déclic. Après une dégustation sur cuve dans son chai, il nous emmène dans sa cave où ses vins sont élevés en fût, à quelques kilomètres de la maison. C’est une ancienne carrière où il n’y a pas d’électricité. C’est au chandelier qu’on s’éclaire. En toute humilité, il nous demande notre avis sur tout ce que nous goûtons sur fût. À notre retour au domaine, nous sommes invités à manger avec eux, de superbes gésiers de canard et des côtes de blettes. Juste de quoi nous donner un peu de force pour les aider à installer des clôtures pour les canassons qui arriveront quelques jours plus tard, et pour reprendre la route. Encore merci à eux pour l’accueil et pour le repas.

19 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Stéphanie qui aujourd’hui reçoit une bouteille de Sauternes de la part de notre grand baroudeur Vincent Quirac du Clos 19bis. Pour nous, pas de doutes ! Pour accompagner ce magnifique liquoreux, on partirait sur une tarte au roquefort et au poires, pochées avec de la verveine. Et voilà un beau voyage au pays de la gourmandise que Vincent ne refusera pas.

 

 

Aujourd’hui, nous rencontrons Stephanie Roussel du Château Lassole au village de Romestaing, sur les hauteurs du marmandais. Et ça on peut témoigner, car pour venir lui rendre visite, ça monte sec ! Mais quand on y est, on ne regrette pas l’effort, car le paysage est magnifique, et il faudrait être fou pour ne pas s’arrêter chez Stéphanie. Son parcours est un long fleuve, très loin d’être tranquille. Normande d’origine, elle nous raconte que c’est son grand père et son oncle qui lui ont donné goût au vin. À 7 ans, on lui faisait déjà goûter des grands canons pour qu’elle s’affûte le palais. C’est pourtant vers des études de droit qu’elle s’oriente plus jeune, avant de basculer dans la finance. Mais dans ce milieu, elle ne tient pas en place et elle nous avoue que déjà à cet âge, elle rêvait de faire du vin. Elle finira par tout plaquer et faire des études d’œnologie. Sauf que notre Stéphanie, elle aime beaucoup trop faire la fête pour se lancer aussi simplement et rapidement dans la viticulture. A 28 ans, elle monte un bistrot à Bordeaux, le Terroir-Caisse. Blasphème au pays de l’aristocratie viticole, Stéphanie décide d’éliminer tous les Bordeaux de sa carte des vins et s’oriente d’emblée vers le bio, la biodynamie et le nature. Qu’à cela ne tienne, son bistrot cartonne et elle nous raconte même que Jean Dujardin comptait parmi ses clients les plus réguliers. Elle finit par fermer boutique et se lance pendant un temps dans le négoce. Sauf que voilà, vendre le vin ce n’est pas aussi stimulant que de le faire. En 2001, elle réalise son rêve pour de bon en devenant vigneronne. Mais en naviguant dans le monde du pinard, elle ne croise que des embûches : problèmes de santé, grêle, gel… le fleuve est décidément loin d’être tranquille. Et pourtant, son terroir est sublime, et elle connaît le métier comme personne, mais quelque chose dans le ciel s’acharne contre elle. Sauf que c’est son destin de ne pas baisser les bras, et nous, on y croit. Ses 9 hectares de vignes sont conduits en biodynamie, et servent de refuge pour les faisans du coin car ici, on ne chasse pas. Attablés sur sa terrasse, nous les entendons piailler alors que nous savourons les délicieuses choses que Stéphanie nous apporte. Il règne ici quelque chose de paisible et de mystérieux. Peut-être que le chêne tricentenaire qui se dresse devant la maison y est pour quelque chose. En tout cas, c’est ce que pense Stéphanie. Elle nous dit qu’il est essentiel dans sa vie, et qu’il apporte énormément d’énergie, aussi bien pour elle que pour ses vins. Car c’est très important qu’il y ait de l’harmonie et des bonnes ondes autour de son chai. Quand ses fermentations patinent, elle passe du Mozart en cave pour que tout rentre dans l’ordre. Venant d’elle, ce n’est pas étonnant ! c’est dans sa nature de pouponner tout le monde, et nous dans le lot. C’est pour ça que quand elle nous demande de lui rendre service en étant bénévoles au salon Renaissance qu’elle organise à Bordeaux, peu importe les difficultés, on y va. Et ça sera sans regret. Alors certes, on aura perdu un peu de temps sur notre voyage, mais dans le joyeux monde du vin nature, on a gagné une vraie maman. Encore merci mille fois à Stéphanie.

  16 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Vincent Quirac qui se voit offrir une bouteille de Médoc 2016 de la part de Didier Michaud, du domaine Planquette. Pour accompagner ce merveilleux pure-jus, on conseille un bon rôti de paleron de bœuf, mijoté en cocotte avec des légumes d’automne.

 

Aujourd’hui nous rencontrons Vincent Quirac du domaine Clos 19bis dans le village de Pujols-sur-Ciron, sur l’aire d’appellation de Sauternes. Il nous reçoit chez lui, dans sa toute nouvelle maison pour le midi, histoire de casser la croûte. Il nous a préparé un bon plat de pâtes avec des saucisses pour regagner des forces ; idéal dans ces circonstances ! Faut dire que Vincent, il s’y connaît plutôt pas mal niveau voyage, étant lui-même un grand baroudeur. Sa passion pour la vadrouille est probablement née quand plus jeune, il a acheté une Peugeot et conduit jusque dans le désert africain pour la revendre. Apparemment, c’est quelque chose qui se faisait pas mal à son époque. Forcément, dans la première partie de sa vie, c’est dans le tourisme qu’il roule sa bosse. Pendant presque 20 ans, il emmènera des groupes au Moyen-Orient et en Asie Centrale. Son petit coin de paradis, c’était le Yémen. Il nous en parle à la fois avec des étoiles dans les yeux, et des trémolos dans la voix en nous racontant la beauté et le folklore de ce pays et le chaos qui, tristement, y règne aujourd’hui. Au détour de la quarantaine, il décide de se reconvertir dans une autre voie. Il nous raconte qu’il était malheureux comme un chien d’abandonner ses enfants à chaque fois qu’il partait en voyage et qu’il lui fallait donc trouver un métier plus stable. Il pense d’abord au maraîchage et à l’ostreiculture, mais c’est finalement vers la viticulture qu’il s’engage. C’est son copain d’enfance, Patrice Lescarret du domaine Cosse-Marine à Gaillac qui l’a convaincu de se lancer dans le pinard. Vincent nous explique qu’ils se sont connus à l’école, chez les curés. Pendant 5 ans, il fait ses premiers pas dans les vignes et se forme à gauche à droite. En 2008 il se lance sur un coup de tête et monte son domaine en reprenant des vignes dans le Sauternais. Aujourd’hui, il exploite 2 hectares dont un planté en Merlot, Cabernet-franc et en Cabernet-Sauvignon en appellation Graves, et un planté en Sémillon, Sauvignon et Muscadelle pour faire du Sauternes. Le Sauternes, c’est probablement le vin liquoreux le plus connu du monde, que l’on produit avec des raisins atteints par la pourriture noble, un champignon qui concentre le sucre et l’acidité dans les baies. C’est pas ce qu’il y a de plus rentable, mais lui s’éclate à en faire. Il nous dit que chaque année, c’est une partie de poker avec le climat, et qu’à ce jeu là, on ne gagne pas toujours : en 2012, 2013 et en 2017, il n’en a pas produit, faute de récolte. Cette année, c’est plutôt bien parti. Autant ses vignes de Graves ont pris le gel en pleine poire, autant celles de Sauternes sont plutôt en forme. Le guide touristique qui sommeil au fond de Vincent n’est pas mort, puisque ce dernier nous emmène faire un petit tour en voiture et nous raconte toutes les subtilités des villages et des châteaux devant lesquels on passe. Il nous montre aussi chacune de ses parcelles, dont une qui ne sera bientôt plus menacée d’être remplacée par un lotissement. Un changement de programme de dernière minute nous amène finalement à rester ce soir en compagnie de Vincent, qui nous improvise un petit salé aux lentilles avec tout ce qu’on peut trouver dans le frigo. Cette soirée, on la passera à ouvrir des canons, à discuter de tout et n’importe quoi et à s’évader en musique sur des rythmes enjoués de Soul et de Rock’n’roll. C’est dans ces moments qu’on se dit que voyager, c’est quand même ce qu’il y a de plus beau, et ce n’est pas Vincent qui va nous contredire. Encore merci à lui pour ce fabuleux accueil.

 15 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Didier Michaud qui se voit recevoir une bouteille de Haut-Medoc 2016 de la part de ses copines Pascale et Laurence du domaine des Closeries des Moussis. Cette cuvée à dominante de Cabernet-Sauvignon, avec un léger élevage en barrique, nous on conseille de l’ouvrir pour accompagner un magret de canard avec une sauce au Porto et au romarin, accompagnée d’un écrasé de patates douces à l’huile de noix.

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Didier Michaud, du domaine de Planquette au fin fond du Médoc, dans le village de Saint-Yzan de Médoc. Planquette, c’était le nom de sa maman qui était fille unique. Nommer le domaine ainsi c’était lui rendre hommage et perpétuer son nom. Didier est originaire de la Courneuve en région parisienne et il est arrivé ici par un pur hasard en 1976, pour déménager un copain. Il n’est jamais reparti depuis. Il a posé ses valises dans ce village à 17 ans, a acheté une maison en ruine pour une poignée de Francs et, presque aussitôt, il a commencé à travailler comme ouvrier viticole et cantonnière. En l’espace de 40 ans, il est parvenu à retaper sa maison et à se faire un nom dans le coin. C’est en se remontant les manches qu’il a gagné le respect de ses voisins, en travaillant comme un acharné sur la voirie et dans les vignes. Didier, c’est surtout le grand témoin de tous les bouleversements qui ont pu avoir lieux ici. Il nous explique que, quand il est arrivé, tout le monde était en bio car la chimie n’existait pas. Dans les années 80, tout à changé pour le pire. Les œnologues et les produits phyto sont arrivés pour modifier à jamais le profil du vignoble et des vins bordelais. En 1981, il reprend 1,7 hectare de vignes et vend son raisin à la cave coopérative du village. Initialement, il voulait grandir et atteindre les 3,5 hectares mais Robert Parker, le célèbre dégustateur américain, est passé par là. Quand il a lancé la mode des vins issus de Cabernet et de Merlot, dans le style bordelais, le prix du foncier s’est multiplié par 10 faisant l’affaire des grands châteaux du coin mais pas des petits vignerons comme Didier. En 1998, il quitte la coopérative et produit ses premiers pinards en restant fidèle aux méthodes de viticulture et de vinification qu’il a découvertes en arrivant. Quand on évoque le sujet des vins nature, il nous arrête en nous disant que lui fait du vin, point à la ligne. Ceux qui rajoutent des levures, du souffre, des enzymes, du sucre et j’en passe, font des produits dérivés du vin, mais pas du vin au sens propre du terme. Il n’aime pas trop les étiquettes et les labels, car il n’est pas toujours d’accord avec les cahiers des charges et craint les imposteurs. Il s’est quand même certifié en bio en 1998, en voyant certains de ses voisins prétendre qu’ils travaillaient aussi en bio alors que ce n’était pas le cas. Mais on fait vite la différence en goûtant. Didier nous emmène dans son chai, qu’il a aussi retapé tout seul. Il nous fait goûter ses vins, qui sont d’une pureté et d’une profondeur incroyables. Son secret ? Ramener à la cave des très bons raisins, ensuite le vin se fera tout seul. Pas besoin de rajouter de produits de synthèse quand la matière première est au top. Mais pour avoir du bon raisin, c’est du travail. Du soir au matin, du matin au soir, Didier et sa femme Catherine pouponnent les vignes pour en tirer le meilleur. Ils nous proposent gentiment de rester chez eux ce soir. Catherine aussi est de région parisienne. Quand elle n’est pas occupée dans son magnifique jardin ou dans les vignes, elle se fait l’ange gardien de tous les chats du quartier. Le lendemain, nous partons tous les trois avec Didier dans les vignes, à vélo. En étant aussi proche de l’estuaire, il n’est pas menacé par le gel mais nous sommes dans une zone marécageuse et c’est donc le mildiou la réelle menace. Mais avec l’expérience, il commence à le connaître ce petit champignon, si bien qu’en 2018, contrairement à beaucoup de ses collègues, lui n’a pas été touché. Il nous dit que quand on travaille en bio, il faut toujours être en avance sur les autres, même si cela demande de travailler beaucoup plus. Et ça fait 40 ans que ça dure, les manches toujours retroussées. D’ailleurs, il nous quitte parce qu’il doit s’y remettre. Encore un grand merci à Didier et Catherine pour l’accueil, et pour tout ce qu’ils ont pu nous apprendre.

12 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Pascale et Laurence qui héritent de la cuvée Caprice 2016 de Yorick et Sophie, du domaine des Carmels.
Vous vous souvenez, ce chevreuil qui ne cessait de bramer et grappiller le raisin de Yorick ? Et bien nous, on le verrai bien finir en tartare, avec un peu de parmesan et d’olives noires, et là le Caprice, il irait nickel en accord mets et vin. A méditer.

 

Aujourd’hui nous rencontrons Pascale et Laurence du domaine des Closeries des Moussis, dans la commune d’Arsac au pied du Médoc. Cela fait maintenant 10 ans qu’elles sont vigneronnes ici, en ayant commencé avec une petite parcelle de 35 ares qu’un de leurs copains vignerons, Michel, du Clos du Jaugueyron, leur a confiée. L’originalité de cette parcelle, c’est qu’elle est plantée avec des vignes qui ont plus 150 ans et une palette de cépages hallucinante dont certains ont disparu, dans la région. Ce n’est pas un cadeau à travailler nous disent-elles, mais les jus sont hors du commun. Chaque année c’est un peu la bataille pour avoir l’appellation Médoc, mais elles s’obstinent, parce que, pour elles, cette parcelle c’est l’histoire avec un grand H. Pascale est de Charente-Maritime, le pays du Cognac. Œnologue de formation, elle sera restée plus de 30 ans au lycée viticole de Blanquefort, à enseigner le vin. L’avantage de ce travail, c’était d’avoir la liberté de tenter plein de choses sans prendre trop de risques. C’est là-bas qu’elle s’essaye pour la première fois aux cuvées sans souffre ajouté. Laurence, en contrepartie, est du Gers, le pays de l’Armagnac, et a suivi des études en agronomie, spécialisées dans la gestion de la biodiversité en milieu agricole. Pendant son cursus, elle avait beaucoup de cours sur le vin mais, pour autant, elle ne s’imaginait pas finir dans son milieu. C’est en rencontrant Pascale qu’elle est tombée dedans et n’en est jamais ressortie. Ensemble, elles s’installent en 2008 et se lancent dans le vin nature, le travail des vignes à cheval et, en 2011, dans la biodynamie. Avec tout ça, autant dire que dans la région, elles passent un peu pour des fofolles, ce qui ne leur cause pas de soucis pour autant. Ce qui, en revanche, leur cause des soucis, c’est le gel qu’on annonce ce week-end. Demain, nous irons avec elles déplacer les bougies qu’elles ont achetées pour les placer dans des endroits stratégiques, mais pour l’heure, on attaque l’apéro. Nos deux vigneronnes sont en lendemain de cuite donc, ce soir, on restera sage sur l’alcool mais, pour ce qui est de la nourriture, pas de pitié ! Elles nous apportent sur la table une profusion de merveilles, du grenier medocain, des huîtres, des bulots, des asperges et j’en passe. Après une soirée courte mais intense en discussions, chacun part se coucher dans son coin. Le lendemain, nous faisons le tour des vignes, et tout le monde se creuse la tête pour trouver des moyens, même farfelus, pour lutter contre le gel. Surtout on croise les doigts, on touche du bois et on implore le Ciel mais rien n’y fera. La nature peut vraiment être vache. On apprendra quelques jours plus tard qu’elles non plus ne seront pas épargnées ce week-end. On ne peut que les remercier encore pour leur gentillesse et pour ces bons moments passés ensemble, et leur envoyer, à elles comme à tous nos amis vignerons, plein de bonnes ondes pour la suite du millésime et leurs souhaiter bon courage évidemment.

10 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Yorick (accompagné de Quentin) qui se voit offrir une bouteille de « Grande Terre » de la part d’Antonin Jamois du domaine de l’Île Rouge. Ce pure jus de Merlot, bien tendre et droit comme un i, on se verrait bien l’accompagner d’un plat malgache en clin d’œil à Antonin. On nous souffle l’idée de le marier avec des « masikita », des brochettes de bœuf, marinées dans du gingembre, de la tomate, de la sauce soja, de l’ail (et du coca, si on est un vrai !), le tout accompagné de riz, évidemment.

 

Aujourd’hui nous visitons le domaine des Carmels de Yorick et Sophie Lavaud à Langoiran, dans l’Entre-Deux-Mers. Dès notre arrivée, nous sommes surpris par le cadre dans lequel ils vivent. Une magnifique maison et un chai en bois, qu’ils ont presque bricolé tous seuls, entourés de leurs vignes et de forêts. Un petit îlot en pleine nature. Quand ils sont arrivés ici en 2009, il n’y avait rien si ce n’est quelques vignes. En l’espace de 10 ans, ils sont parvenus à construire leur petit paradis, exploiter leurs 5 hectares de vignes, continuer leurs carrières respectives et élever leurs enfants. Carmels en hébreux, ça veut dire « jardin », un terme qui colle bien avec l’ambiance qui règne au domaine. Yorick est ingénieur agronome et œnologue. La plupart de sa carrière, il l’a passée à travailler dans le négoce, pour de grandes maisons bordelaises. Fils de médecin, ses parents ne voulaient pas spécialement qu’il marche sur leurs pas. «Le vin c’est la médecine de l’âme » disait l’autre ; c’est donc dans ce domaine qu’il décide de se lancer. Le bio pour lui c’était une évidence, surtout que ses vignes sont autour de sa maison et qu’il connaît bien les dangers des produits qui sont utilisés dans la viticulture chimique. C’est aussi un radical opposant du plastique; donc il essaye d’en utiliser le moins possible dans son travail. Sophie est bordelaise d’origine, et après avoir passé 3 ans au Québec pour étudier le commerce, elle voulait absolument rentrer au pays pour travailler dans le vin. Au domaine, elle s’occupe principalement de tout ce qui est commercial et administratif. En parallèle, elle a monté une boîte spécialisée dans la communication et le marketing pour la filière viticole. Ils sont tous les deux très au courant de ce qui se passe dans le bordelais, et ne sont pas très optimistes pour le futur du bio dans la région. «C’est là guerre » nous dit Yorick. Sophie nous propose très gentiment de planter notre tente dans le jardin ce soir, et de nous joindre à eux pour le repas. Deux couples de vignerons qui travaillent aussi en bio, dans le Blayais et le Sauterais, sont aussi de la partie. Ils partagent le point de vue de Yorick en nous expliquant que le label HVE (Haute Valeur Environnementale) monte en puissance et qu’il vient faire de l’ombre au label bio alors qu’il ne défend absolument pas les mêmes choses. Il faut dire que ce label, ça fait longtemps qu’on en entend parler et c’est un peu n’importe quoi. On nous a souvent expliqué pendant notre voyage que tu peux « faire péter le glyphosate à fond la caisse » et passer quand même HVE. Une triste ironie. Mais bon, on est aussi là pour profiter et le repas que nous prépare Yorick est excellent. Bien repus et bien imbibés, nous partons dormir sous un beau ciel étoilé. La nuit calme sera ponctuée par des rugissements d’un chevreuil en rut qui, quand il n’est pas occupé à bramer, fait des ravages dans les vignes de Yorick et Sophie. Après un gros petit-déjeuner en compagnie de la famille Lavaud, il est temps pour nous de continuer notre route. Encore un grand merci à eux pour leur accueil.

9 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Antonin Jamois qui hérite de la cuvée « À l’Ouest de mon Sud » 2016, de la part de Sylvain Jougla. C’est parce qu’il est du Languedoc et qu’il vinifie ses cuvées dans la région de Duras qu’il a appelé son pinard ainsi. Nous on conseillerait bien d’attendre au moins 2 ans avant de l’ouvrir, parce qu’on a vu comment il se bonifiait avec le temps et de le marier avec du homard, nappé d’une sauce beurre bergamote et accompagné d’un riz safrané.

 

Aujourd’hui nous rencontrons Antonin Jamois, vigneron au domaine de l’Île Rouge dans la ville de Lugasson, en Entre-Deux-Mers. L’île Rouge c’est un hommage à Madagascar où il aura vécu 6 ans de sa vie, avec sa femme et ses deux filles. Ingénieur agronome de formation, spécialisé dans les pays en voie de développement, il part en 2008, là-bas, pour travailler en aquaculture, dans une entreprise d’élevage de crevettes en bio. Pendant un temps, il se lance aussi dans le tourisme en retapant un hôtel dans le Nord-Ouest de l’Île où il donne aussi des cours de plongée sous-marine. C’est avec beaucoup d’émotion et de nostalgie qu’il nous parle de son aventure dans ce pays.En 2014, il décide avec sa famille de rentrer, à la fois parce que la vie devient compliquée, là-bas, et parce qu’il a l’opportunité de reprendre des vignes dans le bordelais. C’est bille en tête qu’il fait son retour en France, dans l’idée de faire du vin, un projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps. Le retour n’est pas si simple, en grande partie parce que les vignes qui lui étaient promises ne le sont plus. Des 6 hectares qu’il devait reprendre, il parvient à en récupérer 2 qu’il convertit aussitôt en bio. « Crever d’un cancer des testicules dans 30 ans, c’est pas trop son projet de vie » , nous dit-il. Son dada à lui, c’est le vin rouge et, qui plus est, issu de cépages rares. Autour du Merlot qui est très classique dans la région, il s’est lancé dans le sur-greffage (greffer sur des pieds existants des greffons d’autres variétés de raisins) afin d’exploiter des cépages originaux et presque disparus comme le Castets et le Mancin. Pour se mettre au blanc, il songe aussi à faire du Lauzet, un cépage du Sud-ouest. C’est sa façon à lui de rompre avec la tradition bordelaise des vins très standardisés. Ce sont des rencontres avec des vignerons comme Renaud Guettier (Grapperie, Loire) et Michel Favard (Château Meylet, Bordelais) qui l’ont mis sur la voie du vin nature. En plus des vignes, il possède aussi 5 hectares de blé qui sont utilisés par un de ses potes boulanger pour faire du pain bio. Avec Émilien, dit Milou, qui a récupéré une cave de sa famille pour créer une champignonnière, il forme le gang des 3 agriculteurs très branchés bio dans le coin. L’objectif est de monter peu à peu un collectif pour chambouler les mœurs de la région. Puisqu’il se fait l’heure de l’apéro, Antonin nous invite à venir le rejoindre chez lui. La maison qu’il habite fait partie d’une très grande propriété qui appartient à son beau père. C’est aussi à lui qu’appartiennent » les vignes et le chai où sont vinifiés les vins de l’île Rouge. Nous sommes rejoints sur la terrasse par sa femme et ses parents qui sont de passage dans le coin, ainsi que par la mère d’Antonin. Chez lui c’est « full-house »; donc il nous invite à planter notre tente dans une magnifique vallée en contrebas de la maison. C’est là-bas que nous rencontrons son beau père qui finit par nous proposer de dormir chez lui. C’est donc dans une magnifique demeure, de l’autre côté de la vallée, que nous finirons par reposer nos carcasses, cette nuit. Encore merci à Antonin, à sa famille et à Milou chez qui nous irons le lendemain casser la croûte.

8 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Sylvain Jougla qui hérite de la cuvée Envol de la part de Benoît Perissé du domaine Fontaine de Grives. Il s’agit d’un vin blanc, issu des cépages Sauvignon Blanc et Sémillon et élevé dans des barriques de Monbazillac. Pour changer un peu de tous ces plats de « viandards » qu’on propose habituellement, on a bien envie de suggérer des fallafels maison sur ce vin, avec une sauce tahini légèrement épicée au curry et servie avec des tranches de butternuts marinées dans de l’huile de sésame et grillées au four. On espère que ça vous plaira.


Petit clin d’œil à Tiphaine (www.studioetc.fr), c’est aussi elle qui s’est occupé de l’étiquette de Benoît.

Aujourd’hui nous rendons visite à Sylvain Jougla du domaine le Petit Clou des Vents dans le village de Loubès-Bernac. C’est ici qu’il est installé depuis 2010, sur les terres natales de sa femme où il exploite 4 hectares de vignes. Nous sommes dans l’aire d’appellation de Duras, mais Sylvain ne mange pas de ce pain là. Depuis 2013 il ne présente plus ses vins en appellation à force d’être retoqué, jugé coupable d’être vigneron nature. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’a pas le droit d’utiliser la mention « clos » dans le nom de son domaine ; donc pour taquiner l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine), il a décidé de s’appeler le Petit Clou. On est trop jeune pour comprendre, mais il nous explique aussi qu’à l’époque du Top 50, l’émission commençait toujours par «salut les petits clous ! ». Dès les premiers mots échangés avec Sylvain, on entend comme un air de méditerranée dans son accent, et pour cause, notre vigneron est originaire du Languedoc. Ses parents étaient tous les deux enseignants, mais la vigne a toujours été présente dans la famille. Pour tout vous dire, le cousin germain de son père était le propriétaire historique du domaine de Clairac, qui phénomène rare, travaillait en bio dès les années 60. Le vin, il pensait d’abord le vendre ; c’est pour ça qu’il est parti dans des études de commerce mais, très rapidement, il est passé de l’autre côté de la barrière. Il nous parle de son expérience au clos Marie, juste au pied du Pic Saint Loup qui, selon lui, a joué un rôle déterminant pour la suite de son parcours. C’est là-bas qu’il a découvert le vin bio et la macération pelliculaire. Cette méthode de vinification, c’est son dada. En bref, cela consiste à vinifier le vin banc de la même manière qu’on le fait avec le vin rouge, en laissant les peaux de raisin macérer avec leur jus. Le résultat, des vins blancs légèrement tanniques , avec une couleur beaucoup plus intense, s’approchant du orange. Après nous avoir fait goûter sur fût son millésime 2018, il nous ouvre des bouteilles de 2016, 2014 et 2012. À mesure que nous goûtons les vins de plus en plus vieux, nos yeux s’écarquillent. Son 2012, avec sa couleur ambrée et ses arômes de pommes compotées nous font presque douter d’où vient le vin. S’il n’était pas sec, on pourrait croire à un vieux Quart de Chaume de la Loire, et pourtant, nous sommes bien dans le sud de la France. Sylvain nous explique que c’est la raison pour laquelle il a incliné la rose des vents sur son étiquette : on a vite fait de perdre le nord nous dit-il. Le temps file, et Sylvain qui devait partir ce matin pour un salon est déjà bien en retard. Avant de s’enfuir, il nous charge de bouteilles. En plus des trois que nous avons ouvertes, il nous en donne une de plus pour pas qu’on meurt de soif sur la route. Notre passage au Petit Clou du Vent fut bref, mais intense en émotions et en surprises. Encore un très grand merci à Sylvain et à très bientôt !

03mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Grégoire Rousseau qui se voit offrir de la part de ses amis Sylvain et Aude du domaine de l’Astré une bouteille d’Edat d’Aur. En occitan, Edat d’Aur ça veut dire l’âge d’or, une couleur qui saute aux yeux quand on se sert un verre de cette cuvée et une matière qui saute au palais quand on en prend une gorgée. Ce Sémillon vinifié en macération pelliculaire, nous on se dit qu’il serait allé nickel sur la rouelle de cochon marinée au citrons confits, à l’ail et aux épices de Grégoire. Manque de chance, la bouteille n’était pas assez fraîche mais on s’en souviendra pour la prochaine fois !

 

 

En cette fin de journée, nous rencontrons Grégoire Rousseau, du domaine Coquelicot à Carsac de Gurson. Il nous accueille devant sa très belle maison avec son pote Jeremy. Aussitôt arrivés, aussitôt servis, nous commençons par boire un coup. Il se passe très peu de temps avant qu’il ne nous propose le gîte et le couvert. Ce soir pour le dîner, c’est une magnifique rouelle de cochon qui est prévue et nous sommes très vite rejoints par sa compagne, Géraldine ainsi qu’Aurélie, celle de Jeremy. C’est souvent comme cela chez lui. Il aime recevoir et faire la fête. On en attendrait pas moins d’un Auvergnat. Faire du pif, ce n’était pas forcément une vocation à la base mais comme, plus jeune, il aimait se « prendre des caisses » , cette voie s’est imposée d’elle-même. C’est vite devenu une passion pour lui. Il part étudier le vin en BTS viti-oeno à Mâcon et rejoint, suite à cela, le Médoc où il travaillera pendant 5 ans pour un vigneron conventionnel. Ayant vu les excès de la chimie et goûté beaucoup de pinard nature, lui vient l’idée de monter un domaine; le choix est vite vu ! En 2007, il s’installe dans la région de Bergerac et récupère 5 hectares de vignes. Depuis, le vignoble a un peu poussé pour atteindre 8 hectares. Les cépages sont majoritairement des rouges : du Merlot, du Cabernet-franc et de la Syrah ; mais il possède aussi une parcelle de vieux Sémillon. Originalité dans le coin, il a aussi planté du Riesling et souhaite se mettre au Pineau d’Aunis et au Sauvignon Gris. Dans ses petits plans, il se voit aussi commencer à travailler ses sols à cheval en utilisant le percheron de Géraldine qui, pour le moment, est plutôt un cheval d’équitation. Il n’est pas rassuré avec nos amis les équidés, mais il faut dire que c’est aussi dans sa nature à Grégoire de se faire peur. Aventurier dans l’âme, il nous raconte avoir déjà défié les montagnes de l’Annapurna et rêve secrètement de faire la Transatlantique en bateau. Pendant qu’on papote, la rouelle de cochon est tranquillement en train de dorer sur le feu. Grégoire nous prépare une magnifique marinade de citrons confits, d’ail et d’épices. Chaud devant, on va se régaler. Les magnifiques pinards de Grégoire sur la table sont vite rejoints par d’autres bouteilles de vignerons qu’on connaît bien, comme Olivier Bellanger et Côme Isambert, pour ajouter une touche de nostalgie à ce super moment que nous sommes en train de vivre. C’est le moment de faire le plein d’énergie parce que demain matin, au programme, on nous annonce que c’est un footing qui est prévu avec toute l’équipe. Même pas peur et même pas mal à la tête, nous on suit ! C’est frais comme des gardons que l’on peut se remettre en route pour de nouvelles aventures. Un grand merci à Grégoire pour l’accueil et à toute sa bande pour leur gentillesse !

01 mai 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », Sylvain et Aude se voient recevoir la cuvée en Saint Emilion Grand Cru du Château Fleur Garderose. C’est un super merlot/Cabernet Franc de 2014, vinifié par Christophe Pueyo. Pour un vin de ce standing, on conseille un joli magret de canard aux pruneaux, accompagné de pommes de terre salardaises. Et bon appétit bien sûr !

 

 

 

Aujourd’hui nous rendons visite à Aude et Sylvain, du domaine de l’Astré à Port Sainte-Foy. Astré ça signifie « destin » en occitan. C’est ce même destin qui les a réunis au pied de la Cordillère des Andes en 2011. Sylvain est bordelais d’origine, et depuis tout jeune, il se voyait devenir pinardier. Grâce à ses études en œnologie, il a été amené à beaucoup barouder : en Ardèche, en Afrique du Sud, en Australie et en Amérique du Sud. Il part étudier à Lyon en 2010 et découvre là-bas, avec sa bande de potes, le vin nature. Avant cela, il n’avait jamais eu autant d’émotions en buvant du pinard, nous dit-il. Pour Aude, c’est un peu différent. Elle a commencé sa carrière dans l’événementiel mais, elle aussi, avait une fascination pour le vin. En 2011, elle se lance dans un périple autour du monde pour rencontrer des vignerons. Au cours de son voyage, elle visite l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine. Et Paf, en pleine période de vendanges, les deux globe-trotters tombent l’un sur l’autre à Mendoza. Merci l’astré. Pour elle, le grand virage vers le nature, c’est en rencontrant Lionel du domaine Gauby dans le Roussillon qu’elle l’a pris. À leur retour en France, Aude se lance en tant que caviste à Bordeaux tandis que Sylvain rejoint un domaine dans le médoc. Mais bosser pour les autres, ça va deux minutes. Lui veut faire du pinard, et veut le faire comme il l’entend. L’accueil n’est pas très favorable dans le bordelais quand on est dans le vin nature, et Grégoire Rousseau, vigneron dans la région de Bergerac leur suggère de monter en Dordogne. C’est donc dans le coin, à Port Sainte-Foxy, qu’ils décident de poser leurs valises en 2018 et où ils exploitent aujourd’hui 8ha de vignes. Dans leur chai, une ancienne étable que Sylvain a retapée, nous goûtons tous les pinards, sur fût et dans leurs jarres. Tout est d’une pureté, c’est un régal. Et on est pas au bout de nos surprises, car c’est l’heure de déjeuner. Aude nous a préparé à chacun une magnifique assiette composée de lentilles, asperges, lard, carottes, accompagné d’un oeuf mollet. Pour le fun, on se déguste à l’aveugle un super pif de Clément Barraut dans la Loire. On est comblé, mais c’est pas encore fini. Après le repas, Sylvain nous emmène dans la petite forêt en contrebas de son vignoble. Le paysage est austral, on se 6thcroirait dans une jungle. Le secret de cette profusion végétale, c’est une source bien cachée que de nombreux géologues s’enquiquinent à chercher. Il est peut-être là le secret pour faire des pinards aussi bons. Il est temps pour nous de continuer notre petit tour. Un grand merci à tous les deux pour ce chouette moment !

  29 avril 2019

Aujourd’hui nous rencontrons Christophe Pueyo dans la ville de Libourne. Ça peut surprendre mais il y a bel et bien des vignes qui sont exploitées dans cette ville, au beau milieu des barres d’immeubles. On est d’ailleurs si surpris, qu’arrivés devant le domaine, nous nous demandons si nous sommes au bon endroit. Christophe commence par nous expliquer que ça n’a pas toujours été comme ça et qu’il faut s’imaginer qu’il y a encore quelques années, nous aurions été, ici, au milieu des vaches. Aujourd’hui c’est un peu moins bucolique. L’urbanisation dans les années 80 a amené son lot de problèmes, à commencer par les traitements qui sont plus délicats à réaliser, maintenant que le vignoble est entouré d’habitations, d’écoles, de gymnases… Christophe à beau être le seul vigneron en bio du coin, lorsqu’il pulvérise du cuivre pour lutter contre le mildiou, il est soumis au même regard que ses compères qui traitent avec des pesticides en tous genres. Il nous parle aussi de la pollution lumineuse, qui attire les papillons qui viennent pondre leurs larves dans les raisins. En dehors de ses 7 hectares de vignes citadines à Lilbourne, il possède aussi 14 hectares supplémentaires, autour de Blaye et dans l’Entre-Deux-Mers. Le pinard, il connaît bien ; cela fait bientôt 30 ans qu’il travaille dedans. Le gros de sa carrière, c’est dans le Médoc qu’il l’a faite à bosser pour des grands domaines de la région. En 2009, il décide de rentrer au bercail et de rejoindre son oncle au domaine familiale. Il représente la 5e génération à travailler au vignoble Pueyo, et son arrivé coïncide avec l’apport d’une touche de modernité : la conversion en bio. Pour lui, pas question de travailler autrement, surtout maintenant que le vignoble est entouré de maisons. Depuis, tout roule …où presque. Pendant que nous dégustons ses pinards, il nous explique être chaque année en conflit avec le syndicat d’appellation. Récemment, on lui a même reproché pour un même vin d’être trop réduit (pas assez oxygéné) et trop oxydé (trop oxygéné). Le bio-bashing bordelais de nouveau à l’œuvre ! Christophe nous admet que ce serait bien qu’il y ait plus de solidarité entre les vignerons bio du coin, car lutter tout seul c’est perdre à coup sûr. Une sacré injustice ! Quand le monde du vin et de la politique s’entremêlent, c’est l’écologie et le bon goût qui prend. Mais bon, il en faut plus pour abattre Christophe et ses pinards sont excellents, alors au diable les appellations. Encore merci à lui et à son oncle pour l’accueil.

27 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Valérie Godelu qui récupère une bouteille de Pineau des Charentes de la part de David Ramnoux. Ce Pineau des Charentes, c’est ¼ de cognac de 2017 et ¾ de moût de raisin de 2018. L’équilibre entre le sucre, l’acidité et l’alcool dans ce vin est absolument bluffant. Nous, on le suggère sans hésiter sur un foie gras poêlé avec des oignons confits au curry et flambé au cognac.

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Valérie Godelu, vigneronne au domaine des Trois Petiotes à Tauriac, à une cinquantaine de kilomètres de Bordeaux. Pourquoi les « Trois Petiotes » ? Parce que, quand elle s’est installée il y a dix ans, elle a commencé avec 3 hectares, 3 parcelles différentes, 3 cépages (Merlot, Cabernet-franc et Malbec) et parce qu’elle voulait rendre hommage à sa troisième fille qui venait de naître. Le pinard n’a pas toujours été une vocation pour Valérie. Son grand-père était chef d’orchestre; donc, gamine, elle rêvait de devenir une jazzwoman. Ses parents n’étaient pas de cet avis, et l’ont encouragée à emprunter une voie plus stable et rémunératrice. C’est dans la finance qu’elle roule sa bosse pendant les premières années de sa carrière, en conseillant des banques et des grands groupes à Paris. Mais un beau jour, elle en a marre, à la fois de son boulot et de la capitale. Elle profite alors de son congé maternité pour se former dans le vin à Beaune. Fine bouche et grande gourmande, elle a toujours été attirée par ce milieu. Dans l’aspect créatif et émotionnel du vin, elle trouvait le moyen de retisser un lien avec la carrière artistique qu’elle rêvait, plus jeune, d’embrasser. Dans le doute que Paris ne soit vraiment le problème, elle tente quand même, suite à sa formation viticole, de continuer sa carrière dans la finance, mais à Bordeaux cette fois. L’expérience dure 3 ans avant que de nouveau, elle ne jette l’éponge. Ce monde n’est pas pour elle et contraste beaucoup trop avec ses valeurs. Elle veut donner du sens à sa vie, et le vin nature semble être la réponse adaptée. En 2008, elle se lance pour de bon dans le pinard et récupère 3 petits îlots de vignes, entourés de tous les côtés par des vignerons conventionnels qui donnent à la coop du coin. Quand on lui demande si le voisinage pose problème, elle nous répond qu’ici, en Côte de Bourg, le bio-bashing est un sport. Lorsqu’elle a décidé de rejoindre une association anti-pesticide et de faire apparaître sur son étiquette les niveaux de sulfites dans ses vins, du jour au lendemain, son nom à disparu du registre de l’appellation. Depuis, elle soupçonne ses voisins de saboter son tracteur. Valérie regrette beaucoup qu’il n’y ait pas autant de solidarité entre les vignerons bio ici que dans les autres régions. À Bordeaux, tout le monde se met des bâtons dans les roues, alors que pourtant, elle aurait bien besoin d’aide. En 2016, quand une de ses filles est tombée gravement malade, pas un seul vigneron du coin n’a bougé le petit doigt pour l’aider. Ce sont des pinardiers des régions voisines qui sont venus à la rescousse. En 2017 et 2018, entre le gel et la grêle, elle a tout perdu, si bien que pour s’assurer de pouvoir sortir du vin cette année, elle a récupéré quasiment 5 hectares de vigne en location en plus des 3 hectares qu’elle avait déjà. Une telle surface demande un travail titanesque, et ici c’est très dur de trouver de la main d’œuvre qualifiée prête à travailler en bio. Dans le bordelais, quand on pouponne ses vignes, on passe pour un original. C’est donc toute seule qu’elle essaye, mais elle est consciente qu’elle n’en viendra jamais à bout. Alors nous forcément, en écoutant son histoire, on se dit qu’on resterait bien ici une journée de plus pour mettre un peu la main à la patte. Après avoir dormi dans son chai, le lendemain nous l’aidons à attacher les baguettes. En fin de compte, on passera plus de temps à piqueniquer dans les vignes, boire des coups et papoter qu’à travailler mais c’est déjà ça. Ce sera l’occasion pour nous de déguster ses magnifiques pinards, notamment sa cuvée « The dark wine of the moon », produite à partir de merlot atteint par de la pourriture noble. Un ovni sur la planète vin, mais un vrai régal. C’est bien imbibé que nous reprenons la route après une très belle journée passée aux Trois Petiotes. Encore merci Valérie !

25 avril 2019  

On continue dans notre série « passe le vin à ton voisin », et cette fois c’est David Ramnoux qui hérite de la cuvée « été indien » de la part de Jean-Guillaume Caplain, un superbe assemblage de Pinot Noir et Grenache. Un peu de justice dans ce monde, c’est Jean-Guillaume qui nous a fait découvrir les cognac de David. Sur ce pinard à la fois gourmand sur le fruit et complexe sur les épices, on se verrait bien l’ouvrir pour accompagner une belle souris d’agneau confite servie avec une poêlée de haricots coco et pleurotes. A table !

 

Ça y est, nous avons enfin quitté la Loire et nous voici plongés dans une nouvelle région, la Charente-Maritime. Dans le village de Mareuil, nous rencontrons David Ramnoux, vigneron et bouilleur de cru. Bouilleur de cru, késako ? C’est le statut qu’on donne aux personnes habilitées à faire des alcools distillés. Car David produit du Cognac, sur un terroir très particulier, celui des Fins Bois dans le nord de l’aire d’appellation. Il nous dit que c’est une zone qui produit les meilleurs Pineaux des Charentes (mélanges de cognac et de jus de raisin) et d’excellents cognac quand ils ont 20 ou 30 ans d’âge. Le profil de David est très atypique pour la région, et il le reconnaît lui-même. Dans un premier temps, il est l’un des deux seuls vignerons à pratiquer la biodynamie dans la région toute entière, et lui n’a pas surfé sur la vague. Non non ! son domaine est certifié depuis 1993. C’est son père qui a franchi le pas, et qui s’est fait aider par les meilleurs comme Paul Barre ou François Boucher pour en arriver là. La deuxième typicité, c’est que David fait de la vente en direct, et cela fait plus de 10 ans. Cela veut dire que, contrairement à ses collègues vignerons du coin, lui ne vend pas ses raisins à des grosses maisons; il fait son pinard et son cognac et les commercialise lui-même. Cela n’a l’air de rien, mais pour la région c’est vraiment étrange. Le dernier point qui le différencie des autres, c’est qu’il exploite une petite surface de 10ha quand la moyenne tourne ici autour des 18ha, qu’il travaille 8 cépages différents tandis que tout le monde ne plante que de l’Ugni Blanc et de la Folle Blanche et qu’il ramasse tout à la main. Mais lui il s’en fout d’être différent, tout ce qu’il veut c’est faire un produit au top, que ses clients aiment boire. C’est devant son magnifique alambic, qui date du début du 20e siècle qu’il nous explique tout le procédé pour faire son cognac. La base, c’est quand même d’avoir un bon raisin, et la biodynamie pour lui c’est le meilleur moyen de s’en procurer. Après l’avoir vinifié, il le distille une première fois dans son alambic. Le résultat : un alcool qui titre à 30° mais qui reste neutre et sec. Il faut de nouveau le distiller, c’est l’étape de la « bonne chauffe ». Cette fois, l’alcool monte à 70°, mais on a la bonne base pour faire son cognac. La concentration est telle qu’il faut 8 litres de vin pour obtenir un litre de cognac, le reste s’est évaporé. Pour la suite du processus, il nous emmène dans sa cave où il élève ses vins en barriques. Le cognac doit être dans un premier temps mélangé avec de l’eau pour faire descendre le niveau d’alcool. Les producteurs dans le coin, pour la plupart, viennent ajouter du sucre pour donner de la rondeur, du caramel pour la couleur ou des copeaux de chêne pour accentuer le côté boisé du cognac, mais David n’est pas de ceux-là. Il veut un produit qui soit le plus pure possible. Il élève pendant un mois ses vins en futs neufs et poursuit sur des fûts plus anciens. Il nous invite dans son chai de dégustation pour venir juger du résultat. C’est un régal ! Au nez, son cognac est floral et en bouche, il se faufile dans le gosier sans nous laisser aucune sensation de brûlure. Il nous explique qu’il a beau être atypique dans la région, il est pourtant l’un de seuls à vouloir remettre au goût du jour le cognac que faisaient ses ancêtres au 19e siècle, ceux qui ont construit la réputation légendaire de cette eau de vie. Atypique peut-être, mais, de grâce, qu’il reste ainsi ! Encore merci David

24 avril 2019

Notre nouveau logo est arrivé

Et Paf, parce que les dessins d’enfant de 5 ans ça va 2 minutes, voici notre nouveau logo. Chaud devant, on est des pros maintenant !
Un grand merci à Tiphaine Pierlot, hésitez pas à jeter un œil sur son site: www.studioetc.fr

 

 

 

 

21 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », cette fois c’est Jean-Guillaume Caplain qui hérite de la cuvée « Suspension » de la part d’Olivier Bellanger. C’est un rouge à base de Gamay, bien fondu sur les arômes d’épices et de fruits confits. C’est Olivier qui nous suggère de l’ouvrir sur un tajine d’agneau au pruneau et à la cannelle. C’est pas à Jean-Guillaume, notre mordu d’épice, que ça va déplaire.

En cette fin d’après-midi, nous rejoignons Jean Guillaume Caplain, vigneron au domaine de Peau-Rouge. Nous le retrouvons au lieu-dit Champhlé dans la ville de Monthou-sur-Cher, un petit coin de paradis au milieu de la forêt où il a décidé de planter un petite parcelle de Pinot noir. Le hic, c’est que du haut de leurs 7 années, ses vignes n’ont jamais pu donner correctement. A chaque millésime son problème: mildiou, gel, chevreuils trop gourmands… si bien que notre pauvre Jean-Guillaume est obligé d’acheter du raisin pour produire du pinard. Mais lui le fait dans les règles de l’art, chaque année il descend en Ardèche voir ses amis du domaine des 2 Terres et fait remonter de chez eux de la Syrah, de Merlot et du Grenache issus de l’agriculture en biodynamie. C’est ce qui nous amène à goûter des cuvées bien originales, qui mélangent les genres par exemple sur des assemblages de Grenache du Sud et de Pinot Noir du Nord. Mais le mélange des cultures, faut dire aussi que c’est un peu son dada. Avant d’être un passionné de pinard, Jean-Guillaume c’est surtout un grand cinéphile, et c’est dans ce domaine qu’il à commencé sa carrière. À 23 ans, suite à ses études il devient assistant-réalisateur au Canada. Il n’en rentrera que 15 ans plus tard. Pendant cette période, il réalise plusieurs film à gauche et à droite mais celui qui semble le plus l’avoir marqué c’est « l’Ultime Marche », un documentaire engagé au sujet d’un petit groupe de Crie, une communauté indigène du Nord du Canada, qui se lance dans une dernière expédition sur leurs terres ancestrales avant que celles-ci ne soient inondées pour la construction d’un barrage hydroélectrique. Au cours de ce tournage, à maintes reprises il aura frôlé la mort et connu des moments difficiles, mais il en garde tellement un bon souvenir qu’il a décidé au travers des noms de son domaine et de ses cuvées de faire honneur à son passé dans le grand nord américain. C’est un long chemin sinueux qui l’a amené à rentrer en France et se reconvertir dans le vin, mais c’est une décision qu’il ne regrette pas. Le cinéma, il ne l’a pas lâché pour autant puisqu’il à continué à y travailler en parallèle de son activité viticole. Il songe d’ailleurs à réaliser un documentaire sur une famille de vignerons voisine de son domaine. Mais pour le moment, Jean-Guillaume n’a pas la tête à ça, il est très préoccupé par le gel qui menace de frapper dans le week-end. Lui n’a pas d’éolienne ni de bougie, c’est avec les moyens du bord qu’il va lutter. Pendant une petite heure, nous allons l’aider à piocher dans sa parcelle et enlever des touffes d’herbes au pied des vignes. Quand elles sont trop hautes, elles accumulent de l’humidité et amplifient les dégâts créés par le gel. Pour nous remercier, il nous invite à manger et dormir chez lui. Le cinéma et le pinard ne sont pas ses seules passions, la cuisine l’est aussi. Il nous raconte qu’il s’est récemment aventuré dans le Cachemire en pleine période de guerre civile uniquement pour pouvoir y récupérer du safran. Ensemble, nous préparons un risotto aux champignons et à la pintade. Ce que nous mangeons, buvons, la musique que nous écoutons, tout est parfait et le temps d’une soirée, dans une innocente sérénité, on oublie un peu le gel. On apprendra plus tard que la malédiction s’est de nouveau abattue sur lui ce week-end. Une terrible injustice, pour un vigneron aussi passionné et passionnant. Encore merci Jean-Guillaume pour ton accueil, et cette merveilleuse soirée.

  20 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », nous continuons avec Olivier Bellanger qui reçoit aujourd’hui la cuvée La Tesnière de la part de Pierre-Olivier Bonhomme. Ce dernier nous en a filé deux, un 2006 et un 2015, et c’est suite à un plouf-plouf très protocolaire qu’Olivier hérite du plus vieux d’entre eux. Ce pinard, issu du cépage Sauvignon nous on se plairait bien (après avoir englouti le 2015) à l’ouvrir sur une sole meunière, avec des belles asperges de la vallée du Cher, enrobé d’une sauce hollandaise au citron vert. Voilà.

 

Aujourd’hui nous rendons visite à Olivier Bellanger, du domaine de la Piffaudière à Monthou-sur-Cher. Nous le rejoignons devant son tout nouveau chai, d’à peine deux ans d’âge. Pour nous, la plus grosse surprise est de réaliser que le nom du domaine n’est pas un hommage au pif, mais en réalité le nom du lieu-dit. Olivier nous explique qu’il y a plusieurs hypothèse pour l’origine de ce mot, mais que le vin n’a rien à voir là-dedans. Il commence par nous emmener dans ses vignes, en contrehaut du domaine, ce qui nous offre une vue magnifique de la Vallée du Cher. Ensuite, nous partons dans un autre périmètre qu’il appelle le Bloc, parce qu’il y possède plusieurs parcelles les unes à côté des autres. En tout, il exploite 11ha, mais il ne rechigne pas à en acheter toujours plus, quitte à les échanger avec des copains. C’est toujours ça de moins pour les conventionnels du coin. Aujourd’hui c’est branle-bas de combats, ils annoncent du gel pour demain matin donc il nous montre ses éoliennes qui, il l’espère, feront une différence. En ce moment, elle tourne tous les jours, et certains voisins commencent à se plaindre du bruit. Le gel devient vraiment problématique dans la région, car ces 4 dernières années, ils ont déjà été touchés 2 fois. Il nous raconte que les anciens, pour la plupart, ne rencontraient ce problème pas plus de deux fois dans leurs carrières. Il parle en connaissance de cause, puisque son grand-père et son oncle étaient vignerons. Lui est fils de boulanger, mais la vigne a toujours été une vocation. Entre 2000 et 2005, il découvre la viticulture biologique auprès de Philippe Tessier, vigneron à Cheverny qui lui inculque l’importance du travail des sols. En 2008, il se jette dans le bain et s’installe en reprenant une partie des vignes familiales, qu’il convertit au bio presque aussitôt. Il exploite une large palette de différents cépages, c’est sa manière à lui de s’éclater dans son travail. Les vins, il les aime droits donc il n’hésite pas à rajouter un peu de souffre quand nécessaire. Pour autant, il aime la fantaisie et les surprises, ce qui nous amène à goûter des vins de cépages sur des aromatiques bien différentes de ce dont on a l’habitude. Après avoir longuement papoté, il est temps pour nous de continuer notre aventure. Généreusement, il nous offre une bouteille pour nous souhaiter bon voyage. Un joli geste d’une bien bonne personne. Encore merci Olivier.

12/04/2019

 

  20 avril 2019

Aussitôt l’apéro fini chez Pierre-Olivier Bonhomme, nous partons dans le bâtiment d’en face avec Jeremy Choquet, qui vinifiait cette année son premier millésime. Jeremy, on l’aura vu partout depuis qu’on est dans le coin : chez Thierry, chez Hervé et évidemment chez Pierre-Olivier. Toujours dans les bons coups. Dès le départ, il nous avait invités à venir déguster ses cuvées. Donc nous y voilà! Son chai est un ancien magasin Gamm Vert qu’il a tout retapé pour en faire une cave fonctionnelle et très belle. On constate à notre arrivé des petits dessins ici et là, parce qu’au-delà de faire du vin, il se plaît aussi à dessiner. Sans le savoir, on en avait déjà vu de ses créations, au domaine Artanuli Gvino en Géorgie. Ce sont toujours des animaux qu’il représente et pour cause, il aime ça, la nature. Plus jeune, il faisait parti d’un club nature auquel son père appartenait aussi, ce qui l’a amené à visiter pas mal d’endroits en Europe pour observer les animaux, comme la Roumanie dont il nous parle avec des étoiles dans les yeux. Il connaît tous les oiseaux sur le bout des doigts. C’est cette sensibilité pour la nature qui l’a poussé à vouloir travailler avec des produits organiques et s’orienter sur le bio. Il s’était aussi essayé dans la boulangerie et dans le chanvre textile, mais aucune de ces deux expériences n’a été concluante. C’est en 2009 qu’il découvre le métier du vin, auprès de Pierre-Olivier Bonhomme pendant les vendanges et, déjà à l’époque, ça le travaille. Sa compagne Blandine, c’est pareil. Ancienne fonctionnaire dans le social, elle est touchée par le virus du vin et part se former à l’école d’Amboise et en stage chez Thierry Puzelat. Elle part aussi dans le Beaujolais et en Géorgie pour apprendre comment on fait le pinard ailleurs, et découvre, là-bas, beaucoup sur le vin nature. En 2015, Jeremy récupère 2,5ha de vignes, mais il vend ses récoltes à Pierre-Olivier. C’était le temps qu’il fallait à Blandine pour se former, mais, depuis 2018, ils sont opérationnels. La répartition des tâches est très précise. Jeremy a la main verte et il aime beaucoup trop la nature pour s’enfermer dans un chai. C’est donc lui qui s’occupe des vignes tandis que Blandine est beaucoup plus à l’aise avec la vinification. Alors c’est elle qui prépare le vin. Tous les deux, ils travaillent du Pinot Noir, du Côt et du Gamay en rouge et, à partir de l’an prochain, du Sauvignon en blanc. Tous les vins sont faits en mono-cépage, et diantre, qu’ils sont bons ! Tout est d’une pureté folle et le fruit s’exprime si bien que c’est presque difficile à croire que c’est leur premier millésime. D’autant plus fou qu’au moment des vendanges, Blandine était enceinte. Et oui, car les deux amoureux viennent tout juste d’avoir une petiote, comme si l’histoire n’était déjà pas assez belle. Et là encore, Jeremy a des étoiles dans les yeux quand il en parle. Après avoir longuement papoté, il nous conduit discrètement chez lui pour une dernière délicatesse, un verre de gnôle maison. Au choix, pèche ou marc de raisin. Un dernier coup de pouce pour faire un beau dodo. Encore merci à lui et Blandine pour l’accueil. On vous souhaite à tous de découvrir ce couple de vignerons en herbe, et de déguster leurs pépites qu’on vous recommande chaudement.

19 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Pierre-Olivier Bonhomme qui hérite de non pas une mais deux bouteilles de Pet Nat qui viennent à peine d’être dégorgées, de la part de notre ami Hervé Villemade. C’est la cuvée
« what’s up » en blanc et en rosé. Des bulles tutty fruty avec un peu de sucre résiduel qu’on
conseillerait sans hésitation pour accompagner un dessert, une tarte fine aux pommes pour le blanc et aux fruits rouges pour le rosé. Pourquoi faire compliqué ?

En cette fin d’après-midi, nous rejoignons Pierre-Olivier Bonhomme, vigneron à Monthou-sur-Bièvre, toujours dans le Loire et Cher. Il fait partie de la petite bande des vignerons nature du coin, et pour cause, c’est ici qu’il a découvert ça à l’âge de 17 ans en venant faire les vendanges chez Thierry Puzelat. Lui vient du nord du département, la Sologne, une région où l’on chasse plus que l’on ne fait du vin. Son père était agriculteur. C’est donc peut-être ça qui lui a donné la main verte. Après de courtes études à Ambroise en viti-oeno, il rejoint le domaine du Clos du Tue-Bœuf et s’associe avec Thierry Puzelat pour produire du pinard et s’installe dans un chai à proximité du domaine. Nous sommes en 2009, il n’a que 22ans. Depuis, il a légèrement migré dans le village d’à côté pour investir un entrepôt qui deviendra son nouveau chai, beaucoup plus spacieux et adapté à sa production. Mais même ici, l’espace semble manquer. Les barriques sont empilées les unes sur les autres en formant des pyramides qui atteignent plusieurs mètres. La moindre manipulation est un casse-tête chinois. Alors imaginez vous devoir toutes les remplir individuellement chaque semaine pour combler « la part des anges », le vin qui s’évapore et crée un espace propice à l’oxydation. Il faut dire que le Pierre-Olivier exploite 8ha de vigne et qu’il fait du négoce de raisin qu’il achète à Vouvray, dans le Muscadet ou Pouilly-fumé. Donc de l’espace, il n’y en a jamais assez. Après une dégustation sur fût, vient vite l’heure de l’apéro. Avec nous, il y a un premier Jeremy qui l’aide dans son travail, et un deuxième Jeremy, vigneron dans le coin qui a profité de l’occasion de notre venue pour se joindre à nous. C’est l’occasion pour nous de les écouter raconter leurs anecdotes de vendanges, qui sont toujours bien folkloriques dans le coin, et parler de sujet beaucoup plus sérieux comme le gel, qui menace de frapper de nouveau ce week-end. Mais nos trois vignerons ont quand même « la banane », et ça c’est vraiment cool. Avant de rentrer chez lui, Pierre-Olivier nous montre un espace au dessus de son chai où nous pourrons passer la nuit ce soir. Et en plus, après tout ce qu’on a bu il nous offre encore une bouteille. Jeremy N°1 y va aussi de sa bouteille et nous offre un Pet’Nat à base de baco, un truc rarissime. On est vraiment gâté, cette nuit encore on sera au chaud et bien imbibés. Que demande le peuple ? Encore merci à eux !

  18 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Hervé Villemade qui reçoit la cuvée « la Guerrerie » de la part de son pote de longue date, Thierry Puzelat. Un rouge profond à partir des cépages gamay et Côt qu’on se plairait bien déguster avec un plat bien du coin. On est pas loin de la Sologne donc on partirait bien sur de la viande de chasse. Donc on a cas déboucher le jaja pour accompagner une petite perdrix aux raisins et champignon des bois accompagnée de pomme de terre à la braise. Et non appétit bien sûr.

 

Aujourd’hui nous rencontrons Hervé Villemade, vigneron à Celletes dans le Loir et Cher. Ce qui nous frappe en arrivant, c’est la beauté de son chai avec toutes ses photos le long des murs et sur les cuves. C’est un photographe qui est venu les prendre pendant les vendanges et il a fait un très bon boulot pour en immortaliser le meilleur du meilleur. Dans la cour s’élève aussi une très jolie statue qu’un artiste et ami d’Hervé, aujourd’hui décédé, lui avait vendue. Depuis, c’est la mascotte du domaine et on peut la retrouver sur les étiquettes des bouteilles. Lorsque Hervé nous rejoint, nous commençons par faire un petit tour du propriétaire. Il nous explique que le chai fut construit en 2010 et il nous montre la pièce où sont élevés les vins. Ici aussi on s’éclate avec les contenants : des amphores, des cuves en bois, en béton, en inox… et avec les cépages : Sauvignon Blanc, Sauvignon Gris, Chardonnay, Menu-Pineau, Chenin, Romorantin pour les blancs et Pinot Noir, Gamay et Côt pour les rouges. Après notre petite ballade, une fois n’est pas coutume, nous rejoignons le staff du domaine avant de déjeuner pour boire un coup. L’équipe n’est constituée que de petits jeunes, et tout le monde a la patate et plein de super histoires à nous raconter. Après un bon repas qui nous a rassasiés, Hervé nous propose de faire un tour dans ses vignes. Il en possède 20ha; donc, il y a un peu de route pour voir toutes ses parcelles qui sont pourtant aux alentours du domaine. On grimpe dans sa toute nouvelle voiture, une magnifique auto-lib parisienne qu’il a achetée d’occasion. La grande classe, et encore un moyen pour nous de réduire notre empreinte carbone du jour. Sur le chemin, il nous explique que le domaine fut créé par son grand-père, qui en plus de la vigne, élevait des vaches, des lapins et cultivait des céréales et des asperges. Petit à petit, l’activité principale du domaine ne se résumera plus qu’au travail de la vigne. Hervé, après s’être formé à Amboise en viticulture ne revient qu’en 1990 au domaine qu’il reprend en 1995. En l’espace de 4 ans, il convertit le domaine en bio et commence à vinifier ses premières cuvées sans sulfites ajoutés. Au-delà de la question éthique et du goût qu’il préfère, il y a surtout une explication plus rationnelle : il est allergique au souffre. Et c’est véridique. On nous a raconté que, récemment sur un salon, il s’était mis à gonfler et à devenir tout rouge après avoir probablement goûté un pinard sulfité. Donc, comme son bon pote Thierry Puzelat, lui aussi est devenu un précurseur du vin nature dans la région. Mais nous, ce que nous retiendrons le plus, c’est la super ambiance qu’il à su créer au sein de son domaine. Si bien que, contrairement à beaucoup de vignerons, lui n’a jamais de problèmes pour trouver des vendangeurs. Ce sont eux qui viennent à lui. On y aura goûté un peu à cette ambiance aujourd’hui, et ça aussi, on vous le confirme, c’est véridique. Encore merci à lui et à toute son équipe.

17 avril 2019

On continue notre série de « passe ton vin à ton voisin » avec la cuvée « Intrasèque», un magnifique Chenin d’Arnaud Reignoux qui finit aujourd’hui dans les mains de Zoé Puzelat. On sait que notre Arnaud à le pied marin; donc on va lui faire honneur et marier sa cuvée avec des noix de Saint-Jacques lardées cuites à la plancha, accompagnées d’un pesto d’algues. Qu’en dites vous ?

 

 

   

C’est sous une pluie battante que nous rejoignons aujourd’hui Thierry et Zoé Puzelat du domaine du Clos du Tue Bœuf aux Montils, à quelques kilomètres de la ville de Blois. Le nom du domaine fait référence à une parcelle historique qu’ils exploitent. Historique car ils y ont retrouvé des vestiges gallo-romains, et tout porte à croire qu’il s’agissait d’un lieu de sacrifice. Thierry est bien occupé; c’est donc Zoé qui prend en charge notre visite. Elle commence par nous montrer les infrastructures, des bâtiments tout neufs qui ont bien changé depuis l’époque de leur construction par le grand-père de Thierry. Les vins sont élevés dans toute forme de contenants, notamment des amphores italiennes (dolia), espagnoles (tinaja) et géorgiennes (qvevri). Cet échange de culture ne vient pas de nulle part, car en plus de faire du pinard et du négoce, chez les Puzelat on importe aussi des vins nature d’un peu partout (Espagne, Géorgie, Italie, Slovénie, Chili… etc). Nous rejoignons toute l’équipe qui vient de débaucher pour boire des coups avec eux. Thierry nous a réservé une petite surprise : dans une carafe, il a décanté un Château Ausone 1970 qu’il à récupéré à une vente aux enchères. C’est l’occasion pour nous de papoter un peu avec lui de son histoire. Il est issu d’une famille de vignerons ; donc pour lui, la voie était déjà tracée. Le nature, il le découvre dans les années 90, dans l’un des berceaux français, le Beaujolais, auprès des papes du coin : j’ai nommé, Marcel Lapierre et Jean Foillard. Suite à cela, il rejoint la Tour du Bon à Bandol, qu’il aide à se convertir en bio et chez qui il s’essaye avec ses premières cuvées sans souffre. C’est un succès ; donc, quand il revient chez lui aux Montils, il rejoint son frère Jean-Marie au domaine et ils deviennent les pionniers dans le coin du vin nature. Depuis, l’aventure dure et les surfaces ont bien grandi mais son frère à jeté le tablier pour profiter de sa retraite. C’est donc Zoé qui est rentrée au bercail pour filer un coup de main à son père. Un nouveau défi pour elle, qui était déjà de tous les combats, de Notre-Dame-des-Landes à Bures, en Lorraine. Au cours de cette soirée, nous aurons tout le luxe d’en parler avec elle et Adrian, brasseur en herbe qui vient aider au domaine quand il le peut. Zoé nous gâtés en ouvrant des très bonnes quilles pour animer les conversations. C’est autour d’un Clos du Tue Bœuf 2009 que nous discutons avec son père d’un autre type de lutte, celle qui consiste à protéger nos appellations. À une époque où de plus en plus de vignerons nature leur tournent le dos, lui considère qu’au contraire, il est important de se battre pour les conserver et les sauver des mains des gros industriels qui en font aujourd’hui ce qu’ils veulent. Un point de vue intéressant qui méritait d’être souligné. Il est bientôt 2h du matin, les paupières se font lourdes mais nos yeux vont vite s’écarquiller. Zoé nous ouvre la caverne d’Ali Baba, là où sont stockés tous les pinards étrangers qu’ils importent et nous donnent carte blanche pour ouvrir celles qu’on veut. La Slovénie, l’Italie et l’Espagne seront des nôtres ce soir. La soirée finira bien trop tard pour qu’on se souvienne de tout, mais une chose est sûre, c’était une très très bonne soirée. Encore un grand merci aux Puzelat, Père et Fille pour ce super accueil !

Quand le vélo rencontre le vignoble à Onzain Publié le www.lanouvellerepublique.fr

Alex et Max de Cyclovino, en compagnie d’Arnaud, ont admiré un cépage ancien ancètre du Gamay : dans le pot au premier plan, un Oberlin.

Mercredi 10 avril, Alex et Max de Cyclovino se sont retrouvés chez le vigneron Arnaud Reignoux à Veuzain-sur-Loire, après une rencontre dans un bar à vins naturels de Tours. L’aventure de Cyclovino, c’est d’abord l’histoire de deux meilleurs amis passionnés de vin, de cuisine et de voyage qui décident en 2018 de partir à la découverte des vignobles européens à vélo. Ces deux sommeliers ont parcouru depuis 9 mois l’Europe sur leurs vélos, ils s’arrêtent au gré de leur carnet d’adresses et du hasard chez des vignerons indépendants, amoureux du vin au naturel. Un retour aux sources et au respect de la nature pour Arnaud qui produit un vin naturel étiqueté Vin de France avec des cépages de Chenin blanc, Cabernet et Gamay. Une belle rencontre que celle de ces trois jeunes hommes qui ont en commun les mêmes valeurs et qui autour d’un verre de blanc de la cuvée L’intrinsèque ont parlé vins et vignobles. Comme le disent eux-mêmes ces cyclistes oenophiles : « Alors en route, allons voir et boire le monde ».
Pour suivre les aventures de cyclovino, une page Facebook : www.facebook.com/cyclovino/ Pour le vin c’est chez Arnaud Reignoux, 63, rue de Touraine 41150 Veuzain-sur-Loire.

14 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Arnaud Reignoux qui hérite de la cuvée « Chant de Tyr », un Cabernet-franc pouponné par Julien Prével. C’est près de ses parcelles, dans les alentours de Montlouis-sur-Loire que les policiers viennent s’entraîner au tir, et pour s’éclater (peut-être se moquer un peu), il a décidé de l’orthographier n’importe comment. Ce n’est donc pas un gendarme dessiné sur l’étiquette, mais une danseuse orientale pour faire honneur à la ville de Tyr, au Liban. Sur ce jaja, il faut pas se prendre la tête, on se dit qu’il est très bien passé sur les grillades qu’on à mangé chez Arnaud, notamment des très bonnes brochettes au cochon et au poivron. Pour peu qu’il y ait des policiers à table avec nous, on rigolerait encore plus.

Faite donc un tour à la Dame-Jeanne, chez Alex et Marie, un super bar à vin nature tout nouveau sur Tours. Promis, vous y croiserez plein de gens intéressants. Parmi la multitude des personnes que nous avons rencontrées quand nous y sommes allés, Arnaud Reignoux, vigneron à Onzain. Nous venons à sa rencontre quelques jours plus tard, et nous sommes agréablement surpris de retrouver chez lui une journaliste de la Nouvelle République, un canard local, qui nous pose quelques questions et prend des photos. On vous fera suivre l’article. Mais revenons à Arnaud, notre vigneron du jour. Fils de maraîcher dans la Sarthe, il ne se voyait pas faire un métier d’intérieur. Il à la main verte, et très tôt, à l’âge de 5 ans, il s’occupe de son premier potager. Ce n’est donc pas étonnant que dans les 14 premières années de sa carrière, en suivant les pas de son père, c’est dans les champs qu’il va travailler. Grandir et s’épanouir à la ferme, c’est quelque chose d’indescriptible pour lui, et une chance qui lui a permis notamment de développer un super odorat. Mais entre la terre et la mer, son cœur balance, et il choisit un moment donné dans sa vie de prendre le large. C’est dans l’ostréiculture qu’il va rouler sa bosse pendant quelques années, à Cancal dans le nord de la Bretagne. Il s’éclate à fond dans ce métier, et nous raconte même avoir un jour attrapé une huître de 1kg900. Imaginez un peu la bête ! Le problème néanmoins, c’est que dans ce milieu on ne devient pas autoentrepreneur; on est employé toute sa vie et ça, Arnaud ça le tracasse. Le vin nature, il l’a découvert auprès de Claude Courtois, une légende vivante dans la Loire et un des premiers à s’être converti au bio dans le coin. Déjà à l’époque, il s’était dit « le vin, je bosserai dedans ». Nous sommes en 2012, l’occasion s’y prête et il trouve un boulot près de Châteauneuf-du-Pape, dans le sud de la vallée du Rhône. Il n’hésite pas une seconde, et en l’espace de 48h, il passe du Mont-Saint-Michel au Mont Ventoux. Il fait ses premiers pas dans la vigne là-bas, au domaine de la Graveirette chez Julien Mus. Pendant 1 an, il en bave mais il prend son pied. Très rapidement, il revient dans la Loire, bosse à gauche et à droite pour des vignerons et en 2017, décide de monter son domaine dans la ville d’Onzain, le long de la Loire. Dans la maison qu’il récupère, il y a une cave dans le fond, avec un très vieux pressoir. Il ne faut pas être trop grand, la hauteur sous plafond ne dépassant pas 2m. C’est là caverne d’Alibaba, car en dehors des pinards qu’il élève ici et que nous dégustons, il y a toutes ses provisions. Il a compris qu’on était des gourmands, donc très généreusement, il nous offre de la rillettes, du pâté, du saucisson, des confitures et même du pinard, le tout concocté avec ses petites mains. Ça promet de sacrés gueuletons pour la suite de notre périple. En parlant de ça, il est l’heure de manger et pour continuer sur sa bonne lancée, il nous invite à nous régaler avec lui et sa femme, Monique, autour d’un barbecue. On se rince le gosier en buvant son pinard, qui est excellent et pour cause, il fait parti des rares à avoir pu bénéficier des conseils et des astuces de vinification du père Courtois. Quand on lui pose la question de si son cœur balance toujours entre la terre et la mer, il nous dit oui mais qu’il a déjà des idées en tête. Prochaine aventure pour lui, une installation dans le Muscadet, un vignoble auprès du quel il pourra aller naviguer en mer. C’est donc peut-être là-bas qu’on se reverra. En tout cas merci Arnaud. Merci pour tout.

13 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est cette fois une bière qui est échangée. Julien Prével hérite de la Boisson Sauvage, une bière lambic brassée par François Blanchard. Ce qui nous frappe dans cette bière, c’est son côté vineux et cette super belle acidité. De quoi se nettoyer le palais sur un tendre jarret de porc, confit à la bière brune comme on les trouve chez Christian au Palais de la Bière à Lyon.

Aujourd’hui nous rencontrons Julien Prével, vigneron à Montlouis sur Loire. C’est François Blanchard qui nous a conseillé cette adresse; donc pas d’hésitation, on y va. Nous le rejoignons devant son chai, creusé dans le tuffaut. C’est beau certes, mais c’est aussi dangereux. Il nous explique qu’il n’y a pas si longtemps, un pan de la cave s’est écroulé sur une de ses barriques. Plus de peur que de mal, le vin était intact. C’est qu’il est chanceux, le Julien aussi. Cette cave par exemple, on la lui a proposée, ainsi que quelques hectares de vignes, alors que la plupart des vignerons sont souvent amenés à lutter corps et âme pour un petit bout de parcelle. C’est Frantz Saumon, vigneron nature à Montlouis qui l’a lancé et beaucoup aidé à s’installer. Faut dire que c’est chez lui que Julien a découvert le monde du vin, en 2010 pendant les vendanges. Avant cela, il ne buvait que du mauvais pinard et se destinait à devenir prof d’histoire. Sauf que quand on ne se pointe pas aux exams, forcément c’est compliqué. C’est sur le tard qu’il a ressenti l’appel de la terre, et il pensait faire du maraîchage. Ça non plus, ça n’a pas marché. Après une petite formation dans le vin, il se dit que ce n’était pas mal comme voie. Il ne pensait pas forcément faire du bio mais le hasard lui a ouvert les portes de Frantz Saumon et, pour lui, c’était la révélation. Le sans-soufre, c’est aussi venu un peu par accident. En 2014, il s’installe et commence ses premières vinifications, sauf que sa machine qui est censée administrer des sulfites à la mise en bouteille tombe en panne. Qu’à cela ne tienne, on fera sans et ça dure depuis. Faut dire qu’il n’en pas besoin, tout ce que nous buvons chez lui est droit et très goûteux. Après une petite visite de la cave et une dégustation sur fût, on se dit qu’on mérite bien de boire des coups. Alors on se pose devant son chai, autour d’un tonneaux et on s’enfile des verres les uns après les autres. Malheureusement pour nous, c’est l’anniversaire de sa compagne et il doit la rejoindre au cinéma. Il ne nous cache pas qu’il serait bien resté s’enfiler quelques verres de plus mais le devoir l’appelle. Tant pis, ça n’est que partie remise.

11 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », cette fois c’est François Blanchard qui hérite de la cuvée Picasses de Laurent Lebled. Un pure jus de cabernet-franc, qui pousse sur sa meilleure parcelle. On veut faire honneur à l’histoire de Laurent, à son passé de bûcheron; alors, on se lance avec un accord sur une rable de lapin à la sauce forestière, accompagné d’une polenta légèrement snacké.

       

Il est 18h30, nous arrivons dans le village de Lémeré où, non loin de là, se trouve le château du Perron. C’est là que réside François Blanchard du domaine le Grand Cléré. Aussitôt arrivés, nous commençons par l’observer en train de préparer son pain qu’il a levuré avec des lies de vin et par ouvrir une petite bière lambic. Cette bière, c’est lui qui la brasse avec l’orge qu’il fait pousser derrière sa maison. C’est la parade aux mauvaises années qui ne donnent pas de raisin; il reste au moins la bière pour se consoler.
La polyculture, pour lui, c’est la clé d’un domaine qui marche, et le meilleur moyen de revenir aux fondamentaux de la paysannerie. Et il sait de quoi il parle car il représente la 5e génération à faire du pinard ici. Alors certes, les surfaces ne sont plus les mêmes. Le domaine, à l’époque de son grand-père, faisait 50ha. Aujourd’hui il n’en fait plus que 4. Mais c’est suffisant, surtout quand on veut faire du très bon vin, et voir ses enfants grandir.
Il est 19h; François nous présente à ses chevaux, Titan et Huguelin avec qui il travaille les sols. Autour, il y a plein de bêtes : des brebis, des oies, des poules, et un chat qui se comporte un peu comme un chien. Toute cette petite faune obéit au doigt et à l’oeil. Après avoir ouvert de nouveau une bière, il est temps de visiter le chai. Il est impressionnant, avec tous ses vestiges du passé. On touche le graal en goûtant sur fût et sur cuve des pinards hors du commun. C’est excellent, sans aucun pet de travers; et pourtant, François travaille avec aucun filet de sécurité : cela fait 12 ans qu’il n’a jamais mis une goutte de souffre nulle part. Il fait d’ailleurs parti des membres fondateurs de l’Association de vin nature S.A.I.N.S (Sans Aucun Intrant Ni Sulfite). Donc, pour lui, pas de compromis possible : un vin, c’est du jus de raisin fermenté et basta. Il est 20h, nous rejoignons Karine, sa compagne, qui nous a préparé un délicieux filet mignon avec des endives. On mange et on boit en papotant de tout et de n’importe quoi, dans cette pièce où se mélange le baroque et le rustique. Dans le fond, on peut apercevoir une tapisserie qui représente les scènes de vendanges. Il est probablement autour de 22h30. Nous retournons dans son caveau de dégustation et continuons à déboucher du vin qui vient d’ici et d’ailleurs. Un moment donné, il nous montre son cabaret : une pièce immense dans laquelle il organise des concerts et des événements. Souvent c’est lui qui joue avec des copains, parce qu’avant d’être vigneron, François était dans le monde de la musique. C’est après avoir fait une école de jazz professionnel et s’être lancé à la basse dans un groupe de musique qu’il a décidé, il y a 16 ans de mettre sa carrière de côté pour retourner au domaine familial et reprendre la vigne. Un retour qui ne se fut pas sans embuches, mais qui lui tenait beaucoup à coeur. Il est déjà 3h du matin et le vin coule toujours à flot. Il tourne le contact dans son camion et nous écoutons tous les trois les petits sons qu’il a réalisés en impro avec son groupe pendant les vendanges. La musique, chez François, c’est comme le pinard, à la fois très experimental, mais en même temps, si profond et si libre.
Il est bientôt 4h, on est toujours en transe après ce petit épisode musical mais on s’apprête à monter encore plus haut dans l’échelle du nirvana. François nous offre le privilège de gouter sur fût un pineau-d’aunis rosé, un truc si magnifique qu’il ne pense même pas le commercialiser. Son secret pour faire des vins aussi bons ? Prendre son temps, ne négliger aucun détail et avoir confiance en soi. C’est avec des étoiles dans les yeux que nous allons nous coucher dans le dortoir des vendageurs. Le lendemain, après une toute petite matinée à tirer les bois dans une parcelle derrière chez lui, il est déjà temps de partir. C’est dans ces moments-là et à travers ces rencontres qu’on mesure la chance incroyable que nous avons de faire ce métier. Encore un très grand merci à François et à très bientôt.

  9 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », Laurent Lebled se voit offrir une bouteille de Mathieu Vallée, du Château Yvonne. La cuvée parcellaire la Folie en 2016, un chouette Cabernet-franc juteux et goulayant qu’on appréciera en accord avec une ballotine de volaille lardée, accompagnée d’une petite sauce aux groseilles.

 

Aujourd’hui, nous rencontrons Laurent Lebled, vigneron à Savigny-en-Veron. Alors certes, la grande centrale nucléaire qui borde la ville ne vient pas embellir le paysage, mais avec un peu de curiosité, si vous venez toquer à la bonne porte, vous aurez des bonnes surprises et très loin d’être toxiques. C’est l’histoire qui est arrivée à des cyclistes du Loiret qui passaient par là, il y a 3 ans, et qui, le temps d’un après midi, ont découvert le vin nature, et qui ne s’en sont jamais remis. La raison ? Un vigneron, un gaulois du nature, isolé dans un village où les gens le regardent comme un fou. Il s’appelle Laurent Lebled. Les cyclistes qui passent aujourd’hui, c’est nous. Pas besoin de nous convertir au vin nature, ça c’est déjà trop tard ! Mais découvrir les magnifiques Pure-Jus de Laurent, c’est avec très grand plaisir. Il commence par nous montrer son chai; on goûte sur cuve des supers trucs, mais la vraie surprise vient ensuite. Il nous débouche des petites pépites qu’il nous fait déguster à l’aveugle. Du Menu-Pineau en macération pelliculaire (cuvée « Je t’ai dans la Peau »), un Cabernet-Sauvignon en macération carbonique de 2010, des véritables Ovni qu’on ne goûtera jamais ailleurs. Et pourtant, il revient de loin parce qu’il ne fait du vin que depuis une dizaine d’années. Gamin, il travaillait dans les champignonnières du coin avant de devenir bûcheron à l’âge de 17 ans. La filière du bois, il la connaît par cœur; il a roulé sa bosse là-dedans pendant presque 30 ans jusqu’à que le marché s’écroule en 2007. Il avait beaucoup de copains dans le vin, notamment Sébastien Bobinet, vigneron nature à Montlouis-sur-Loire. C’est lui, et Patrick Corbineau, un autre pinardier du coin, qui vont l’aider à se reconvertir dans le vin, à l’âge de 44 ans. Laurent, il n’a pas fait d’école; il nous dit que la meilleure formation c’est les copains. Mais ici, il n’en a pas beaucoup, et le plus gros de ses vignes est dans la vallée du Cher, à une bonne centaine de kilomètres de Savigny. C’est acté, il déménage cette année pour s’installer à Chatillon-sur-Cher, dans une région où le vin nature fait l’unanimité. Il va reprendre 10 hectares là-bas, et en laissera une partie à sa fille, vigneronne en herbe pour qu’elle se fasse la main. En Touraine, il ne va garder qu’une petite parcelle, Les Picasses, qu’il nous montre sur le chemin pour aller chercher le casse-croûte. Le terroir est parfait et le pinard goûte super bien, ce serait une folie de s’en séparer. De retour au domaine, on lance les hostilités : du pâté, des rillons, du fromage, de l’andouille, du jaja en veux-tu en voilà, et une petite goutte avant de repartir. Il nous avait raconté qu’il y a 3 ans, après leur visite, les cyclistes ne roulaient plus très droit. Cette année c’est pareil. Un très chouette moment, qu’on réitérera à notre retour quand on passera dans la vallée du Cher; c’est acté. Encore merci Laurent.

8 avril 20019

Suite de notre série « passe ton vin à ton voisin », Mathieu Vallée du domaine Château Yvonne se voit recevoir une bouteille de la cuvée « Vue sur la Loire » du domaine Bruno Dubois. Vous l’aurez compris, les parcelles de Cabernet-franc entretenues en biodynamie de Bruno donnent sur la Loire. Quel beau panorama ! On se verrait bien là-bas, étendre une nappe, et se faire griller sur des sarments de vigne une jolie côte de Bœuf et des poivrons pour accompagner cette cuvée en admirant, nous aussi, la vue en contre-plongée sur le fleuve.

Aujourd’hui nous rencontrons Mathieu Vallée du Château Yvonne, dans le village de Parnay. Ça tombe plutôt bien parce que, dans nos sacoches, on a une bouteille pour lui qu’on nous a donnée il y a 3 semaines. C’est donc ici qu’en 2007, Mathieu décide de poser ses valises pour reprendre le domaine qui jusque là était géré par Yvonne et Jean-François Lamunière. Son expérience dans le vin avant ? Plutôt maigre. Bien qu’issu d’une famille de vigneron à Saint-Nicolas-de-Bourgeuil, plus jeune, il ne nourrissait pas vraiment l’envie d’emprunter cette voie. C’est en tant qu’ingénieur logistique qu’il commence sa carrière, dans la région et puis à Paris. Mais comme quoi, on est toujours rappelé par ses racines à un moment donné dans sa vie et, pour lui, c’est à 28 ans que le déclic a lieu. Après une formation d’un an à Montreuil-Belay en viti-oeno, il fonce tête baissée et rachète le Château Yvonne un an plus tard. Les vignes étaient déjà en bio et pour lui, pas question de faire autre chose, ne serait-ce que pour sa santé et celle de ses consommateurs. Les premières années sont synonymes de dur labeur mais, à force de beaucoup de travail, il parvient à remettre le domaine sur les bons rails. Il nous explique que le pire dans la région, c’était l’état des vignes qui, pendant des années, ont été gavées au fumier de champignons pour faire de très hauts rendements, mais qui, par conséquent, sont bien fatiguées aujourd’hui. Faut voir que le fumier de champignons était aussi bien dilué avec un paquet de déchets, ce qui a probablement véhiculé des maladies. Mais le domaine et les vignes vont mieux, et c’est le principal. Il nous montre son tout nouveau chai qu’il est en train de construire, en bio briques et qu’avec des matériaux purs. Ça sera un peu moins folklorique que de vinifier dans sa cave troglodyte où la place et la praticité manquaient un peu. Elle est d’ailleurs bien belle cette cave, avec son vieux pressoir et son vieux fouloir du Moyen-âge. Pendant que nous dégustons ses vins sur fûts, il nous explique que, entre la première Guerre Mondiale et la reprise du domaine par les Lamunière, il n’y avait plus de vignerons ici. Quel dommage, quand on voit la beauté de l’endroit. C’est à l’entrée de la cave, dans une pièce magnifique ornée de vieux artefacts, que nous finissons la visite, en papotant et en dégustant les pinards de Mathieu. Une belle rencontre, des beaux vins! Nous sommes comblés de notre petit passage à Parnay. Encore merci.

7 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », Bruno Dubois se voit recevoir la cuvée « les Bois Guyon », une cuvée parcellaire de François Saint-Lô, un pur jus de Cabernet-franc sans aucun intrant. Nous, les vins vivants comme ça, on aime les ouvrir sur des plats qui nous font vibrer; donc on propose un médaillon de veau rôti avec une sauce forestière de shiitake (made in Puy-Notre-Dame) accompagné d’une potée de légumes bio à la bière brune, aussi bonne que celle de Robin, le forgeron de la rue des Belles Caves. Chaud devant !!!

 

Aujourd’hui, nous rendons visite à Bruno Dubois, vigneron à Saint-Cyr-en-Bourg dans le Saumurois. Nous arrivons en même temps que son importateur pour l’Australie ; plus on est de fous, plus on rit ! Bruno appartient à une grande famille de vignerons, très populaire dans le coin. Plus jeune, il bossait assez régulièrement avec son père ou avec son oncle dans les vignes. Grâce à des ficelles bien tirées, il a l’opportunité, dans les premières années de sa carrière, de travailler au Château Petrus et chez des très grands noms de la viticulture bio et nature : la Tour du Bon à Bandol, Marcel Richard à Cairanne et Marcel Lapierre à Villié-Morgon. Après avoir bien étoffé son CV pendant plus de 10 ans, il décide de retourner dans sa région natale pour s’installer en 2002. Peu à peu, il récupère les vignes familiales et s’installe en 2005 dans une bâtisse magnifique avec, en sous sol, vous l’aurez deviné, une magnifique cave troglodyte. La question du bio ne se pose même pas; il obtient sa certification en 2009 et, en 2015, sa certification en biodynamie. Il pousse même plus loin en développant dans ses vignes l’agroforesterie. Pour lui, faire pousser des arbres dans ses parcelles est une évidence, il faut en finir avec ces océans de vignes ; il y a de la place pour la polyculture et ça fait beaucoup de bien aux plantes puisque ça permet entre autre de diluer les maladies nous dit-il. En plus, ça change le paysage. Tous les vignerons du coin connaissent les parcelles de Bruno, parce qu’elles sont belles, surtout quand vient le printemps et que ses arbres fruitiers sont en fleurs. Ça ferait des bonnes confitures ; mais on lui souffle quand même l’idée de faire du cidre et du poiré, et l’idée à l’air de lui plaire. En plus de ses 11 hectares de Cabernet-franc et de Chenin, il exploite aussi 11ha de blé et compte aussi semer du sarrasin et des lentilles, le tout en Biodynamie évidemment. Et, dans son jardin, il a aussi un potager qu’il entretient avec son père en permaculture. Parce que son père a beau être un vieux de la vieille, il bosse toujours et pendant les vendanges, avec son équipe d’anciens, il s’occupe aussi d’une des parcelles de Bruno. Après avoir goûté à toutes ses cuvées dans sa cuisine, il nous emmène dans sa cave troglodyte et nous explique que, dans les cinq cheminées qui la composent, vivaient plusieurs familles dans le temps. C’est ici que Bruno élevait ses vins en barriques, mais aujourd’hui elles sont toutes vides et il ne sait pas trop quoi en faire. Cela fait 5 ans qu’il est passé sur l’élevage en jarres. Il s’empresse de nous les montrer dans son chai, un vieux bâtiment sur lequel est gravé le mot «Villa parisienne». Il n’a aucune idée d’où vient cette gravure, mais ce n’est pas grave; ça fait un très bon nom pour l’une de ses cuvées de Cabernet-Franc. Quand vient la fin de notre petite visite, très généreusement, Bruno nous demande : « Bon ! alors je vous donne quoi comme bouteille ? ». On ne sait pas trop quoi lui répondre ; donc, il nous en donne deux.
Bigrement sympa, le Bruno! On va passer une très bonne soirée grâce à lui. Encore un grand merci !

 

6 avril 2019

Aujourd’hui, nouvelle surprise de la part de François Saint-Lô. Nous rencontrons devant le 10 de la rue des Belles Caves, Côme Isambert, négociant à Saumur en vins, cidres et boissons pétillantes alcoolisées à base de fruits. Il nous a ramené plein de jus à goûter, et pas que du pinard pour nous changer un peu de notre petite routine. Son truc à lui, c’est de faire du vin mais aussi du cidre, du poiré et des boissons pétillantes alcoolisées nature avec plein de fruits. Dans nos verres, on retrouve de la pomme, des poires, du coing, de la framboise qu’il achète à des producteurs en Normandie, en Mayenne ou ailleurs. C’est tantôt très rafraîchissant, tantôt beaucoup plus complexe et le tout est vraiment très agréable à boire. En papotant avec Côme, on comprend peu à peu d’où vient cette originalité. Beauceron d’origine, il est fils de céréalier et se voyait bien travailler dans la foresterie. Au final, c’est l’agronomie qu’il choisit et part étudier à Montpellier. En véritable globe-trotter, avec un penchant pour les boissons alcoolisées, il cumule les expériences dans des pays divers et variés: la Bavière pour brasser de la bière et l’Autriche, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud pour le vin. C’est d’ailleurs là-bas qu’il rencontre la femme avec qui il partage sa vie aujourd’hui. En rentrant de tous ces voyages, son souhait le plus cher est de trouver un bout de vigne pour faire du vin. En 2013, il s’installe à Saumur et n’est pas loin de trouver des parcelles à Puy Notre-Dame mais il décide, à la place, de rejoindre le Clos Cristal, l’un des plus beaux domaines de la région. L’aventure dure 1 an, et doit s’achever, puisque le domaine ferme boutique. Avec François, les deux compères feront un boulot dingue pour sauver les jus du Clos Cristal qu’un œnologue mal luné avait condamnés à être vendus à une coopérative. Il reste encore un peu de jus disponibles de cette aventure, et diantre qu’ils sont bons ! Suite à cela, il reprend son activité de négoce à Saumur qu’il cumule avec un poste d’enseignant à Angers. Infatigable, il fait aussi du conseil en œnologie pour certains vignerons. Comprenez qu’avec autant d’activités en parallèle, c’est un miracle que nous puissions le rencontrer dans ces circonstances. Tout ce qu’il nous fait goûter est donc bien original, mais on peut déduire que son parcours, qui lui a permis de toucher à tout dans différents endroits, a du bien aiguiser sa curiosité et que c’est de cette curiosité que découle cette originalité. Et tant mieux, parce que c’est vraiment bon et ça marche. Si bien d’ailleurs qu’il a monté cette année un salon à Saumur,
«Tour de Fruit», en parallèle de celui de «la Dive-Bouteille» dédié au cidre et aux boissons alcoolisées de fruits. Une très chouette rencontre, et de très chouettes découvertes qu’on vous recommande vivement de goûter !

  5 avril 2019

 

Alors que nous sommes dans les vignes de François St Lô, occupés à attacher les baguettes, ce dernier nous annonce une bonne surprise. Nous allons chez Sylvain Dittière et Pauline Foucault, du domaine de la Porte Saint Jean à Montreuil-Belay. François nous prévient: on en ressortira pas indemne. Pas impressionnés, nous nous mettons en route et rejoignons Sylvain dans son tout nouveau chai qu’il est en train de faire construire. Il est flambant neuf, la peinture n’a même pas encore fini de sécher. Ça change, nous dit-il, parce que sortir 30000 bouteilles dans un chai de 40m2 c’était du sport. Il nous délivre tous les petits secrets de son nouveau joujou, mais le meilleur reste à venir. En dessous du bâtiment, il nous emmène dans sa magnifique cave troglodyte, couverte de champignons qui lui donnent un look hallucinant. Si on n’y faisait pas du vin, on pourrait tourner des films d’horreur dans cette cave. Sylvain nous fait goûter sur fût chacun de ses nectars. Du Chenin, du Sauvignon et du Cabernet-franc, qui tout doucement se patinent et s’affinent dans plus de 150 contenants en bois. Lui n’est pas vraiment issu d’une famille de vignerons, son papa travaillait les rosiers. C’est pour cette raison qu’on peut en trouver un paquet dans ses parcelles de vignes et dans son jardin. En clin d’œil à son père, il infuse même des pétales de rose dans ses Pet Nat. Le monde du vin, il le découvre en 1999 au Château Yvonne à Pernay pendant des vendanges et depuis, il a jamais lâché. Pauline c’est différent, le vin elle est née dedans et pas n’importe où, au Clos Rougeard. Eh oui, car c’est la fille de Charly Foucault, illustre personnage dans le monde du vin qui nous a malheureusement quitté il y a quelques années. Ensemble, ils montent leur domaine en 2010 et récupèrent 8,5ha de vigne. Depuis tout roule, ou presque. Le millésime 2018 fut un sacré chemin de croix pour eux, avec beaucoup de gros pépins de santé dans la famille et la naissance de leur fille. Sylvain se souviendra de ces vendanges, qu’il a passé sur un fauteuil roulant. Comme quoi, il n’y à pas que la vigne qui doit souffrir pour faire du bon vin. Aujourd’hui ça va beaucoup mieux. Installée sur leur terrasse, la machine se met en marche. Sylvain et Pauline sont inarretables et nous ouvrent des bouteilles à la chaîne qu’on déguste à l’aveugle. Plus ça va, plus on répond à côté de la plaque et pour cause : on est bourrés. Mais même ivres, on se souviendra longtemps de cette dernière bouteille débouchée, un Clos Rougeard 2013 qui nous a littéralement laissé bouche-bée. Sylvain est toujours debout, prêt à déboucher mais le plus raisonnable reste encore de partir. On nous avait prévenu, ils ne se sont pas trompé, nous rentrons du domaine de la Porte Saint Jean loin d’être indemnes, mais impressionnés par cette rencontre et par la qualité des jus qu’on a bu ce soir là. Encore un très grand merci à eux.

  03 avril 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », on continue avec la cuvée La Turbulente du domaine de l’Enchantoir, offerte à François Saint-Lô par Corentin et Jean-Michel. La Turbulente c’est un Pet Nat de Chardonnay et de Chenin qu’on se plairait bien à ouvrir sur une tarte fine aux pommes avec des éclats de noisette et une petite quenelle de crème pour faire plaisir à notre normand.

Aujourd’hui nous rencontrons François Saint Lô dans le village de Berrie au domaine des Belles Caves. Alors forcément, on avait prévu de rester une petite soirée, mais ils nous avaient prévenu : « on sait quand on arrive aux Belles Caves, mais on ne sait jamais quand on repart ». Ça n’a pas loupé, 5 jours plus tard, nous nous forçons enfin à décoller. Le jour de notre rencontre François, accompagné de Jordan et leurs chevaux respectifs, Tempette et Charal, sont en train de travailler les sols. Nous ne sommes pas les seuls curieux puisque des journalistes qui travaillent pour une revue équestre sont aussi là pour faire des photos. Tous ensemble, nous rentrons au 13 de la rue des Belles Caves où Marie, la compagne de François nous a préparé plein de bonnes choses à picorer. Sur le chemin, on en profite pour poser quelques questions à notre vigneron. Normand d’origine, il nous raconte qu’il est né dans une famille de maraîchers et que c’est au cours d’un stage de découverte en restauration qu’il prend goût au métier de bouche. Après 2 ans en hôtellerie et une mention en sommellerie, il découvre le métier de la vigne au cours d’un stage chez un vigneron. Qui a dit que les stages n’étaient pas utiles ? Après s’être reconverti en viticulture, il part pendant 7 ans en camion à l’assaut des pays européens qu’il visite et où il bosse de temps en temps pour mettre de l’argent de côté. À son retour, il travaille pour des pointures du pinard dans la Loire, au Clos Cristal et chez Olivier Cousin qui lui donne le goût et surtout l’apprentissage du travail à cheval. Il nous dit qu’il est passionné de cheval depuis tout jeune et que de toute manière, avec la poisse qu’il a en mécanique, il perd aujourd’hui beaucoup moins de temps à travailler ses sols avec Tempête. En 2012, il tombe sur le 13 de la rue des Belles Caves au lieu-dit du Haut Nueil dans le village de Berrie. L’endroit est sublime, mais pour le remettre en état il faudra un travail titanesque et des spécialistes. Ça tombe bien, dans le collectif qu’il monte, on a un tailleur de pierre, un forgeron, un charpentier, un maçon et plein de petites mains prêtes pour le défi. Tout le monde met la main à la pâte et quelques années plus tard le résultat est là : un petit coin de paradis avec une cuisine et une salle de bain collectives, plusieurs lieux de vie, d’habitation, notamment un dortoir creusé dans une cave où nous allons dormir pendant ces 5 jours. Le seul inconvénient c’est le chai qui n’est pas assez grand, donc François et sa bande se lancent sur un nouveau chantier : au 10 de la rue des Belles Caves, il achète une cave cathédrale avec une hauteur au plafond de 8 mètres. Le tout est creusé dans le tuffeau, la pierre locale, et s’étend sur plusieurs mètres carrés. Nous sommes impressionnés du boulot qui a été fait pour transformer cette ancienne carrière en un véritable chai. Pour remercier les copains, sur les 7000 bouteilles qu’il produit la première année, 4000 leurs sont dédiées. Depuis, le collectif a droit chaque année à sa cuvée et sur les étiquettes, leur dur labeur est illustré pour leur rendre hommage. Dans les années qui suivent, l’aventure continue et petit à petit, la rue des Belles Caves est colonisée par le collectif qui grossit. Certains médisants au village les appellent les « hippies » ou les « teufs teufs » mais François nous assure que ce sont ceux qui ne sont jamais venus qui crachent le plus sur sa petite tribu. Et ce n’est pas faute d’invitation, car aux Belles Caves on organise des soirées, des projections de film et plein d’événements où tout le village est invité. Mais que faire contre la connerie ? C’est le même problème quand il s’agit de trouver des parcelles dans le coin, et une lutte face à des vignerons bornés qui préfèrent vendre à des gros groupes en conventionnel. Résultat, François est obligé de faire beaucoup de kilomètres avec ses copains pour exploiter ses 4,5 hectares de vignes. C’est bien dommage, alors on se console en goûtant ses pinards. Ils sont excellents et pour cause, il n’hésite vraiment pas à prendre son temps avant de les commercialiser, et à attendre qu’ils soient à leur top. Et qu’est-ce qu’on va en boire du pinard pendant ces 5 jours. Avec ses copains, ils sont aux petits oignons et nous rencontrons plein de personnes intéressantes, notamment Justine, sa sœur qui nous invite à manger une blanquette de veau chez elle. C’est l’illustratrice en chef ici, toutes les étiquettes des bouteilles de François sont dessinées par elle mais on la connaît surtout pour la série de livre ‘Pur Jus’ qu’elle a écrit avec Fleur Godart. Dans cette bande dessinée, elles racontent leurs rencontres avec des vignerons nature, alors nous forcément ça nous parle bien. Leur nouveau projet n’est pas moins intéressant, puisqu’elles ont décidé d’écrire sur un thème bien différent mais qui leur tient à cœur : l’accouchement. Au cours de cette soirée, on aura tout le luxe de développer le sujet et plein d’autres autour du feu, en débouchant jusqu’à pas d’heure des pépites que Justine nous a ramené. Parce que que les Saint Lô c’est aussi ça, de la gentillesse et de la bonté à l’état pur et nature dont on a pu profiter pendant tout notre séjour. Encore un grand, grand merci à eux et toute la bande de la rue des Belles Caves, et à très bientôt on espère.

  02 avril 2019

Dans les mains de Corentin et Jean-Michel, une bouteille de rosé de Thibault Stéphan, la cuvée José Roberto en l’honneur du chanteur déjanté du même nom. Les cépages utilisés sont le Chenin et Cabernet-franc. Thibault ne voit pas pourquoi les champenois devraient être les seuls à mélanger du rouge et du blanc pour faire leur pinard. C’est aussi un clin d’œil pour Corentin, avec qui ils ont fini « chiffon » au salon des Iréels en buvant cette cuvée. Les 6g de sucre résiduel ramènent un max de fruit; donc pour une fois on va jouer les becs sucrés et se l’ouvrir sur une petite mousse de fruit-rouges. Ça y est, on a faim!

En cette fin d’après midi, avec un peu de retard nous rencontrons Jean-Michel Brunet et Corentin Dalibert, respectivement le propriétaire et le maître de chai du domaine de l’Enchantoir à Chavannes, dans le Saumurois. Nous sommes frappés par la beauté du lieu; pas étonnant que Jean-Michel ait eu un tel coup de cœur lorsqu’il est venu le visiter pour la première fois. Certes il y a encore du boulot pour tout retaper mais c’est en bon chemin. Il s’agit d’une ancienne cave viticole, dont le vignoble jadis atteignait les 50 hectares. A force de mauvaise gestion, il est tombé à 17hectares et attendait juste un bon repreneur. C’est Jean-Michel, avec sa cape de super-héros qui est venu sauver les lieux. Ancien banquier à Paris, il cherchait pour sa retraite à se reconvertir dans quelque chose d’utile et d’enrichissant du point de vue personnel. A presque 60 ans, c’est une décision commune avec sa femme qui l’a poussé à se tourner vers le monde du vin. Il aime la convivialité que génère ce produit. Tourangeau d’origine, ils cherchaient des vignes plutôt dans les alentours de Chinon ou Bourgeuil mais c’est un véritable coup de cœur pour la bâtisse du domaine de l’Enchantoir qui les ont poussés à changer de cible. Et on peut comprendre. Par ailleurs, le domaine au moment d’être cédé était en conversion vers le bio, ce qui tombait à pic puisqu’ils ne se voyaient pas faire autre chose. Ils emploient quatre salariés permanents, auprès desquels ils apprennent beaucoup sur le vin. Parmi eux, Corentin que nous avions rencontré au salon des Iréels à Montpellier. C’est lui qui est aux manettes ici à seulement 25 ans. Fort d’une expérience d’un an et demi au Chili chez un vigneron nature, il s’applique à apporter beaucoup de rigueur et de soin dans sa manière de faire du vin au domaine de l’Enchantoir. Tous les deux nous conduisent dans les caves troglodyte en dessous du domaine, là où sont élevés les vins. Nous goûtons sur fût des nectars qui sont tout aussi délicieux et élégants que la cave est spectaculaire. Impressionnés, nous remontons à la surface tout en papotant avec Jean-Claude. Contrairement à beaucoup d’investisseurs qui placent leur billes sur le vin pour chercher de la rentabilité, sa démarche nous paraît vraiment sincère et il s’investit aussi à la tâche malgré la difficulté du travail. Corentin nous assure qu’il est même venu donner quelques coups de pioches récemment dans les vignes. Avant de partir il nous montre un endroit où planter notre tente, au bord d’un petit cours d’eau avec suffisamment de bois pour faire un feu de camps. De quoi passer une très bonne soirée dans un cadre bucolique. Encore merci à eux.

01 avril 2019. Ce n’est pas une blague, nous y étions !!!

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Thibault Stéphan qui hérite de la cuvée les Vigneaux 2016 de la part du domaine de l’Austral. Un rouge charnu et goulayant à partir de cabernet-franc qu’on a adoré déguster sur le rôti de veau cuit en Romertopf de Pauline et Chami, alors autant vous conseiller la même chose.

Ce matin nous rencontrons Thibault Stéphan, vigneron dans la commune de Les Caves (ça ne s’invente pas). Oui car ici, le réseau souterrain de caves troglodytes s’étend sur plus de 100 kilomètres, une ville sous la ville. C’est dans l’une de ces caves que nous rejoignons Thibault pour lui filer un coup de main avec ses parents pour mettre ses Chenins 2017 en bouteille. On s’applique à la tâche dans une bonne ambiance. Ce qu’il y a de cool et qu’on aime avec Thibault, c’est qu’il a une grande gueule et il n’hésite pas à dire tout haut ce que les gens pensent tout bas. Un vrai breton ! De ce point de vue, il se considère plus proche des vignerons d’Anjou que de ceux de Saumur. Ici c’est plus traditionnel et on laisse beaucoup moins la place à la liberté et la folie. D’autant moins quand il s’agit de juger les vins ce qui lui a d’ailleurs valu d’être retoqué de l’appellation. Mais c’est pas si grave pourvu qu’il fasse du pinard qu’il aime. C’est le terroir qui l’a fait choisir cette région, la solidarité qu’il y a dans le petit clan des vignerons nature et évidemment le chenin, son cépage fétiche. Il nous raconte qu’il s’est d’abord lancé dans des études d’urbanisation avant de se reconvertir dans le vin. Il nous explique qu’avec ses potes, ils en avaient marre de boire de la merde et que lorsqu’il a découvert le vin bio, tout a changé. Lui aussi voulait mettre la main à la pâte pour que lui et ses amis ne boivent plus de mauvais pinards. Dans le doute et pour le fun, il est quand même parti faire son stage d’études dans un gros domaine en conventionnel. Depuis il est vacciné. Après 2 ans chez Romain Guiberteau, vigneron en nature à Saumur il se lance pour son premier millésime en 2014 sur 4.5 hectares de vignes qu’il nous montre, situé entre la butte de Cerisaie et la butte du Puy-Notre-Dame. Quand vient l’heure de dejeurner, nous l’accompagnons chez lui à Montreuil-Belay. C’est l’occasion pour nous de profiter de sa capacité à nous déballer les secrets du showbiz vinicole nature. On savoure ce qu’on grignotte mais surtout ce qu’on entend. Quand vient le moment de se quitter, il nous ramène à sa cave qu’il loue à un ancien vigneron et nous goûtons ses vins sur cuve. C’est le moment de savourer ce qu’il produit, des pinards droits et précis à partir de cabernet-franc et de chenin et de se torcher une bouteille de rosé en papotant. On en oublierai presque de consulter notre montre, le temps file avec Thibault et nous sommes déjà bien en retard pour notre prochain rendez-vous. Alors on se jette sur nos vélos et on se relance sur la route. C’est pas dit qu’on roule bien droit mais on arrivera sans doute à bon port. Encore merci Thibault.

31 mars 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », Pauline et Chami se voient recevoir une bouteille de Pet Nat de David Foubert, la cuvée folle bulle faite à partir de chenin. Petit clin d’oeil à notre normand, on se plairait bien à l’ouvrir sur un petit camembert chaud, histoire de bien se nettoyer le palais avec nos petites bulles de chenin.

 

Ce soir nous sommes invités à manger par Pauline et Laurent (dit Chami) du domaine de l’Austral à Puy Notre Dame. Un gigot de veau en romertopf est en train de cuire dans le four, encore une bonne soirée en prédilection. Cette invitation n’est pas venue par hasard, le projet cyclovino ça leur parle bien à nos deux vignerons qui sont des fana de voyage et de sport. Ingénieurs de formation, ils se sont rencontrés à Strasbourg pendant leurs études. En 2012, ils quittent leurs boulots respectifs pour s’envoler en Australie pendant un an et demi. C’est ce voyage aux antipodes qui va les mettre sur la voie du vin. D’ailleurs le nom de leur domaine, l’Austral découle de cette expérience. Pendant 9 mois, ils découvrent le métier de vigneron dans un gros domaine dans l’Ouest du pays. Certes, on n’y fait pas le meilleur pinard de la planète, mais ils nous racontent que l’équipe est au top. En rentrant du voyage, leur nouvel objectif est de devenir vignerons. Pas motivé de retourner sur les banc de l’école, Chami se dit qu’il apprendra sur le tas tandis que Pauline choisit la voie académique. Elle se lance dans des études en œnologie qui vont la conduire à épauler des producteurs dans la Loire, le Roussillon et à Bordeaux. C’est un stage chez Aymeric Hilaire qui va être déterminant pour elle. C’est auprès de lui qu’ils découvrent tous les deux ce qu’est le bon vin, et il les aidera beaucoup à s’installer dans le Saumurois. La décision du lieu n’est pas si évidente, Chami en bon savoyard est un mordu de ski et de montagne, alors qu’ici on ne culmine pas très haut. Mais c’est l’ambiance et la solidarité entre les vignerons qui vont les décider à rester dans le coin. En 2016 c’est parti, ils ont les vignes et le chai, tout est prêt pour leur premier millésime sauf que, surprise, leur ancien employeur en Australie a besoin d’un coup de main. C’est une folie mais ils partent à sa rescousse pendant 6 mois et rentrent juste à temps pour les vendanges. Ils ont bien raison, la vie est bien triste sans quelques petites aventures. Pauline et Chami nous ont ouvert des superbes bouteilles pour accompagner le romertopf. C’est l’occasion de trinquer à nos folies, au voyage et aux rencontres, ces petites choses de la vie sans quoi le domaine de l’Austral n’existerait pas. Le lendemain matin, nous filons avec Pauline dans les vignes et dans leur chai, aménagé dans un hangar qui appartenait à Philippe Gourdon qui depuis a lâché la vigne pour les céréales. La petite singularité de l’Austral c’est l’élevage des vins dans des oeufs en béton qui vient apporter de la rondeur en bouche. Tout juste le temps de goûter qu’il est temps pour nous de continuer notre route. Merci encore mille fois à Pauline et Chami pour leur accueil, leur gentillesse et cette chouette soirée en leur compagnie.

31 mars 2019

Dans la série « passes ton vin à ton voisin », c’est David Foubert qui hérite de la cuvée Red Red Wine de la part de Jean-Marie du domaine de la Vinoterie. Un rouge assez léger, qui fait pas mal au casque à partir des cépages Chenin, Grolleau et Cabernet-franc. Un bon vin de copains que nous nous plairions à déboucher à l’apéro sur une planche de charcuterie.

Aujourd’hui nous rencontrons David Foubert du domaine Folle Berthe à Argentay dans la région de Saumur. Pourquoi Folle Berthe ? Essayez de conjuguer Foubert au féminin, vous comprendrez. Le pauvre David est un peu à la bourre, ce à quoi on peut s’attendre quand on exploite 4ha de vignes tout seul. Alors nous, forcément, on se propose de l’aider et c’est parti pour une journée de tirage de bois, une action très simple qui consiste à détacher des fils de palissage les sarments de vignes qui ont été taillés. C’est pas ce qu’il y a des plus fun mais David est là pour mettre l’ambiance avec ses petites blagues et anecdotes. Un vrai pro de la reconversion, son parcours universitaire le destinait à devenir prof d’histoire. Lui se voyait très mal adopter une carrière dans l’enseignement. L’idée de donner des cours à des gamins pas intéressés et de devoir faire la police en classe ne le bottait pas trop. C’est dans la presse d’entreprise qu’il trouve plus tard du travail; mais il y a 7 ans, un gros ras le bol de son taf et de la région parisienne le pousse à faire ses valises et á se reconvertir dans un autre domaine. Le vin ? David n’en buvait pas avant la trentaine. Nan nan, c’est pas des conneries, mais il nous assure que, depuis, il a bien compensé. Il découvre le pinard avec ses collègues du boulot dans un bar parisien, le Tonneau des Halles qui, à l’époque, était spécialisé dans les vins bio. Il nous raconte qu’un jour, le propriétaire du bar lui a dit « toi, tu finiras vigneron ». Ça a pas loupé. Quelques années plus tard, il part étudier à Montreuil-Belay et il découvre le vin nature chez Aymeric Hilaire. Il a soif d’apprendre, le David, et il se lance en 2013 dans un périple pour vinifier dans plusieurs régions, dans le Roussillon à Banyuls chez Bruno Duchêne et dans la Loire au domaine Bobinet. C’est aussi l’occasion d’aller voir ailleurs et où il se sentirait le mieux. Et oui, car on ne fait pas de vin dans sa Normandie natale; donc il faut trouver un autre endroit où poser ses valises. Il choisi le Saumurois car il aime la solidarité dans cette région et l’accueil des locaux vis-à-vis des gens qui ne sont pas du coin. En 2015, il signe ses premières vendanges sur 4 hectares de vignes en biodynamie qu’il a récupérées. Nous y voilà, un premier millésime à quasiment 40 ans et une sacrée culbute pour notre agrégé d’histoire qui ne buvait pas de vin il y a encore 10 ans. Dans un épisode consacré à la reconversion dans la cuisine de l’émission « on va déguster » sur France Inter, sa cuvée « Les Amandiers » et son parcours sont mis à l’honneur. Un sacré clin d’œil et coup de pouce qui a boosté ses ventes cette année là et il nous dit qu’encore aujourd’hui, il reçoit des coups de fil pour cette cuvée. Faut dire qu’ils sont excellents ses pinards. Après une petite dégustation dans la cave troglodyte qui lui sert de chai, il nous invite généreusement au restaurant « le Puy à vin » au Puy-Notre-Dame où tout ce que nous mangeons et buvons est fabuleux. Ça change des nouilles auquelles nous commençions à nous habituer. Le ventre bien rempli, nous retournons travailler l’après-midi. On s’éclate bien avec David, et pas que le bide. Après quelques heures de joyeux labeur, il est déjà temps de se séparer. On serait bien resté mais le devoir nous appelle. Ce n’est pas grave, on reviendra.

  30 mars 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Jean Marie de la Vinoterie qui reçoit la cuvée Achille 2016 de la part du domaine Deboubertin. Un pur jus de Chenin élevé en barrique. Pour un vin de cette prestance, on se verrait bien l’accompagner d’un homard cuit sur braise avec du riz safrané et une sauce à base de bisque. Bon appétit bien sûr !

 

 

Ce matin nous rejoignons Jean-Marie Brousset, vigneron au domaine Vinoterie à Valanjou, à la limite entre l’Anjou et le Saumurois. Ce nom vous dit peut-être quelque chose et pour cause, avec ses deux compagnons, il était en charge du domaine des Roches Sèches. Aujourd’hui ils font bande à part, et Jean-Marie à créé son propre domaine en reprenant une partie des vignes des Roches Sèches. Pourquoi Vinoterie ? Il suffit de lui rendre visite pour comprendre. Son domaine est installé sur une ancienne minoterie, un moulin à charbon. Il est en train de retaper toute la bâtisse pour en faire un vrai paradis sur terre, pour lui et pour ses vendangeurs. Il y a tellement de place qu’il envisage même de monter un bar associatif, un projet parmi tant d’autres sur ses petits papiers. Il se verrait bien faire de la volaille et du cochon aussi; infatigable, il apprend petit à petit ce métier. Il a du mérite, Jean-Marie, parce qu’il continue à avancer malgré quelques pépins de santé. Tourangeau d’origine, il se voyait bien travailler dans le vin dès son plus jeune âge et pour cause, son oncle était propriétaire d’un domaine dans le bordelais où plus jeune, il venait aider pour les vendanges et la vinification. Ayant soif d’apprendre, il se lance dans des études en agronomie qu’il pensait être courtes. Bah tu parles! Il est allé jusqu’à écrire une thèse qu’il n’a finalement pas soutenue pour pouvoir se lancer à 100% dans les Roches Sèches. Son chai est une ancienne grange, mais il nous assure qu’il n’est pas le premier à faire du pinard ici. Les anciens propriétaires ont retrouvé des bouteilles emmurées, probablement par l’ancien vigneron qui voulut planquer ses bouteilles avant la grande guerre. Il ne désespère pas lui aussi de trouver son petit trésor. Après nous avoir fait un petit tour des lieux, nous dégustons ses nectars. Jean-Marie n’aime pas être bourré trop vite, donc lui ce qu’il aime, c’est produire des vins légers, qui étanchent la soif sans faire trop mal au bide et à la tête le lendemain. Il exploite les cépages Cabernet-franc, Grolleau, Chenin et Chardonnay, et il n’hésite pas à assembler du blanc et du rouge pour alléger ses cuvées. On en boirait des tonneaux mais prudence, 2018 comme pour tout le monde, c’est du costaud niveau alcool. Ensemble nous partons dans ses vignes, visiter les parcelles qu’il a à Faveraye-Mâchelles dans le village d’à côté. Sympa le Jean-Marie ! Avant de nous séparer il nous offre une bouteille en guise de bon voyage. On en fera bon usage. Comblés d’avoir rencontré ce passionné et d’avoir visité son petit coin de paradis, nous continuons notre route. Encore merci Jean-Marie.

   28 mars 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », petit clin de d’œil de Xavier Marchais à Stéphanie et Vincent Deboubertin. Cette cuvée ils la connaissent bien, puis qu’ils ont aidé à la vendanger. Du Chenin à 100%, ramassé sous un torrent de flotte et une vinification partie en vrille sur de l’oxydation et de la volatile. Mais Xavier nous dit qu’aujourd’hui, bien reposée depuis le temps, elle a fait ses preuves et qu’elle est meilleure que jamais. Récemment au Canon Canon, bar de Rochefort sur Loire, on nous a surpris à nous suggérer un vin oxydatif sur des huîtres. C’était mortel donc on a envie de proposer la même chose, des bonnes huîtres de Bretagne avec un petit filet de vinaigre de cidre pour rappeler la pomme du Chenin. Miam miam!

 

En cette belle soirée ensoleillée, nous rejoignons Vincent et Stéphanie du domaine Deboubertin à Faye D’Anjou. Quand nous les avions rencontrés au salon des Greniers de Saint Jean, Stéphanie nous avait expliqué qu’ils étaient tous les deux des grands mordus de vélo et qu’ils pourraient nous accueillir. On les retrouve à l’heure de l’apéro, mais on profite des dernières minutes de soleil pour aller voir Anatole et Rebeco, leurs chevaux. Évidemment nous y allons tous bien gaiement en vélo. Ils en profitent pour nous expliquer à quel point c’est difficile de travailler à cheval, que beaucoup de consommateurs ne prennent pas cet aspect en compte quand ils boivent du vin. Physiquement c’est plus dur, l’entretien est difficile et coûteux et puis un cheval c’est capricieux; on ne peut pas le forcer à sortir quand il n’en à pas envie. C’est pour ça qu’ils n’exploitent que 3,5ha et comptent même réduire leur surface de vignes. Mais la liste des avantages est aussi bien longue : ça tasse moins les sols; il y a moins de casse et c’est plus écologique. Ils nous expliquent aussi que la relation qu’on à avec un cheval n’est pas la même qu’avec un tracteur. Parfois ils vont même chercher le pain avec ou partent à califourchon en balade dans la région. Vient l’heure de manger, c’est l’occasion de parler un peu de leurs histoires respectives. Stéphanie est de Poitiers et Vincent de Rennes; ils se sont rencontrés pendant leurs études dans une association sportive à Brest. Tous les deux, ingénieurs de formation, ils se voyaient bien monter quelque chose ensemble, mais quoi ? C’est en Bourgogne, en écoutant le discours d’un vigneron qu’ils se disent que c’est le métier qu’ils veulent faire. L’idée de s’installer en Anjou coule de source, on n’est pas loin de Rennes et de Poitiers; l’accueil est bon. Evidemment, ils avaient découvert la région en faisant la Loire à vélo. Tous les deux très écolos, ils voulaient absolument faire du bio. Le vin nature, ils ont découvert ça pendant leurs premières vendanges, chez Cyril le Moing, vigneron dans la région. Depuis ils ne peuvent plus boire autre chose. En parlant de çela, l’heure vient d’ouvrir les bouteilles. On se régale à manger des bonnes rillettes du village et à déguster leurs cuvées. Quel délice! Le lendemain matin, après un bon petit déjeuner nous rejoignons, en vélo évidemment, le nouveau chai qu’ils sont en train de construire. Il est magnifique. L’isolation est faite en paille, et le tout regorge d’ingéniosité. C’est là que l’on retrouve le parcours de nos deux vignerons. Il est temps de dire au-revoir et de les remercier chaleureusement pour l’accueil. On espère un jour les recroiser, peut-être sur une piste cyclable qui sait, à califourchon sur nos biclous ?

26 mars 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », cette fois c’est Xavier Marchais qui se voit recevoir une bouteille de Cabernet Sauvignon de Guillaume Noire. Ses vins, il les aime assez puissants et profonds, un peu plus charpentés que ce qu’on fait dans la région. Alors pourquoi on se ferait pas un petit osso-buco bien mijoté avec une belle ratatouille méditerranéenne pour l’accompagner ? On s’en lèche les babines d’avance.

Aujourd’hui nous rencontrons Xavier Marchais, vigneron à Faye d’Anjou. Nous le rejoignons, lui et sa fine équipe, dans ses vignes pour lui filer un coup de main sur la taille. Il y a plusieurs avantages quand on vient aider Xavier, la nourriture et le pinard sont excellents, et que dire de l’ambiance! Faut dire qu’il est connu dans le coin pour ça, le Pépère. Il aime déconner et ne pas se prendre la tête. Quand vient l’heure de manger, on s’assoie autour du barboc et on ne s’encombre pas avec des verres pour boire le jaja. Au goulot ! À la bonne franquette, autant de dire que nos codes de sommellerie sont retournés. Mais c’est comme ça qu’on les aime, nos journée avec les vignerons. C’est encore difficile à se l’imaginer pour nous, mais Xavier n’a pas toujours été là. Parisien d’origine, il y a encore 10 ans, il vivait à la capitale et travaillait comme ingénieur informaticien. Sa situation était confortable mais il avait besoin d’air, de changer de vie et c’est pour cela qu’il a décidé de s’installer plutôt à la campagne. Fils d’amateur de vin, lui se voyait bien en produire. L’Anjou c’était une bonne option, pas très loin de Paris et des parcelles pas trop chères. Et puis notre vigneron est un amoureux du Chenin, et, dans le coin c’est le cépage roi. À l’époque, il ne savait pas trop quel type de vigneron il voulait être . Pour se faire une idée, il est parti en rencontrer un paquet. Entre ceux qui ventaient leurs superbes infrastructures bien techno et d’autres leurs longue histoire de famille, il y avait Marc Angeli qui lui parlait de la biodynamie en expliquant qui faut respecter le vivant et que la vigne est un lien entre la terre et les astres, que le rôle du vigneron est d’entretenir ce lien. Scotché par son discours, Xavier décide qu’il fera aussi de la biodynamie. Il apprend le métier auprès d’Olivier Cousin, le grand rebelle de la région, et très vite, il s’installe. Il achète une grande propriété avec un large jardin dans lequel il aménage un potager et un espace pour loger des woofers. En 2011, il est prêt et produit ses premiers pinards sur quasiment 3 hectares de vignes. Un acharné du nature, il fait même parti du groupe très restreint des S.A.I.N.S (Sans Aucun Intrants Ni Sulfites) ce qui veut dire que son vin n’est rien de plus que du jus de raisin fermenté. Et qu’est ce qu’il est bon, son pure jus!Arrive la fin de la journée; nous n’échappons pas au traditionnel apéro sur sa petite terrasse aménagée avec les moyens du bord. Tout juste le temps de continuer un peu à papoter et dire des conneries qu’il est déjà temps de partir. Qu’à cela ne tienne, si le prix à payer pour passer une si bonne journée c’est de tailler la vigne, promis nous reviendrons.

25 mars 2019

Aujourd’hui dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Guillaume Noire qui hérite de la cuvée Gamin 2015 d’Adrien de Mello. Il nous a prévenu, c’est de la cocaïne en bouteille ! Une cuvée bien vivante, qui avait tout d’un accident mais qui se révèle aujourd’hui meilleure que jamais. Ça risque de gazouiller un peu, mais on retrouvera entre les bulles la patte d’Adrien : des vins fins, et élégants. Avec un vin qui pète le feu nous, on s’imaginerait bien l’ouvrir sur des petits boudins antillais avec des pommes au vin et un écrasé de pomme de terre, qui dit mieux ?

 

 

À Rablay, la ville des artistes, nous rencontrons cet après-midi Guillaume Noire. Parisien d’origine, il était auparavant le gérant d’une boîte de publicité spécialisée dans le packaging, pour laquelle il travaille toujours un peu. Quiconque passe devant une de ses bouteilles se souviendra de son étiquette qui représente un tableau des éléments chimiques, remplacés pour l’occasion par les initiales des cépages de la région qui sont entourés lorsque les vins sont faits à partir d’eux. Une brillante idée, mais ne vous arrêtez pas seulement qu’à l’étiquette, buvez aussi le vin et on vous assure que vous serez agréablement surpris. D’autant plus surpris que notre vigneron ne fait ce travail que depuis à peine 4 ans, et qu’il n’avait presque jamais goûté de vin nature avant cela. Comment en est-il arrivé là ? Nous sommes en 2014, la décision est prise : on se casse de Paris. On va faire du vin à la campagne. Comme beaucoup de vignerons en herbe, il part étudier le vin à Beaune, sans même penser vraiment à quel type de vin il veut faire. Au bout de 3 jours de formation, c’est plié. Il comprend vers où les excès de la chimie nous conduisent, donc c’est décidé, on va faire du vin bio. Reste à savoir où ? Il part avec des amis et visite les quatre coins du pays pour trouver l’endroit où il se plairait le mieux. Arrivé en Anjou, il tombe sur Marc Angeli, une rencontre qui va beaucoup l’inspirer à rester dans le secteur. Nous sommes en 2015, véritable coup de cœur pour une jolie bâtisse dans la ville de Rablay ; il décide de poser ses valises et celles de sa famille dans cette bien belle bourgade. Faire du vin nature ? Il nous raconte qu’arrivé dans cette petite ville il y a 4 ans, attablé à l’Auberge du Layon (une véritable institution rablayenne) , il se souvient encore s’être dit qu’ils étaient bien étranges les vins du coin. Un stage chez Stéphane Rocher de la Ferme du Mont Benault, et paf, la machine est lancée. Aujourd’hui il ne peut plus boire autre chose. Nous sommes toujours en 2015; il s’installe, achète des vignes et c’est parti. Les débuts sont dures, mais la solidarité qui règne ici entre les vignerons nature est véritablement ce qui va lui permettre de bien s’en sortir. Et même encore aujourd’hui, il peut compter sur les copains comme cette fois où il devait embouteiller ses cuvées mais qu’il venait de se casser le tendon du genoux. Deux vignerons à la rescousse et l’affaire est pliée en une journée. Nous voici arrivés en 2019, et Guillaume nous avoue qu’il n’en revient pas du chemin parcouru en si peu de temps. Ici il est déjà presque un ancien et une nouvelle vague d’installations déferle sur le Layon. Maintenant c’est à lui de montrer la voie aux « nouvelles pouces » et il s’y attelle. La planète nature tourne bien vite en Anjou, et c’est pas pour nous déplaire. Après avoir longuement papoté avec lui, on retourne à nos vélos et continuons notre aventure. Encore merci à lui de nous avoir reçu.

Article 24 mars 2019

En cette belle soirée nous retrouvons Yohan Moreau, dit Yoda que nous avons rencontré sur le chantier collectif du domaine des Petites Choses le week-end précédent. Autant dire qu’on le connaît déjà bien le Yoda. Ancien cuistot il nous prépare ce soir un joli repas. C’est Ripette qui passe à la casserole, son agneau, puni de s’être enfuit à maintes reprises et d’avoir fait s’arrêter un TGV en se retrouvant sur le chemin de fer non loin de là. Avant le dîner, Yohan nous emmène sur sa future parcelle, en contrehaut de sa maison à la Possonnière. C’est ici qu’il compte planter des vignes, sur 1ha8. Il a aussi une parcelle à Rablay de 1ha8 et une merveille de 80 ares à Saint-Georges. Il est néanmoins en conflit avec Agrimer qui lui refuse la possibilité de produire du vin là-bas. Une histoire de bureaucratie, quel gâchis… le dos en compote après plus de 10 ans de restauration, Yohan voulait travailler dans la préservation des milieux aquatiques et humides. Car étrangeté dans le petit monde des vignerons, Yohan aime aussi l’eau. Malheureusement il aime beaucoup moins la paperasse, et c’est ce dernier facteur qui l’a poussé à vouloir faire du maraîchage. Le problème dans sa région natale, l’Anjou, c’est qu’on trouve plus facilement du travail dans les vignes. Il travaille alors pour un des ténors du vin nature à Savennières, Thibauld Boudignon au château Soucherie et aussi dans son petit domaine personnel. C’est comme ça qu’il fait son chemin dans le monde du vin et qu’il s’y trouve aujourd’hui les deux pieds dedans. Il nous montre son tout petit chais de 9m2. Avec Aurélie sa compagne et bientôt rejoint par Corentin et Tiphaine du domaine des Petites Choses, nous goûtons ses cuvées. En toute humilité il nous demande notre avis. Mais Yohan, il veut surtout des vins qui lui plaisent à lui. Et tant mieux, c’est tout ce qu’on attend d’un vigneron. Ses cuvées ont du caractère, du poil, une sacrée charpente qui casse avec la tradition des vins torchés en 30 secondes. Et ça aussi tant mieux, parce que c’est pas mal des fois les vin de garde, ceux qu’on peut oublier quelques années dans la cave et déboucher sur des plats de caractère. Ça tombe bien, Ripette va bientôt sortir du four, il est temps de passer à table. On ne peut que remercier Yohan pour cette très chouette soirée et lui souhaiter un maximum de réussite, même si très franchement on se fait pas de soucis pour lui. Soyez prêt pour découvrir ce super domaine !

23 mars 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », c’est Adrien de Mello qui reçoit aujourd’hui la cuvée vigneronne de Nadège Herbel. Cette cuvée c’est sa consécration, c’est son moyen de dire qu’aujourd’hui c’est une femme qui fait du vin au domaine Herbel. Une cuvée gouleyante mais suffisamment « caractérielle » pour venir sublimer une belle côte de porc braisée, accompagnée d’un jus de cuisson réduit au piment d’Espelette. Alors les machos, on fait moins les malins ?

 

 

 

Aujourd’hui nous rencontrons Adrien De Mello, du domaine de « La Petite Sœur ». Nous le rejoignons dans ses vignes, 3,5 hectares de Gamay, Cabernet-Franc, Cabernet-Sauvignon et Chenin, dans les alentours de Saint-Aubin-de-Luigné. Lui se verrait bien planter aussi du Pinot Noir et du Pineau d’Aunis pour se débarrasser définitivement d’une parcelle un peu fatiguée, et d’une autre qui était en « conventionnel » et, pour cette raison, carrément épuisée. Le pauvre Adrien n’est pas non plus tout frais; il est encore un peu « chiffon » de son week-end à Cologne. On est alors encore plus reconnaissant du temps qu’il nous consacre, pas loin d’une demi journée. Il commence par nous présenter à Toscane, sa très belle jument de trait qu’il est allé trouver dans le Jura et aussi à Eglantine, son âne qui se plaît à nous mordre les fesses. Son histoire avec le vin commence tôt; il nous explique que son père tenait un club d’œnologie et que, du côté de sa mère, on était jadis propriétaire du château Peyrot à Bordeaux. A 7 ans il goûtait déjà du cognac. Mais lui n’était pas très intéressé, il voulait devenir élagueur. A la fin des années 90, notre breton (ah oui, encore un, faut-il le préciser !) rejoint le Québec pour retrouver son amour de jeunesse. Là-bas, après avoir fait les vendanges au domaine de « l’Île Ronde », il est engagé pour devenir le bras droit du vigneron. Une belle et rapide ascension. Pour se perfectionner, il part en 2006 à Beaune. Là-bas il rencontre Philippe Pacalet, le très célèbre vigneron qui fut le dernier discipline de Jules Chauvet, le père des vins « natures ». Pour Adrien c’est la révélation qui va le mettre sur les rails pour produire ce type de vin. Histoire de se dégoûter du conventionnel une bonne fois pour toute, il part travailler en Afrique du Sud et aux Usa… Les œnologues qui veulent faire du vin de Bordeaux partout dans le monde entier, Adrien il en a « ras le béret ». Il retourne à « l’Île Ronde » et convertit le domaine à la « biodynamie » et produit ses premiers vins « natures » (la cuvée « Globule »). Un moment donné, il décide de rentrer en France et part dans la vallée du Rhône travailler, sur les vignobles de Châteauneuf du Pape. Sa compagne habite en Bretagne et les aller-retours deviennent compliqués. Elle ne peut pas le rejoindre, car son fils d’un premier mariage, Oscar, resté en Bretagne, serait trop loin. Tout change le jour où nait Louise, la fille d’Adrien et de sa compagne. Il faut trouver un endroit plus proche où s’installer, pour qu’Oscar et Louise puissent aussi grandir ensemble. Ce sera l’Anjou, et le début du domaine de la « Petite Sœur », hommage à cette jolie petite histoire. Retour au présent; c’est l’heure du casse croûte et on a déguste toutes les pépites en cave. Déjà ouverte la deuxième bouteilles et c’est le moment pour nous de savourer nos conversations avec Adrien. Ce qu’on aime avec lui, c’est que c’est un homme vrai; il dit ce qu’il pense et ne mâche pas ses mots. Alors nous on pose nos questions, et on savoure les réponses, qui comme ses vins, sont « sans chichi ni maquillage ». Du brut, du nature, qu’est ce qu’on aime ! Ce qu’on aime aussi chez lui c’est ça…, pour lui il faut que son nom apparaisse sur le devant de sa bouteille mais il ne faut pas oublier qu’il y a du monde derrière. Alors sur la contre-étiquette, peu importe la place que ça prend, il veut mettre le nom de tout ceux qui l’ont aidé. Adrien, une grande gueule mais surtout un grand cœur. Encore une très chouette rencontre.

22 mars 2019

Dans la série passe ton vin à ton voisin, c’est Nadège qui reçoit la cuvée Dahlia de sa consœur vigneronne Émilie Tourrette Brunet, un rosé d’une vive élégance à partir des cépages Pineau-d’Aunis et Cabernet Franc. Ici nous sommes sur un vin de gastronomie qu’on s’ouvrirait bien sur un saumon snacké avec une petite pincée de poivre du Sichuan pour rappeler les notes d’agrume et d’épice du vin et pour le clin d’œil à l’histoire d’Émilie. 胃口好(Bon appétit).

 

 

 

          

Cet après-midi nous rencontrons Nadège Herbel du domaine « Les vignes d’Herbel ». Nous sommes dans le petit village de Saint-Lambert-du-Lattay. Nous commençons par papoter avec elle et avec Xavier, qui lui donne un coup de main dans les vignes. Elle a beaucoup de mérite Nadège, parce qu’elle cumule deux boulots difficiles : vigneronne sur un domaine d’un peu plus que 3ha et maman de trois enfants. Merlin, Tiphaine et Sylvestre sont trois petits anges, mais ils lui réservent des surprises parfois qui compliquent un peu son travail. Pas rancunière pour autant, ils ont tous les trois droit à leurs cuvées homonymes. Nadège est bretonne d’origine (et oui, encore une), des Côtes d’Armor. Ses parents tenaient un bar, donc forcément elle rêvait plus tard d’en ouvrir un. Quelque chose d’alternatif, de culturel, un lieu d’échange et de partage. C’était son rêve. Laurent son compagnon était vigneron, donc le plan c’était qu’il fournisse le vin pour son établissement. Un rêve difficile à réaliser, et c’est après des vendanges chez Marc Angeli (un des papes de la biodynamie en Anjou) qu’ils se disent qu’ils feraient mieux de monter un domaine. Nous sommes en 2015, des ficelles sont tirées et en un mois ils trouvent les parcelles, le chai (construite par Jo Pithon, excusez du peu) et une maison. Depuis ils enchantent la région avec leurs vins. Mais quelque chose à changé depuis 2018, aujourd’hui c’est une femme qui est aux manettes du domaine – Nadège. Laurent a décidé de décrocher. Elle nous dit que c’est beaucoup plus de boulot, d’anxiété mais que c’est beaucoup plus épanouissant. Elle met enfin sa patte sur les vins, tente des expériences comme la macération pelliculaire, des collerettes en cire et songe même à faire un peu de négoce avec du grolleau. Beaucoup n’y ont pas cru, disaient qu’Herbel ce serait dorénavant des vins de « femmes ». Elle vient tordre le cou à ces préjugés, avec sa cuvée Vigneronne, plus couillue et charpentée que sa cuvée Alfred et Léon. Un pied de nez à ceux qui pensent que les femmes ne peuvent pas faire du vin de caractère. Mais épater la galerie c’est même pas son but. Nadège veut créer de l’émotion, et faire des vins non plus avec sa tête mais avec son cœur. Une belle démarche qu’on retrouve dans la profondeur de ses nectars. Faute d’avoir pu construire son bar, ses vins font le travail : un produit culturel, d’échange et de partage et ça se vérifie aujourd’hui. On est plus que comblés et charmés de notre rencontre avec Nadège.

21 mars 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », on retrouve dans les mains d’Émilie la cuvée Celsiane de Thomas Boutin, un délicieux et rafraîchissant chenin, minéral à souhait que l’on sera bien contents d’ouvrir sur un petit suprême de volaille en sauce, avec une base de crème et pourquoi pas un peu de ciboulette. Miam miam !

 

Aujourd’hui nous rencontrons Émilie Tourrette Brunet ainsi que Kobe (son chien) du domaine de la Tour Brune, non loin du petit village de Chaudefonds, dans l’Anjou. Il faut monter une petite côte pour la rejoindre mais le spectacle en vaut la peine. Une vue magnifique là-haut, et les 75ares de vigne d’Émilie. C’est pas beaucoup me diriez-vous, oui, mais quelle diversité ! Du Gamay, du Cabernet-Franc, du Pineau d’Aunis et des vignes octogénaires de Chenin. Et tout est parfait ici, le terroir est excellent alors pourquoi se plaindre. On est bien dans un des seuls endroits à des kilomètres à la ronde qui n’a pas gelé en 2017, là où la plupart des vignerons qu’on connaît ont perdu entre 50 et 80% de leurs récoltes. Le parcours d’Émilie n’est vraiment pas banal. Avec un diplôme en histoire des relations internationales franco-chinoises et archéologie en poche, elle décolle en 2009 pour la Chine. Là-bas elle devient éditrice puis institutrice. Un jour on lui dit qu’elle ferait bien de faire des dégustations de vin, que c’est la meilleure chose à faire quand on est français. Elle entame une formation WSET (diplôme international de connaissances générales en vin). Mais c’est en rencontrant Cristobal Huneeus de la Cabane à Vin (bar à vin nature, une institution à Hong Kong) que sa vie flanche. Elle se dit que le vin, elle voudrait le produire et tant qu’à faire, du vin vivant. Après 5 ans en Chine, elle rejoint l’Anjou où sa mère et son frère ont une ferme d’élevage équin. Il lui faut longtemps avant de pouvoir accepter des espaces aussi ouverts, après autant de temps passé au beau milieu des buildings. Une rencontre décisive avec Agnès du domaine de la Paonnerie (encore eux) lui permet de pouvoir enchaîner sur des vendanges là-bas à Anetz. C’est une expérience qui lui ouvre le chemin dans la région. Pour finaliser ses études, elle entreprend un stage chez Tessa Laroche du très fameux et prestigieux domaine de la Roche aux Moines à Savennières. Auprès de Tessa, elle apprend beaucoup, suffisamment pour se sentir prête en 2017 à récupérer en fermage cette bien jolie parcelle, où un jour de mars 2019, nous la rencontrons. Une belle aventure pas comme les autres, du velours en bouteille qui s’arrache comme des petits pains mais qu’on vous invite à découvrir. Vous les reconnaîtrez aux étiquettes, avec des dessins qui évoquent l’encre de Chine. Petit clin d’œil à son histoire.

 

20 mars 2019

Ce weekend au programme on avait prévu de se reposer. C’était une bonne idée mais à la place on nous a proposé d’aller apprendre à faire de la taille sur un chantier bénévole. L’heureux propriétaire c’est Corentin le Bolloch, dit Cocal (parce que des Coco, un Cocal) du tout nuevo domaine des Petites Choses. On se demande encore si ce chantier c’était vraiment la meilleure chose à faire, parce qu’on n’est pas passé loin d’arrêter notre voyage pour s’acheter une maison dans le coin et continuer à faire la fête avec ces zinzins jusqu’au bout des temps. Oui mais quelle idée aussi d’aller aider un breton à faire du pinard ?! On nous avait pas tout dit, donc on y est allé. Résultat : quota mensuel d’alcool autorisé éclaté en un tout petit weekend. Bah bravo. Mais bon, ce qu’il faut retenir c’est surtout une belle leçon de vie, que dans un monde longtemps régit par la compétition, c’est quand même chouette de voir une belle bande de copains remettre la solidarité au cœur du métier. Donc on remet ça le lendemain au Canon Canon, bar à vin nature de Rochefort, pour trinquer à l’amitié, à l’amour, au bon pinards et à toute ces Petites Choses qui nous font avancer dans la vie. Merci la bande pour ce super moment. Allez, on finira peut-être par l’acheter cette maison dans le coin…

19 mars 2019

Dans la série « Passe ton vin à ton voisin », on retrouve ici entre les mains de Thomas une cuvée de nos deux amies Marie et Sandra du domaine de la Paonnerie. Cette cuvée, « L’Aile vs la Cuisse », c’est un rosé produit à partir de cabernet franc récupéré au château de Clermont, ancienne propriété de Luis de Funes. On pourra chercher tous les accords possible mais le mieux c’est encore de se la descendre en compagnie de nos deux vigneronnes, sur des pâtes carbonara préparés par Sandra. En tout cas nous c’est comme ça qu’on l’aime le plus.

 

 

Après le pique-nique, nous rejoignons Jacques du domaine « Raisin à plume ». Au moment où on le retrouve il est dans ses vignes, occupé à la taille. Il nous explique gentiment les bases de cette tâche qui, l’air de rien, est très complexe. Il nous dit que c’est l’une des étapes les plus importantes de l’année si l’on veut avoir du bon vin et qu’il en va de la survie des vignes de s’appliquer minutieusement. Une plaie de sécateur mal placée peut condamner le cep à pourrir et mourir. Jacques est breton d’origine, mais mieux encore, il est un ancien sommelier. Un parcours qui en rappelle un autre! C’est au cours d’un stage pendant ses études de sommellerie qu’il découvre pour la première fois les vignes et déjà, c’est un coup de foudre. Mais il aura fallu 6 ans de pratique en restauration avant de définitivement virer de bord. Il se forme en Alsace, à l’école et aussi dans des domaines réputés comme Lissner à Wolxheim ce qui lui permet de jeter un premier regard sur les méthodes de vinification « nature ». Au moment de choisir une région où s’installer, le pays Nantais s’impose comme une évidence : pas trop loin de sa Bretagne natale; on y fait du bon pinard et les parcelles ne sont pas trop chères. Où est-ce qu’on signe ? 5 ans plus tard, il exploite 4.5ha dans le village d’Oudon, en coteaux d’Ancenis. Sa femme est journaliste, plus connu dans notre milieu sous le nom : « la plume dans le vignoble ». Elle écrit sur les vignerons « nature » qu’elle a rencontrés pendant ses pérégrinations. Oh dit, ça aussi ça nous rappelle quelque chose! Heureux d’avoir passé une petite après-midi dans les vignes, nous enfourchons nos vélos et rejoignons Jacques dans sa cave où il nous fait goûter l’un après l’autre ses nectars. On se régale. Après avoir longuement échangé avec lui, il est temps de partir. Généreusement, il nous offre une bouteille de cidre fait maison qu’on ouvrira ce soir en même temps que le repas. Nous ne sommes pas déçus de cette rencontre, d’une part parce que Jacques est bien sympathique, et d’autres part parce qu’il est la preuve vivante qu’il est possible de troquer son tablier de sommelier pour celui de vigneron. A méditer!

article 19 mars 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin » aujourd’hui c’est Marie qui se voit toute heureuse de recevoir la cuvée pamplemousse de Rémi Sédès, nommée ainsi pour sa jolie amertume d’agrume en fin de bouche. Toute heureuse parce qu’on savait qu’elle l’aime ce jaja. Nous on le verrait bien sur une petite salade de pamplemousse et d’écrevisse (doit bien y en avoir qui traîne dans la Loire) mais autrement, il se suffit bien à lui-même.

Comment raconter notre passage à la Paonnerie ? Je sais pas trop, parce que quand on y est, on a plus trop envie de bosser, juste de profiter. Aller si, on s’autorise à donner le biberon à Canons, la petite brebis de la famille parce qu’elle est trop mignonne. Canons ça vous dit quelque chose ? Et oui, comme le salon du weekend dernier pour une raison simple : on est avec les organisatrices. Donc qu’est-ce qu’on fait ? On s’assoit autour de la table avec Marie Carroget (fille des illustres Jacques et Agnès Carroget), Elodie sa femme, Sandra et Louise qui travaillent au domaine. On boit des coups, on mange du fromage, de la rillette, on papote et on se fend la poire. On apprend aussi, beaucoup. On apprend par exemple que Marie a vécu avec ses parents en Hongrie dans les années 90. Jacques travaillait là-bas dans une coopérative à Tockaij, l’illustre appellation du pays. Elle nous raconte aussi que plus petite, elle grapillait les aszu, ces précieux raisins botrytisés qui servent à la production de ce nectar que Louis XIV appelait « le vin des rois, le roi des vins ». Avec des trémolos dans la voix, elle nous parle de la situation qui s’empire là-bas chez les Magyars, et de la qualité du Tockaij qui n’est plus la même. Pour se consoler on goutte sur fût des trucs de fou, du chenin et du grolleau gris de macération, deux cuvées magiques à te faire littéralement tomber le cul par terre. Et pour délirer on goute aussi une cuvée de la sœur de Marie, à base de cépage hybride (ceux qu’on disait qu’ils rendaient fou et qu’on a interdit un moment donné dans l’histoire). N’empêche que c’est quand même bon. On parle aussi de l’aventure l’Aile vs la Cuisse de Sandra et Marie (évidemment) cette fameuse histoire des 2ha de vignes qu’elles auront louées au Château de Clermont, connu pour avoir été la propriété de Louis de Funes. Un joyeux délire qui n’aura duré qu’un an mais qui aura accouché de deux cuvées d’un degré de « torchabilité » très élevé. Pour rester dans le thème, on finit la soirée chez Sandra. « The rest is history » comme ils disent, on taira les détails mais il se peut que la soirée se soit terminée sur du Jean-Jacques Goldman et du Céline Dion. Lendemain matin, tout juste le temps de prendre un café avec la famille Caroget, et il est déjà temps de partir. Une aventure qui nous en promet d’autres à la Paonnerie, parce qu’on reviendra, ça c’est sûr.

18 mars 2019

Dans la série « passe ton vin à ton voisin », aujourd’hui on sort un peu des sentiers battus. Cette fois c’est du cidre que Rémi hérite de la part de Jacques Février. Une jolie cuvée encore en fermentation qu’il fait pour sa consommation personnelle et pour ses amis. Un vrai breton notre vigneron ! Pour ceux qui sont habitués au soda que certain osent appelé du cidre et qui viennent peupler nos rayons de supermarché, ici on est sur bien autre chose. Un nectar bien vivant qu’on appréciera sur une galette à l’ andouille de Guémené et pommes rôties (on est Breton jusqu’au bout où on ne l’est pas).

Ce matin nous rencontrons Rémi Sédes dans le petit village de Saint Herblon toujours dans les coteaux d’Ancenis. Nous le rejoignons dans ses vignes, un petit îlot non loin du centre ville. Ancien accordéoniste de talent, il faisait partie d’un groupe avant de se lancer dans le métier de vigneron. Il nous présente aussi Tocade, une jolie mais non moins imposante jument de trait qu’il est allé chercher dans la Creuse. C’est un percheron, une race idéale pour travailler en viticulture. Avec Rémi on parle à la fois du plaisir mais aussi des difficultés du métier de vigneron, qui l’a poussé à parfois vouloir faire trop sans savoir comment il allait réussir. Jusqu’au-boutisme la frustration de ne pas trouver le temps de faire tout à 100% lui a mainte fois détruit le moral. Mais aujourd’hui ça va beaucoup mieux, après 5 ans dans ses vignes, il est au point sur tout. Il veut même commencer à apprendre à déléguer et donc prendre un stagiaire. Avec lui on file à la cave et on goûte ses vins. Contrairement à beaucoup de vignerons qu’on à rencontré auparavant, Rémi a beaucoup de place dans son chais qu’il partage avec un jeune maraîcher. Il a 3 cuvées , un rosé (Pamplemousse) un rouge léger (Noé), et un rouge un peu plus charpenté et élégant de sa plus belle parcelle (Trait gamay). Ici on ne fait que du gamay, ce cépage longtemps méprisé par les bourguignons qui s’est fait la malle dans le Beaujolais et dans la Loire. On passe un long moment à discuter avec Rémi, de tout et de rien. Il nous invite à aller manger dans un petit local non loin de la cave et à venir le rejoindre plus tard dans les vignes, pour l’observer en train de travailler avec sa jument ce que nous ferons évidemment . Fin de visite en apothéose, nous quittons les lieux bien heureux d’avoir pu observer ce spectacle majestueux et d’avoir rencontré Rémi, un vigneron discret mais très attachant.

18 mars 2019

Et on continue la série du « passe ton vin à ton voisin » où, dans cet épisode, Jacques est l’heureux destinataire de la bouteille de son bon copain Philippe Chevarin, la cuvée « Sentinelle ». Pourquoi Sentinelle ? Parce que la parcelle qu’il exploite lui rappelle un coin de sa Dordogne natale et une histoire qu’on lui racontait plus jeune : « c’est ici que les sentinelles surveillaient l’arrivée des vikings ». Un bon jaja à base de gamay qu’on ouvrira en n’importe quelle occasion, pourvu qu’on soit en compagnie de bons copains et d’une bonne planche de charcuterie, et notamment des « rillauds » si vous voulez faire un clin d’œil à la région.

Après le pique-nique, nous rejoignons Jacques du domaine « Raisin à plume ». Au moment où on le retrouve il est dans ses vignes, occupé à la taille. Il nous explique gentiment les bases de cette tâche qui, l’air de rien, est très complexe. Il nous dit que c’est l’une des étapes les plus importantes de l’année si l’on veut avoir du bon vin et qu’il en va de la survie des vignes de s’appliquer minutieusement. Une plaie de sécateur mal placée peut condamner le cep à pourrir et mourir. Jacques est breton d’origine, mais mieux encore, il est un ancien sommelier. Un parcours qui en rappelle un autre! C’est au cours d’un stage pendant ses études de sommellerie qu’il découvre pour la première fois les vignes et déjà, c’est un coup de foudre. Mais il aura fallu 6 ans de pratique en restauration avant de définitivement virer de bord. Il se forme en Alsace, à l’école et aussi dans des domaines réputés comme Lissner à Wolxheim ce qui lui permet de jeter un premier regard sur les méthodes de vinification « nature ». Au moment de choisir une région où s’installer, le pays Nantais s’impose comme une évidence : pas trop loin de sa Bretagne natale; on y fait du bon pinard et les parcelles ne sont pas trop chères. Où est-ce qu’on signe ? 5 ans plus tard, il exploite 4.5ha dans le village d’Oudon, en coteaux d’Ancenis. Sa femme est journaliste, plus connu dans notre milieu sous le nom : « la plume dans le vignoble ». Elle écrit sur les vignerons « nature » qu’elle a rencontrés pendant ses pérégrinations. Oh dit, ça aussi ça nous rappelle quelque chose! Heureux d’avoir passé une petite après-midi dans les vignes, nous enfourchons nos vélos et rejoignons Jacques dans sa cave où il nous fait goûter l’un après l’autre ses nectars. On se régale. Après avoir longuement échangé avec lui, il est temps de partir. Généreusement, il nous offre une bouteille de cidre fait maison qu’on ouvrira ce soir en même temps que le repas. Nous ne sommes pas déçus de cette rencontre, d’une part parce que Jacques est bien sympathique, et d’autres part parce qu’il est la preuve vivante qu’il est possible de troquer son tablier de sommelier pour celui de vigneron. A méditer!

17 mars 2019

Dans la série « passe le vin à ton voisin », c’est Philippe Chevarin qui hérite de la cuvée « la Marée Basse » de David Landron. Le nom est un hommage à la musique du même nom des « Amis de ta Femme » que David aime beaucoup. C’est aussi un clin d’œil à sa parcelle, imbibées d’eau en automne où il s’amuse à s’imaginer comme au bord de l’océan avec ses petites bottes de vigneron. « 100% Folle Blanche », c’est une cuvée rafraîchissante qui vous fera danser vos papilles. Avec David on se léche les babines à s’imaginer une sole ou un bar en croûte de sel pour l’accompagner.

Article 17 mars 2019

Aujourd’hui nous rencontrons Philippe Chevarin, vigneron à Oudon dans les coteaux d’Ancenis. Ancien ingénieur du son, après avoir beaucoup voyagé autour du monde grâce à son travail, il s’est lancé dans la production de vin à une époque où il songeait sérieusement à se reconvertir dans un autre métier. Grand adepte de vin « nature », il ne se voyait pas faire autre chose que ce type de vin. En plus « ça soulage le porte-monnaie de produire ce qu’on aime », nous dit-il. Passé par des belles maisons, c’est après un stage au domaine de la Paonnerie qu’il décide de s’installer définitivement dans le pays nantais. On est alors en 2015. Les débuts sont difficiles et ses premiers millésimes sont loin d’être aisés à réaliser tant le climat n’a pas été tendre dans la région . Il ne se facilite pas la tâche non plus, car il exploite tout seul 6 hectares, un défi titanesque. Mais il y parvient à force de travail et d’abnégation et les résultats sont là : dès cuvées gouleyantes et bien réussies. Comme quoi le travail, ça paye. Prochain défi, avec son voisin et grand copain vigneron Jacques Février (domaine « le Raisin à Plumes ») : se lancer dans la biodynamie. Après avoir fait une tentative et observé ses vignes « s’ouvrir comme des panneaux solaires », il est convaincu que cette méthode ajoutera du tonus à ses vins. Alors petit à petit ils s’y mettent. D’ailleurs c’est Jacques, le prochain vigneron à visiter sur notre liste qu’on s’apprête à rejoindre pour aller pique-niquer dans les vignes. Avant de partir, Philippe nous indique un endroit idéal pour planter la tente le soir venu, au bord de l’une de ses parcelles. Ce sera la première nuit pour nous dans un vignoble. Le pied!

Article Ouest France du vendredi15 mars

14 mars 2019

C’est à la ferme de l’Aufrère que nous nous retrouvons avec David Landron. C’est ici qu’avec ses copains du BTS viti il venait faire la fête et passer des bons moments. Après avoir beaucoup vadrouillé et bossé à gauche à droite, notamment chez son frère dans la région d’Ancenis et dans le Beaujolais chez des ténors du vin nature, il n’a jamais retrouvé autant de bonheur qu’à l’Aufrère. C’est pour ça qu’en 2017 il décide de se lancer dans la viticulture auprès des activités déjà existantes à la ferme. Il nous emmène quelques kilomètres plus loin, là où se trouve ses parcelles, dont celle du Crapaudeau. Les dernières vignes encore debout font trempette dans des flaques d’eau, on pourrait croire à s’y méprendre que l’on se trouve dans un marécage. Faire du bio ici ? Beaucoup de vignerons en herbe auraient pris la poudre d’escampette avant d’accepter cette mission, mais pas David. C’est ici qu’un matin de décembre, les yeux figés sur un hérisse des marais au milieu de ses vignes qu’il s’est dit qu’il était à sa place et qu’il acceptait le défi. Pendant près d’une heure, il nous explique tout au sujet de chacune des plantes qui pousse dans son vignoble. Évidemment quand il nous montre celles qui sont comestibles, on se jette dessus : de l’ail des vignes, de la mâche sauvage… quel délice. Il nous raconte que c’est son père qui lui a appris que c’est en sachant ce qui pousse au milieu des vignes que l’on peut connaître l’état du sol. C’est le cœur lourd qu’il nous montre et qu’il nous explique avec tristesse que beaucoup des vignes aux alentours seront arrachées dans les années à venir. Il nous parle d’un Muscadet un peu malade, mais nous dit que lui s’accroche. 9km plus loin il nous emmène dans son chai, dans le village de Chapelle-Heulin. Elle est vintage sa cave, on y trouve plein d’outils du passé. Il aime ça David, le passé. Il l’honore même, avec sa cuvée Origine, un hommage à ses alleux qui ont commencé à faire du vin il y a quelques décennies. Il nous fait goûter tous ses vins, sur cuve, en bouteille, et on finit ce beau moment avec une surprise du chef : une bouteille qu’il nous fait déguster à l’aveugle de l’un de ses modèles, Jean-Claude Chanudet, dit le Chat du domaine J. Chamonard à Morgon dans le Beaujolais. L’un des « passeurs » comme on les appelle, qui ont ouvert la voie et montré le chemin pour faire du bon vin nature il y a plus de 40 ans. Du velours pour nos papilles qui nous disent merci et surtout merci à David. A charge de revanche, la prochaine fois c’est nous qui ouvriront une pépite pour lui. Le lendemain nous reprenons la route, infiniment reconnaissant de cette expérience.

13 mars 2019

Et si le Paradis existait ? Il vous suffit de venir à la ferme de l’Aufrère dans le village de Vallet à 30 km de Nantes pour en avoir le cœur net. Ici, on cultive et on élève tout en bio, de la vigne aux légumes en passant par les céréales, les bovins et bientôt les ovins. Mais surtout, ici on cultive, on élève et on donne du bonheur et de l’amour en veux-tu en voilà. Marie et Bernard sont les heureux propriétaires des lieux et veillent avec leurs enfants à ce que toutes les personnes qui sont de passage à la ferme en ressortent avec un grand sourire et des bons souvenirs plein la tête. L’accueil, ils aiment tellement ça qu’ils ont rejoint le label « accueil paysans », installé des caravanes, aménagé des appartements et fait construire sur leur propriété des chalets, yourtes pour héberger des voyageurs et des amis de la famille. Si bien que beaucoup sont restés, et on peut les comprendre. Dans cette petite communauté vous croiserez un vigneron (David Landron), des maraîchers, un ostéopathe, et plein d’autre « petites mains » qui apportent leur pierre à l’édifice pour créer au sein de la ferme une joyeuse harmonie paysanne. Aussitôt arrivés, nous sommes invités à nous installer dans un chalet grand confort, et le soir venu, à venir souper avec la famille. Le temps s’arrête et, autour d’une bouteille de vin et d’un délicieux repas concocté par Marie, on refait le monde et on partage nos expériences de voyages. Le lendemain au déjeuner nous sommes de nouveau invités pour manger avec toute l’équipe, que des bons produits qui poussent sur leurs terres. C’est bien dommage que l’on soit obligé de continuer notre route mais toute les bonnes choses, même les plus merveilleuses ont une fin. En selle sur nos vélos on se dit que la magie de la Ferme de l’Aufrère a encore opéré; nous repartons avec un grand sourire aux lèvres, la tête remplie de souvenirs, enchantés d’être venus et pressés de revenir.

13 mars 2019

Aujourd’hui nous rendons visite dans la matinée à Romain Petiteau du domaine de la Tourlaudiere, nom du lieu-dit où est installée la cave, dans le village de Vallet. C’est ici que son grand-père a commencé en 1976 à planter de la vigne et des framboises. C’est grâce au succès de ce petit fruit rouge juteux que la ferme à pu s’agrandir au fil des années jusqu’à ce que les camions frigorifique soient inventés et que les framboises locales ne soient plus compétitives face à celles qu’on ramasse dans le sud. Qu’à cela ne tienne, aujourd’hui le domaine compte 20ha et on n’y fait que du raisin. Romain aussi a baroudé ; il est passé par des domaines en Nouvelle-Zélande, dans la Loire, le bordelais ou encore en Vendée; il en est rentré avec des plein d’idées pour donner un nouvel élan au domaine. Ça commence par une certification en bio (en cours) et la plantation de cépages un peu exotiques comme du Petit Verdot, du Carmenere (un héritage de son passage en Vendée) ou encore du Pinot Gris. En 2014 il s’essaye au vin vinifié sans souffre ajouté avec une cuvée qu’il pensait avoir « fichue » mais qui ressuscita plus tard pour devenir un Best seller (et oui, la magie des vins vivants). Évidemment, c’est un pavé dans la marre au domaine, et ça surprend les plus anciens comme Roland le père de Romain et beaucoup de clients qui ne comprennent pas vraiment ce virement de bord et cet écart des traditions du Muscadet. Oui mais ça marche et Romain, il aime ça donc pour ne froisser personne il y va, petit à petit, vers la modernité en vinifiant de plus en plus de «nature » mais pas sans un clin d’œil aux anciens : les noms de certaines de ses nouvelles cuvées sont en patois local, bohall (bourrasque), catorpée (salamandre), petit animal sensible aux pesticides mais qui commence à réapparaître dans le vignoble. Une récompense pour Romain.

12 mars 2019

Premier épisode de notre série « passe ton vin à ton voisin » dont l’objectif est simple : tisser un lien entre les vignerons en leur proposant d’échanger une de leurs bouteilles contre celle qu’on aura ramené de notre précédente visite. Ce sera aussi pour nous le moyen de présenter les cuvées qui passeront entre nos mains.

 


Aujourd’hui c’est Manuel Landron et Marion Pescheux du
domaine Complemen’terre qui nous échangent une de leurs bouteilles contre celle d’un vigneron qui cette fois n’est pas vraiment du voisinage. Dans les mains de Marion, une bouteille du domaine Artanuli Gvino (littéralement « vin d’Artana ») qui nous vient d’un très joli village au pied des montagnes du Caucase, dans la région de Khakheti en Géorgie. Une pépite issu du cépage saperavi (vin rouge), vinifié par nos amis Ketevan et son papa Kakha Berishvili. Joli clin d’oeil involontaire puisque Manuel est passé en Géorgie pendant ses études. Un vin de caractère qu’on se plaira à déboucher pour accompagner un joli gibier en sauce.

Si un jour vous êtes amenés à vous balader dans la région du muscadet, laissez vous guider par l’odeur des biscuits jusque dans les alentours de Lafay Fouassiere. La ville héberge une usine de production de confiserie et bien d’autres surprises comme les vignes et bientôt le chai du domaine Complemen’terre. Les vignes sont tenues et entretenues par Marion Pescheux et Manuel Landron.

Ce dernier n’est autre que le fils de Jo Landron, un des papes de la biodynamie dans le pays Nantais, donc naturellement, tout le destinait à suivre les pas de son père dans la profession. Pour Marion, l’éventualité est devenue une évidence après une expérience qu’ils ont partagé tous les deux au domaine Felton Road en Nouvelle-Zélande qui produit aussi des vins en biodynamie. C’est Marion qui nous accueille ce matin dans leur cave à La Pallet qu’ils s’apprêtent à abandonner pour s’installer dans un espace moins restreint et plus proche de leurs vignes. Tellement restreint, qu’ici l’amour déborde : on écrit des mots doux sur les cuves pour que les fermentations terminent sans problème. Au royaume du vin blanc qu’est le muscadet, chez Marion et Manuel on reste fidèle à la tradition puisque les 9 hectares du domaine (bientôt 10,5 hectares) ne sont composés que de melon de bourgogne et folle blanche, les deux cépages emblématiques de la région. Mais l’objectif n’est pas de faire que du vin, car c’est la polyculture qui botte nos deux vignerons, qui ont décidé de planter 50 arbres pour avoir aussi des pèches, des poires et des pommes. Un moyen pour eux d’être « complémentaire » (d’où le nom) dans leur production et ne pas faire que du liquide. On a hâte de venir goûter ça la prochaine fois qu’on revient dans le coin ! Une bouteille de pet-nat sous le bras offerte par Marion, nous continuons notre route vers d’autres horizons.

10 mars 2019

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Notre première étape sera la Loire et plus précisément le Pays-Nantais. Nous jetterons l’ancre dans la magnifique ville de Nantes où se déroulera ce weekend le salon des vins natures « Canons ! » qui met à l’honneur les femmes avec un grand F qui travaillent dans le monde du vin (joli clin d’œil pour la journée internationale des femmes !). En plus des 20 vigneronnes qui seront là, heureuses de vous faire gouter leurs petites pépites nature, à noter aussi la présence de Christelle Pineau*, autrice de « La corne de vache et le microscope » ou encore de Marie Yuki Méon, cheffe franco-japonaise qui vous régalera les papilles le samedi soir. Amis nantais, vous vous devez d’y aller et on espère vous y retrouver !

 

J-5 avant le grand départ !

C’est le moment d’essayer nos vélos et nos tenues ! Le 08/03, nous décollerons d’Elven (petite bourgade de la région vannetaise) pour nous lancer dans notre aventure qui nous conduira à travers les vignobles d’Europe (France, Espagne, Portugal et Suisse pour ce premier voyage). Profiter et vous faire profiter de tout ce qu’on apprendra sur le patrimoine viticole et culinaire de nos régions, tisser un lien entre vous et les producteurs qui s’inscrivent dans une démarche écologique et qui se sont lancés au nom du goût dans un combat monstre pour défendre les produits de nos terroirs, voilà notre mission ! Alors accrochez vos ceintures, on vous emmène avec nous.

17 janvier 2019

On y est ! Notre collecte est terminée et nous sommes très heureux de vous annoncer que 3285€ on été collectés, ce qui veut dire que nous avons dépassé notre objectif de 10%. C’est un budget confortable pour investir dans nos vélos et nos sacoches et même assez pour payer notre tente. C’est fantastique ! On vous tiendra au courant de nos emplettes.

Hip hip hip hourra à nos 39 généreux donateurs ! Sans vous cette aventure n’aurait pas pu voir le jour donc vous méritez vraiment nos plus chaleureux remerciements. Très rapidement nous allons pouvoir commencer à distribuer vos contreparties. Nous vous tiendrons au courant individuellement ! Encore un grand merci !